Par Selami Varlik | jeu, 12/04/2012 - 14:29
Une étude sur les besoins et exigences des Turcs de France concernant les imams témoigne d’une volonté d’avoir des dignitaires religieux mieux formés et parlant davantage le français. Le rapport souligne notamment le souci de la communauté turque de ne plus être réduite à une simple population immigrée en quête de travail. Les Franco-turcs veulent être vus comme des «musulmans européens», dont certains ont d’ailleurs atteint la 4e génération. Pour le dire autrement, ils ne veulent plus être considérés comme des enfants d’immigrés dont l’identité, complexe, multiple, serait calquée sur celle des primo-arrivants. Cette réduction est parfois faite par les politiques de France mais aussi de Turquie. Quoique, depuis peu, le gouvernement turc a fait quelques pas laissant supposer un autre regard sur les Turcs de France, dont on prend conscience de l’existence politique et culturelle. Une loi adoptée par le Parlement leur permettra ainsi de voter désormais en France, au consulat ou à l’ambassade de Turquie, alors que jusque-là ils devaient le faire aux douanes turques. Mais, plus généralement, la mesure dénotait surtout une prise de conscience, de la part du pouvoir, de l’importance de la conscientisation politique des Turcs de la diaspora. Il y a quelques mois, les dirigeants de l’Union des démocrates turcs d’Europe (UETD) avaient d’ailleurs présenté à Burhan Kuzu, président de la commission parlementaire constitutionnelle de Turquie, un document soulignant la nécessité d’inclure les six millions de Turcs européens dans le processus rédactionnel de la nouvelle Constitution. Et plus récemment les Franco-turcs avaient montré durant les débats autour de la loi sur les génocides à quel point ils pouvaient s’organiser, malgré les clivages en tous genres, pour défendre leurs convictions politiques. Tout laisse à penser que, conscient jusque-là du poids économique des Turcs d’Europe, le pouvoir réalise de plus en plus leur importance culturelle et politique, qui, dans ce contexte électoral en France, va de pair avec un rebond citoyen qui portera sans doute ses fruits en Turquie comme en France.
