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Le monde du football au banc des accusés mardi à Istanbul

Mardi s'ouvre à Istanbul un procès inédit dans l'histoire du football turc, avec pas moins de 93 dirigeants de clubs, sportifs, entraîneurs et managers au banc des accusés pour des présomptions de matches truqués. Tête d'affiche des suspects: le président de Fenerbahçe, Aziz Yildirim.

 

L'enquête, lancée au printemps 2011 et qui s'est concrétisée par plusieurs vagues d'arrestations à partir de l'été, porte sur des soupçons de tricherie dans 19 matches de première et deuxième divisions durant la saison 2010-2011 ainsi que diverses malversations allant de l'exercice illégal de la fonction de manager aux menaces sur des joueurs. Au total, 31 personnes ont été placées en détention préventive, dont 23 sont toujours derrière les barreaux. Parmi elles on compte une douzaine d'anciens ou actuels dirigeants de clubs, dont trois présidents en exercice. Champion de Turquie 2011, quart de finaliste de la Ligue des champions en 2008, le géant stambouliote Fenerbahçe se taille la part du lion dans l'acte d'accusation avec pas moins de 13 personnes poursuivies, de son président Aziz Yildirim au joueur d'origine brésilienne Gökçek Vederson, en passant par divers dirigeants, entraîneurs, masseur et même le traducteur turc-portugais de l'équipe.


Quatre cadres comme principaux accusés
Le ministère public a requis des peines cumulées pour un total de 54 à 147 ans de prison à l'encontre d'Aziz Yildirim, 59 ans, pour plusieurs actes de corruption active. Mais d'autres grands clubs sont inquiétés, comme Besiktas et Trabzonspor, encore en compétition cette saison en Ligue Europa, et dont des dirigeants laissés en liberté sont appelés à comparaître mardi. Quatre cadres de la Fédération turque de football (TFF) sont également poursuivis. Sur le plan sportif, l'enquête a bouleversé le football turc. Fenerbahçe a été exclu par la TFF de l'édition 2011-2012 de la Ligue des champions et Besiktas a rendu la Coupe de Turquie que le club avait remporté en 2011.On attend cependant toujours des sanctions, comme une rétrogradation en division inférieure des clubs fautifs.Le président de la TFF Mehmet Ali Aydinlar et ses deux adjoints ont démissionné fin janvier, après une réunion de l'assemblée générale de la TFF durant laquelle les participants n'ont pas trouvé d'accord sur les sanctions à adopter.

Traumatisme dans un pays où le football est roi
Dans un pays comme la Turquie où le football est une passion et le soutien à une équipe un élément constitutif de l'identité individuelle, les vagues d'arrestations ont été vécues comme un traumatisme par de nombreux fans, dont certains perçoivent l'enquête comme une tentative de mainmise du gouvernement sur le monde du football. Les supporteurs de Fenerbahçe devraient ainsi être présents en masse mardi devant le tribunal de Silivri, dans la banlieue d'Istanbul, où se tiendra le procès. « Il ne s'agit pas d'une manifestation, mais nous serons là pour soutenir les dirigeants du club », a déclaré à l'AFP le leader d'un groupe de supporteurs, ajoutant que plusieurs bus avaient été affrétés pour aller au tribunal. Dans ce contexte passionnel, le Parlement a voté en décembre une loi d'apaisement adoucissant les peines pour les personnes impliquées dans des tricheries et actes de violence au stade. La nouvelle mouture, qui réforme une législation particulièrement drastique adoptée en avril 2011, fait passer de 12 ans à trois ans la peine maximale applicable aux coupables de corruption active dans le but d'influencer le résultat d'un match, avec une majoration de 50% pour les dirigeants de clubs. Les 93 prévenus devraient bénéficier de ces ajustements.

Istanbul

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