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Le réveil politique des Franco-turcs

La loi de pénalisation des génocides a été beaucoup critiquée par les Turcs, parfois même trop, du moins avec trop de passion. Cette réaction émotionnelle s’explique sans doute par la sensibilité même du sujet compte tenu de la période concernée qui marque les débuts de la Turquie moderne mais aussi par un sentiment croissant de diabolisation politique d’un pays qui reste profondément méconnu. Pourtant, cette loi a pour eux aussi une conséquence positive. Malgré des réactions affectives persistantes qui doivent être dépassées, la colère des Franco-turcs s’est aussi transformée en désir d’exister politiquement. Contrairement à ce qu’indiquait l’ancien ministre Patrick Devedjian, leurs actions n’ont pas été violentes. Bien au contraire, les deux façons dont ces jeunes affirmèrent leur mécontentement témoignent de leur souci d’inscrire leur démarche dans le cadre d’une action citoyenne. D’une part, 4000 personnes manifestèrent pacifiquement devant l’Assemblée nationale avec des pancartes qui, loin d’un quelconque message haineux, demandaient plus de liberté d’expression et un refus d’un usage politique de l’histoire. On pouvait voir des jeunes français brandir leurs cartes d’électeurs, d’autres arborer des drapeaux français et turcs. La deuxième réaction prit forme dans les réseaux sociaux et dans les milieux associatifs, mais elle ne parlait plus de la loi, elle regardait le futur et demandait à tous les jeunes franco-turcs qui ne l’auraient pas encore fait de s’inscrire sur les listes électorales. Depuis, les initiatives d’incitation au vote se sont multipliées dans toutes la France avec même des campagnes d’inscriptions collectives qui ont eu lieu dans plusieurs grandes villes. Sur le net, les jeunes qui sentent leur passé instrumentalisé et qui se sentent trahi n’ont qu’un mot à la bouche, voter. Car le problème étant, pour eux, bien plus politique qu’historique, ils sont conscients du rôle joué par l’isolement de leur communauté et ont massivement décidé de changer les choses. La majorité présidentielle a sans doute paradoxalement marqué la naissance politique des Franco-turcs, qui dorénavant feront entendre leurs voix, mais peut-être contre elle.

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