Les Arabes montrent la voie aux «Indignés» d’Europe

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Imitant les mobilisations des peuples arabes, de nombreux européens, à l’image des Espagnols, ont lancé un vaste mouvement de contestation de leur système économique et politique. Un élan qui traduit la crise profonde vécue par le modèle civilisationnel européen.

 

Alors que Barack Obama annonçait la semaine dernière son refus de « l’idée d’un déclin de l’axe américano-européen », le printemps arabe fait des émules en Europe reposant la question du recul démocratique du Vieux Continent. Le mouvement des « Indignés » qui avait gagné l’Espagne a trouvé un écho sur la place de la Bastille dimanche dernier, ainsi que dans de nombreux autres pays européens, de plus en plus confrontés à la remise en question du modèle civilisationnel à l’occidentale. Gravement touchée par le chômage, avec un taux de 40 % pour les moins de trente ans, l’Espagne connaît une grave crise rappelant celle qui mena la Grèce et l’Irlande à la faillite économique, et remettant en cause leur souveraineté étatique. Le mouvement de la Puerta del Sol, en référence à la place madrilène, poursuit donc sa lancée. Athènes réunit à nouveau des milliers de manifestants ; Berlin, Londres et Amsterdam se mobilisent et le phénomène s’étend ainsi à travers l’Europe. Paris et les grandes villes françaises commencent à accueillir un grand nombre « d’Indignés », nouveaux disciples de Stéphane Hessel, l’auteur du best-seller Indignez-vous. De plus en plus d’Européens clament leur mécontentement et exigent, à l’image des populations arabes, une « démocratie réelle. »

La faute à la mondialisation !

Si le modèle de l’Europe a longtemps servi d’exemple, c’est peut-être la première fois que les Européens s’inspirent à leur tour de ces peuples révoltés contre les dictatures en place, de l’autre côté de la méditerranée. Aujourd’hui, la montée de l’extrême droite dans le continent inquiète. Des Pays-Bas à la Finlande, en passant par la Slovaquie, le Danemark ou la Bulgarie, la plupart des mouvements populistes européens connaissent une progression. Les derniers pays en date sont l’Autriche, la Suède mais aussi  l’Italie, l’un des six pays fondateurs de l’UE, qui, avec le parti populiste et anti-immigré de la Ligue du Nord, est devenu le plus fidèle allié de Silvio Berlusconi au gouvernement. Ces mouvements de contestation grandissants ne semblent pas être un simple caprice de jeunes en manque d’aventures, mais soulèvent de vraies questions. Pour Omar Sinaseur, jeune militant à République solidaire, le parti de Dominique de Villepin, les problèmes de fond sont économiques et causés « principalement par un système global, caractérisé par une approche oligarchique de la mondialisation. » Le résultat est pour lui inacceptable : « Une seule partie de la population bénéficie effectivement des retombées de l’accroissement des échanges de biens et de services. » Omar était activement présent dimanche 29 mai à Bastille, comme tous les autres soirs de la semaine. A l’image de la plupart des autres « Indignés », il refuse d’être considéré comme une « marchandise » dénonçant surtout les conditions économiques et politiques jugées insupportables. L’impression générale est que les restrictions économiques s’accumulent, et le sentiment de faillite du système politique, accusé d’être incapable de résoudre les problèmes des gens, ne fait que s’amplifier. Le jeune militant espère un « système d’économie basé sur les ressources » alors que la mondialisation a favorisé la « captation des ressources par une minorité de consortiums qui obéissent tous aux mêmes fonds d’investissement et hedge funds. »

L’angoisse du déclassement social

Les systèmes bancaires, qui tentent de rassurer les consommateurs, sont à la dérive en Irlande, en Grèce et en Espagne. Cette année, la production n’a pas subi d’augmentation significative et tous les prix ont connu une flambée : le pétrole, l’électricité et le prix des denrées alimentaires ont subi une augmentation mensuelle de 0,3 à 0,8 % en 2011. Mais les salaires stagnent et le pouvoir d’achat des Français a fortement diminué. Le smic horaire est passé à 9 euros bruts et les jeunes diplômés ou jeunes actifs ont connu un déclassement social par rapport à la génération de leurs parents. Ce sont bien les jeunes, les chômeurs et les retraités qui en pâtissent le plus mais la classe moyenne, française et européenne, est également exposée à cette baisse du pouvoir d’achat. Les revendications des « Indignés » semblent donc multiples et les craintes bien réelles, même si personne ne peut dire quel sera l’avenir de ces mouvements. A l’évidence, le modèle d’une démocratie européenne sereine et exemplaire a bel et bien vécu, remis en question par des peuples qui ont peur, désormais, lorsqu’ils regardent leur avenir. 

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