Les dessous de la politique du Qatar en France

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La soif d’investissement du qatar en France semble n’avoir aucune limite. Du PSG à lagardère, la prise de participation croissante de l’émirat dans l’économie hexagonale ne se dément pas. Comment expliquer cet intérêt de Doha pour la France et ses symboles sportifs ou économiques ? Pour le chercheur nabil Ennasri, cette démesure est le résultat « d’une stratégie visant à faire du Qatar un acteur international de premier plan ».

PSG, Lagardère, Veolia : la liste des groupes français rachetés totalement ou partiellement par l’émirat du Qatar ne cesse de s’allonger, et pas seulement en france. Depuis cinq ans, le Qatar a adopté une politique d’investissement économique massive dirigée vers les cinq puissances économiques mondiales par le biais de son fond souverain de 700 milliards de dollars, le Qatar Investment Authority (QIA), véritable bras armé de l’émirat. en décembre, ce fond a augmenté sa prise de participation dans le groupe français Lagardère à 10 %, ce qui en fait le premier actionnaire. Il prévoit également d’entrer dans le capital d’EADS et d’Airbus. Même efforts dans le secteur de l’immobilier avec des opérations commerciales gargantuesques à l’image du Carlton de Cannes racheté pour 500 millions d’euros. « Il ne s’agit pas d’une politique d’achat mais de revente en vue de dégager une plus-value juteuse » explique Nabil ennasri, doctorant en islamologie et fin connaisseur du Qatar. « Une convention a même été signée en 2008 entre les deux pays pour que le Qatar ne paie pas d’impôts sur ces investissements (taxes immobilières, ISF...) » déclare-t-il.

Le PSG, symbole de la puissance qatarie
Mais comment comprendre cet appétit financier, aussi féroce que soudain, de l’émirat pour l’europe et la france ? D’après le journaliste Benjamin Barthe, du quotidien Le Monde, tout a changé avec la crise financière de 2007-2008. « En quelques mois, les grands trésoriers de la planète se retrouvent à court de liquidités. La Russie et la Chine étant jugées infréquentables, c’est vers le Golfe que les multinationales en mal de cash choisissent de se tourner » écrit-il dans les colonnes du journal. « C’est à partir de ce moment que le Qatar s’est mis à investir dans des marques prestigieuses comme Suez, Vinci ou Harrods et que sa cote s’est envolée », ajoute Benjamin Barthe. Symbole de cette nouvelle politique aussi attachée au rendement qu’au prestige de ses dépenses, l’achat du club de football Paris-Saint-Germain qu’il ne faut pourtant pas considérer comme un caprice royal. « Le PSG n’est pas une folie d’émir mais le résultat d’une stratégie d’infl uence et d’un activisme visant à faire du Qatar un acteur international de premier plan » souligne Nabil ennasri. Pour le chercheur français, le Qatar veut se doter d’une légitimité footballistique en vue de la coupe du monde de 2022 qu’il organisera. « Ils espèrent arriver avec un PSG qui aura gagné deux ou trois Ligues des champions, ça apporte une certaine légitimité sportive et désarmorce pas mal de critiques », précise-t-il.

Une lune de miel avec Sarkozy
Cette politique qataro-française s’est nettement intensifiée ces deux dernières années. La france est en effet considérée, depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, comme un partenaire privilégié par l’émir Hamad ben Khalifa Al Thani, tant sur le plan économique que politique. une intervention de l’OTAN en Libye où la france a joué un rôle déterminant n’aurait pas été possible sans l’implication du Qatar qui a représenté une caution politique auprès des pays arabes, analyse ainsi M. ennasri. L’investissement du Qatar en france ne serait donc que le prolongement de cette lune de miel politique car « l’achat du PSG n’a pas pu se faire sans l’accord de Sarkozy et de son équipe ». Ce rapprochement s’explique-t-il par un atlantisme partagé ? Rien n’est moins sûr. L’atlantisme du Qatar remonte au moins à 2003, avec l’installation d’une base militaire américaine sur son territoire. Mais d’un autre côté, Doha finance le Hamas et héberge Khaled Mechaal, ce qui ne va pas dans le sens des intérêts américains. Quant à l’accueil à Doha d’une délégation d’élus français de la diversité par l’émir du Qatar en personne, il est loin d’être désintéressé. « L’objectif est de miser sur ces élites de demain et d’en faire des relais d’influence auprès de la communauté arabo-musulmane de france. Cela leur permet aussi de valoriser leur image dans les banlieues et d’atténuer ce côté bling-bling à moindre frais » ajoute M.Ennasri.

Paris

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