Par Seyfeddine Ben ... | ven, 27/04/2012 - 16:17
Ce jeudi 3 mai sortira la version poche du Dictionnaire des mots français d’origine arabe de Salah Guemriche (Editions du Seuil, 880 pages, 12 euros). L’auteur se plaît à rappeler dans sa présentation qu’en français les mots d’origine arabe sont deux fois plus nombreux que ceux d’origine gauloise… Si l’on y ajoute les mots appartenant à deux autres grandes langues de culture, appartenant elles aussi à l’aire islamique, – le persan et le turc –, on obtient un total d’environ 400 termes, soit près de 1,2 % du lexique français. Pour certains, l’origine arabe semble évidente, à l’instar du très récent kiffer, l’un des rares emprunts à être, comme ses premiers utilisateurs, nés sur le sol français. Résultante de l’Histoire, les mots ici la disent et la révèle. Dans le cas des emprunts à l’arabe, il y a trois périodes à distinguer : celle, très récente et relativement peu productive qui a donné « kiffer » ; celle correspondant à la colonisation de l’Algérie, qui a été à l’origine d’un vocabulaire bariolé, condescendant, chargé d’un exotisme de soldat : main de Fatma, toubib, caoua, moukhère, bled, bézef, macache… ; celle enfin qui remonte à une époque où le monde arabo-musulman avait sur l’Occident une avance scientifique et technique considérable et qui correspond, sur le plan linguistique, à des emprunts s’étalant du Xe au XVe siècle, sur un peu plus d’un demi millénaire. Notre très moderne arobase remonte à cette époque. Le mot vient de l’arabe ar-rub‘ qui désigne une unité de mesure, plus tard symbolisée par @. De même pour nos rames et ramettes de papier, rizma, « liasse », « ballot », désignant aussi une unité de mesure. Les mots techniques et scientifiques sont très nombreux. Ils débutent souvent par al, article défini de l’arabe : alcaline, algorithme, algèbre, alchimie, alcool, etc. Mais ce n’est pas toujours le cas. Certains, comme chiffre (sifr, «zéro»), tarif (ta‘rîfa), goudron (qutrân), arsenal (dâr as-sinâ‘a, «atelier de fabrication»), jarre (jarra) ou récif (rasîf) ne semblent pas même d’origine étrangère. Tout comme jupe et chemise. Le second vient de qamîs. Quant au premier, il a longtemps désigné un vêtement masculin, la jubba de lin ou de coton que portaient sous leurs cottes de maille les chevaliers arabes puis ceux de la Chrétienté.
