Le Pen président ?

Version imprimable

Le 6 mai, les Français vont choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Quel que soit le résultat du scrutin, ces élections nous ont montré que Marine Le Pen pourra devenir un jour président de la République. Même si elle est absente du second tour, les thèmes qu’elle a développés étaient omniprésents pendant la période de l’entre-deux-tours. Cette tendance pourrait continuer dans l’éventualité d’un gouvernement socialiste car le poids politique du FN semble s’accroître de plus en plus. Le succès électoral de Marine Le Pen est plus important que celui de son père, qui était pourtant présent au deuxième tour des élections de 2002. Parce qu’elle a réussi à fragiliser les frontières entre les frontistes et les républicains en changeant le discours, l’image et la base sociale du FN. Mais cette situation n’est pas un cas isolé en Europe. Marine Le Pen s’inscrit dans un phénomène continental de montée de l’extrême-droite islamophobe. Aujourd’hui le centre de gravité du paysage politique en Europe a glissé du clivage entre droite et gauche à celui entre droite et extrême droite. Dans l’ère post-11 Septembre, l’extrême droite s’appuie sur l’altérité des populations musulmanes au nom de la défense des valeurs européennes. La stratégie de dédiabolisation mise en place passe par la diabolisation des gens issus de l’immigration. Pourtant, ces derniers ne sont ni les acteurs, ni les responsables de cette crise économique globale et identitaire que connaît l’Europe. Le vote d’extrême droite n’est pas toujours lié à des questions racistes, mais plutôt à un sentiment de menace, d’abandon et d’inégalité. Les discours néopopulistes ont réussi à toucher les classes populaires abandonnées par la classe politique traditionnelle. La stratégie actuelle de la droite européenne a seulement servi à apporter une légitimation dont elle avait besoin. Pour renverser la poussée de l’extrême droite, la droite et la gauche européenne doivent trouver un nouveau discours qui s’oppose à la peur et au repli sur soi, pour une reconquête de l’habitus politique européen.

 
e.demir@zamanfrance.fr
Paris

A lire aussi: