Par Redaction | jeu, 26/04/2012 - 16:13
Le déroulement du procès d’Anders Breivik et son cortège de déclarations sur les massacres commis par le tueur norvégien ont plongé le pays dans une ambiance délétère. Anders Breivik a en particulier visé les musulmans. Pour certains d’entre eux, il est un pur produit de l’islamophobie grandissante en Europe.
«C’est le mal. Le mal à l’état pur. Un robot», dit Sihen Naidja la voix tremblante en résumant la première semaine du procès du tueur norvégien Anders Behring Breivik. «Juste d’entendre son nom me stresse», dit cette Algérienne de 42 ans qui ajuste d’une main son foulard gris et qui de l’autre tient sa fille Fatima de six ans. La déposition de Breivik la semaine dernière au tribunal d’Oslo détaillant le massacre de 77 personnes l’été dernier dans la capitale et sur l’île d’Utoeya a marqué les Norvégiens. Mais pour les musulmans de Norvège son récit terrifiant revêt une autre dimension : il dit avoir mené ses raids meurtriers pour chasser les musulmans du pays qu’il veut réserver aux seuls Norvégiens de souche. «Je crois et j’espère qu’il est seul. La majorité des Norvégiens ne sont pas comme lui», dit Naidja qui fait des courses avec sa fille au marché aux puces de Groenland, dans un des quartiers les plus densément peuplé d’immigrés, l’un de ceux décrits par Breivik comme des «ghettos» ou des «zones interdites» sauf pour les musulmans. «Les enclaves musulmanes en Europe vont croître avec la même agressivité qu’un cancer jusqu’à devenir un jour le pouvoir dominant», a lancé mardi à la cour cet extrémiste de 33 ans.
Un acte extrémiste conséquence de l’islamophobie ambiante
«Nous sommes affligés de l’entendre. Les musulmans ne sont pas agressifs», insiste Mohamed Naji, 50 ans, derrière son étal encombré de matériel électronique qu’il essaye de vendre dans ce marché animé. «Breivik est seul», assure Naji qui est originaire d’Ethiopie. «La Norvège est un pays de gens très aimables. C’est curieux que cela soit arrivé ici», dit-il emmitouflé dans son écharpe et plusieurs blousons pour lutter contre le froid humide. «Mais maintenant je suis inquiet», dit-il. Basim Gozlan, qui gère le site norvégien www.Islam.no, estime que c’est une bonne chose que Breivik ait eu tout le temps d’expliquer sa vision du monde. «Je pense que c’est bon et sain que cela sorte», dit-il à l’AFP. Pour lui Breivik a fabriqué une idéologie largement fondée sur des écrits critiques envers l’Islam, puisés dans les médias ou sur des sites, et sur ce qu’il a entendu dire sur des musulmans violents. Une rhétorique particulièrement dangereuse dans un contexte de montée de l’islamophobie en Europe. «C’est un signal d’alarme et je pense que beaucoup de gens vont modérer leurs propos sur ces questions», ajoute Gozlan. «Les gens qui ont été tués n’étaient pas des musulmans mais tout simplement des êtres humains, des innocents», se désole quant à lui Saber Bessid, un comptable de 31 ans originaire de Tunisie.
Paris
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