Le social, l’insécurité et l’idéologie : les raisons du chaos tunisien

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Le gouvernement tunisien a adopté pour la première fois une ligne ferme vis-à-vis des salafistes, un revirement imposé par les circonstances qui cache mal les faiblesses de l’exécutif face à la pression extrémiste, selon des analystes. Interdiction de toutes manifestations vendredi dernier, déploiement sécuritaire dissuasif, sanction contre un imam radical : les autorités ont fait preuve d’une fermeté inédite. Le calme est revenu et le couvre-feu imposé le 12 juin après deux jours d’émeutes attribuées à des groupes mêlant salafistes et casseurs a été levé. Pour l’analyste Ali Laïdi Ben Mansour, «le gouvernement a eu tellement peur que ça dégénère, qu’il n’avait pas d’autre choix que de faire preuve de fermeté». Comment expliquer cette brusque flambée de violences ? «Le pari de Rached Ghannouchi [chef d’Ennahda, Ndlr] était de bénéficier de la base sociale des salafistes, en échange de quoi le gouvernement était relativement tolérant vis-à-vis d’eux. C’est un pari qui a fonctionné jusqu’à maintenant mais qui est en passe d’échouer», juge le sociologue Samir Amghar. Le chercheur Alaya Allani, spécialiste des mouvements islamistes au Maghreb, identifie trois facteurs expliquant le déclenchement des violences : «social, avec une augmentation du nombre de chômeurs et de marginaux, couches où recrutent les salafistes»; «sécuritaire, avec l’incapacité du gouvernement à réagir, surtout dans les zones déshéritées». Et enfin un «facteur idéologique» : «le pouvoir n’arrive pas à identifier le modèle de société qu’il veut pour la nouvelle Tunisie», oscillant entre «un islam modéré dans une démocratie moderne et un islam conservateur hostile à la modernité». Les observateurs soulignent enfin l’incapacité de l’opposition de gauche, très divisée, à peser pour défendre son modèle libéral de société, certains l’accusant même de «jouer avec le feu» en focalisant l’attention sur les questions identitaires et religieuses.

Paris

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