Les Chams, ces musulmans réchappés des Khmers rouges

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Les Chams, musulmans historiques du Cambodge, ont été l’une des principales victimes des Khmers rouges dans les années 70.

 

Le procès des Khmers rouges qui vient de s’ouvrir au Cambodge a mis en lumière une communauté ignorée du public : les Chams. Communauté musulmane historique issue du royaume de Champa, ils représentent, avec les Khmers vietnamiens, le deuxième groupe ethnique pour lequel la notion de « génocide » a été officiellement retenue dans le procès. Les Chams ont effectivement fait l’objet d’une véritable entreprise de destruction à partir de 1975, date à laquelle les Khmers rouges prirent Phnom Penh, la capitale.

Un massacre racial et non social

Egalement appelés Khmers islam, ils représentent la seule ethnie musulmane du Cambodge vivant essentiellement dans le sud du pays et autour de Phnom Penh. Pour la plupart des historiens, les massacres des Khmers rouges étaient politiques et sociaux. Mais des spécialistes comme Ben Kiernan, universitaire australien en charge du programme sur le génocide cambodgien à l’université de Yale, considèrent que les Chams ont bien été décimés pour leur religion et leur culture. S’ils ne représentent que 2 % de la population au Cambodge, les Chams par leur témoignage pourraient jouer un rôle important dans la reconnaissance du génocide de 1975 à 1979.

Des mesures anti-islam

Ben Kiernan insiste d’ailleurs sur la logique raciste du processus visant à imposer l’idéologie communiste à l’œuvre dans le génocide. A cela près que ces « étrangers » détestés par le pouvoir en place étaient perçus sous le prisme des classes sociales (les Chams étaient appelés petits bourgeois). Aujourd’hui, les mosquées sont reconstruites et les musulmans du Cambodge pratiquent leur culte au même titre que les bouddhistes, qui représentent 96 % de la population. Beaucoup espèrent que les caractères raciaux et religieux des massacres seront évoqués dans cette communauté où le traumatisme est toujours présent. En appliquant son idéologie fondée sur la suprématie du prolétariat, le parti des Khmers rouges a voulu niveler toutes les strates de la population, jusqu’à imposer des mesures anti-islamiques (obligation du consommer du porc, incinération de Corans). Après plusieurs révoltes en 1973, les leaders chams ont été dispersés et la population exterminée. Les Chams ont été intégrés par la suite dans la politique nationale de travaux forcés  mise en place par l’Etat. Loin de l’idéologie marxiste, ce sont bien des critères raciaux et ethniques qui animaient Pol Pot. Dans sa grille de lecture, il y avait les Khmers « purs », issus des zones rurales et les peuples urbanisés, influencés par le capitalisme. Sur les 700.000 membres que comptaient les Chams en 1975, plus de la moitié avait péri en 1979.

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