Les libraires indépendants en voie de disparition

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La mesure annoncée par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti de réduire la TVA sur le livre à 5,5 % a été accueillie avec soulagement par les professionnels du livre. Mais elle sera insuffisante face à la hausse des prix et aux difficultés rencontrées par les libraires indépendants menacés par la concurrence du numérique.

Renforcée par sa victoire aux élections législatives en Moselle, Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication, a les mains libres pour appliquer sa nouvelle politique du livre, promise par le camp socialiste depuis plusieurs mois. Les libraires indépendants ont de quoi se réjouir. Il y a quelques semaines, en direct de Cannes, Aurélie Filippetti, a annoncé le retour de la TVA sur le livre à 5,5 %. «L’idée est de permettre aux librairies de retrouver les marges perdues au cours de ces dernières années», a expliqué la ministre de la Culture. La baisse de la TVA sur le livre était l’une des mesures phares du programme de François Hollande. «Sur le principe on est d’accord mais il faut voir les modalités car cette mesure va entraîner des opérations très compliquées» nuance Guillaume Husson, délégué général du Syndicat des libraires français. Le monde de l’édition s’en souvient, le passage à un taux de 7 %, sous l’impulsion du gouvernement Fillon, avait donné lieu à de graves problèmes de logistique, au point que sa mise en œuvre avait été décalée du 1er janvier au 1er avril, pour permettre aux librairies de s’organiser.Ainsi, les libraires ont dû revoir leurs systèmes d’information, faire face aux lourds frais d’étiquetage des millions de livres en stock ou encore traiter le cas des retours d’ouvrages enregistrés avec un taux à 5,5 %. Revenir en arrière s’avère donc particulièrement complexe. 
 
La lecture n’est plus en vogue
 Quoi qu’il en soit, il reste peu probable que cette mesure suffise à redresser l’économie globale du secteur du livre qu’il faut soutenir face à la concurrence déloyale de la vente en ligne, du livre numérique mais aussi des hypermarchés culturels. Le livre va mal et les dernières augmentations des prix engendrées par la hausse de la TVA n’ont fait qu’amplifier le mouvement. Mais ce n’est pas tout, les libraires sont confrontés à l’érosion des pratiques de lecture. Les «grands lecteurs», qui lisent 25 à 30 livres par an se font de plus en plus rares. C’est une tendance de fond que l’on pouvait déjà remarquer dans les années 1970. Enfin, la baisse de la fréquentation des centres-villes entraîne la chute inexorable de celle des librairies indépendantes. Ce sont autant de facteurs qui ont de lourdes répercussions sur les revenus des libraires indépendants. La plupart des professionnels dégagent un bénéfice net proche de zéro. Ils sont donc à la merci du moindre incident et n’ont pas toujours les moyens d’engager du personnel. 
 
Les astuces de la librairie Mevlana
Et même les librairies spécialisées ont du mal à fidéliser leur clientèle. «Nous avons une spécificité qui nous protège de la Fnac, nous importons 90 % de nos livres de Turquie et notre clientèle est turcophone. Mais ça ne nous empêche pas de subir les mêmes problèmes que les autres, nos clients se raréfient et nous avons du mal à boucler les fins de mois» déplore Canan Kaya, employée de la librairie turque Mevlana à Paris dans le 10e arrondissement. Canan a alors trouvé une astuce : «on essaye de fidéliser la clientèle en prêtant de petits romans pour habituer les gens à lire, en général ils reviennent, payent le livre et en achètent un autre». Plus globalement, pour aider la profession, la France a créé en 2007 un label des librairies indépendantes de référence, qui permet une reconnaissance mais aussi et surtout une subvention annuelle de l’État comprise entre 3.000 et 10.000 euros.
Paris

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