Les éditions musulmanes pour enfants grandissent lentement

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Longtemps caractérisée par son manque de créativité, l’édition musulmane pour enfants a connu progressivement une lente modernisation. Pour Kamel Djaït, directeur à Pixelgraph, « créer de nouveaux supports » calqués sur les modèles européens était devenu indispensable.

 

« Quand on a commencé notre activité, le marché ne connaissait pas de support multimédia de qualité. » Du haut de ses 37 ans, Kamel Djaït, gérant des éditions musulmanes pour enfants Pixelgraph, se souvient bien de ses débuts dans le secteur, en 1999. « A l’époque, il n’y avait que des produits archaïques. Les milieux de l’édition n’arrivaient pas à transmettre les valeurs et la culture arabo-musulmane sous une forme adaptée. Il fallait donc créer de nouveaux supports » explique cet homme formé à l’Ecole d’architecture d’Oran en Algérie, dans le milieu des beaux-arts, et qui s’est vite orienté dans l’éducation. De fait, le monde de l’édition pour enfants, assez méconnu, tente depuis dix ans une lente modernisation de sa production pour se mettre au niveau des standards européens. A l’époque, l’éventail des oeuvres éducatives pour les jeunes musulmans s’illustrait par une singulière indigence icônographique et littéraire caractéristique des mauvaises traductions de livres pour la plupart produits à l’étranger (Maghreb, Liban...), doublé d’un plagiat concurrentiel lorsqu’un livre marchait commercialement. Une tendance qui a surpris Kamel Djaït. « J’ai découvert cette contradiction étonnante. Les musulmans disposaient d’un accès à la  technologie et à des formations professionnelle de qualité à travers les grandes écoles artistiques françaises mais ils n’en profitaient pas pour l’exploiter dans leur travail éditorial » confie-t-il.

Sur les rails du changement

Les conséquences de ce manque d’attractivité creusèrent vite un décallage entre le public et le milieu de l’édition. «  La demande explosait mais il n’y avait pas d’offres conséquentes » ajoute le responsable de Pixelgraph. Si cette situation reste d’actualité, des évolutions indéniables se sont par la suite dessinées. Par la force des choses, le train de l’édition musulmane s’est retrouvé lancé sur les rails d’une professionnalisation indispensable à l’image de la société Pixelgraph. « Nous nous sommes formés et entourés de graphistes, d’artistes et de psychologues pour construire une équipe consacrée à apporter une valeur ajoutée à ce domaine de l’éducation » poursuit Kamel Djaït dont l’entreprise reste l’une des rares spécialisées dans la production pour enfants. Symbole de cette modernisation à marche forcée, le studio d’enregistrement de Pixelgraph à l’origine de 40 % de la production mise sur le marché par cette société. « On a tout de suite utilisé un mini-studio pour faire les prises de voix, le doublage ou l’enregistrement des chants. Au départ, on isolait notre premier studio avec des emballages pour oeufs, très efficaces » avoue-t-il. Jeux éducatifs, posters pédagogiques sur les ablutions ou l’apprentissage de la prière, CD de chansons ou livres évoquant l’histoire des prophètes, la palette de la production Pixelgraph est riche et se veut innovante. Des tasses « spéciales ramadan » avec un menu adapté ou décorées de rappels religieux seront d’ailleurs bientôt commercialisées sur le site de l’entreprise www.famillemusulmane.com .   

« L’aspect commercial est trop présent »

Mais cette volonté de renouveler le marché de l’édition pour enfants ne se limite pas à la société Pixelgraph. De plus en plus de DVD, mieux élaborés, apparaissent sur les stands des librairies musulmanes à l’instar du Messager, un dessin-animé très réussi sur la vie du Prophète, publié par les éditions Tawhid. A la librairie Tawhid de Saint-Denis, rue de la boulangerie, Leila, responsable de vente, confirme l’intérêt du public pour les livres religieux. « Les livres sur la vie des prophètes marchent très bien » dit-elle en insistant sur le renouveau relatif de la création éditoriale pour enfants. « D’énormes efforts ont été faits sur la qualité des dessins, la couleur et le graphisme. On sent que les produits sont mieux étudiés au niveau des formats » précise Leila. Mais cette évolution du design ne s’est pas toujours accompagnée d’une amélioration du contenu littéraire. « Sur le fond, les ouvrages se sont légèrement améliorés mais pas autant que sur la forme. L’aspect commercial des produits est encore trop présent » ajoute la libraire de Saint-Denis.

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