Par ABDULHAMIT BILICI | ven, 11/05/2012 - 17:36
Mots clés : Sarkozy, relations diplomatiques franco-turques, Union Européenne, chapitres négociations, blocage, Chronique
La défaite électorale de Nicolas Sarkozy, qui offre à la Turquie l’espoir d’une reprise des négociations pour son adhésion à l’UE, sonne comme sa quatrième défaite politique vis-à-vis d’Ankara. Pour le chroniqueur Abdülhamit Bilici, après l’échec de ses arguments géographiques, le blocage des chapitres de négociation et sa loi sur le «génocide arménien», Nicolas Sarkozy en quittant la scène politique, n’aura pas réussi à atteindre ses objectifs.
Bien que Sarkozy ne soit parti de rien, l’échec que celui-ci a du essuyer s’est sans nul doute avéré bien douloureux pour un politicien aussi prétentieux et impétueux tel que lui. Cette défaite fut d’autant plus douloureuse que celui-ci s’est fait battre par le candidat de second choix du Parti Socialiste –que personne ne prenait au sérieux - après que son favori, l’ex-président du FMI, Dominique Strauss-Kahn ne soit écarté de la course après le scandale dont il a fait l’objet. Il ne fait aucun doute que cet échec revêt une dimension bien différente pour la carrière politique de Sarkozy, tout comme pour la politique française ou pour une Union européenne en pleine crise. Bien que personne ne sache vraiment quelles seront les retombées de la victoire de Hollande, la défaite de Sarkozy dont la politique était basée sur une opposition notoire à l’immigration, à l’islam et à la Turquie, laisse présager un avenir meilleur du point de vue des valeurs humaines et européennes. Bien entendu, pour que Hollande ait une véritable assise au pouvoir, il est impératif que son parti remporte avec succès l’épreuve des élections législatives prévues au mois de juin. Il ne faut pas oublier que si nous autres, en Turquie – jusqu’ici épargnée par la crise secouant l’Europe – avons suivi les élections présidentielles se déroulant en France avec autant d’intérêt, c’était davantage pour régler nos comptes avec Sarkozy concernant le litige national qui nous opposait. Car Sarkozy, depuis le jour de son investiture au Palais de l’Elysée il y a de cela 5 ans, a toujours poursuivi une politique farouchement opposée à la Turquie.
Une gifle pour Sarkozy
Sur le plan politique, au cours des cinq années passées à la tête de la présidence française, Sarkozy a été à l’origine de quatre initiatives à l’encontre de la Turquie. Sa première initiative a été la formation d’une commission composée de personnes de bon sens destinée à définir les frontières de l’Europe de façon à mettre en lumière les perspectives d’agrandissement de l’Union européenne. Son objectif était que cette commission prouve que la Turquie ne faisait partie de l’Europe, ni sur le plan géographique, ni sur le plan culturel. Concernant l’argument géographique, il a été affirmé que «Les frontières de l’Europe» ne constituaient en aucun cas des frontières physiques. Par ailleurs, l’affirmation contenue dans le rapport selon laquelle «l’UE se doit de respecter ses engagement vis-à-vis des pays – ceci incluant évidemment la Turquie – reconnus officiellement candidats, et de poursuivre le processus de négociation de ces derniers en vue de l’adhésion» a fait l’effet d’une gifle retentissante pour Nicolas Sarkozy. Sa première initiative s’est donc soldée par un piteux échec. La seconde initiative de Sarkozy – ayant échoué à prouver que la Turquie ne faisait pas partie de l’Europe – a été de bloquer 5 des 35 chapitres de négociation entre la Turquie et l’Union européenne. Techniquement il ne pouvait pas mettre un terme au processus de négociations en vue de l’adhésion de la Turquie puisque ceci nécessitait un vote à l’unanimité des 27 pays membres, mais par cette manœuvre, il parvenait du moins à le retarder. Peut-être voulait-il faire en sorte que la Turquie quitte la table des négociations.
Un changement dans la douceur
En parallèle, au cours de sa présidence à l’UE, Sarkozy a déployé de nombreux efforts afin que l’expression «intégration» ne soit pas employée au sujet de la candidature turque. Sa troisième initiative visant directement la Turquie, a été de faire passer au Parlement français une loi réprimant la négation du «génocide arménien», prévoyant des amendes ainsi que des peines d’emprisonnement. Or cette initiative de Nicolas Sarkozy a finalement été considérée anticonstitutionnelle par le Conseil constitutionnel. Sarkozy qui, de l’Europe à l’Afrique se démenait pour couper l’herbe sous le pied de la Turquie, a essuyé son ultime échec dimanche dernier de la main du peuple français s’étant rendu auprès des urnes. Et heureusement. Car s’il avait été réélu, la Turquie aurait été obligée de refermer le dossier de Bruxelles pour encore cinq ans. Cela veut-il dire qu’avec la victoire de Hollande tous ces problèmes vont s’envoler ? Les deux dirigeants ont des points de vue parallèles concernant le dossier arménien. Cependant, toute action supplémentaire en ce sens devra prendre en compte le Conseil constitutionnel. Compte tenu de la crise économique et d’une opinion publique défavorable concernant cette question, il serait irréaliste de s’attendre à ce que Hollande se présente comme un farouche défenseur de la candidature turque. Toutefois, il est clair que celui-ci n’adoptera pas l’attitude franchement hostile de Sarkozy, ce qui pourrait influer de manière positive sur le processus de négociations.
Istanbul
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