Par SINAN ONCUOGLU | jeu, 12/01/2012 - 14:11
Depuis quelques années, des affrontements identitaires opposent Pékin aux minorités musulmanes de Chine, à l’image des Ouïghours du Xinjiang ou, plus récemment, de l’ethnie Hui. Entre méfiance relative et franche répression, le gouvernement chinois cherche à marginaliser ces minorités par l’assimilation culturelle et la précarisation économique.
Dans les régions excentrées du nord de la Chine, de nombreux musulmans se plaignent de la répression exercée par les autorités chinoises, tant sur leurs libertés religieuses que culturelles. Les principales victimes sont les Ouïghours du Xinjiang qui représentent plus de sept millions d’habitants. Dans cette région, les violences et les émeutes sont sporadiques du fait d’une méfiance réciproque avec le pouvoir central. Les Ouïghours sont relativement peu sinisés. Turcophones, ils ne possèdent que très peu de culture commune avec le reste de la Chine. Majoritairement musulmans et fiers de leur identité, les Ouïghours se sont toujours opposés à la politique d’assimilation voulue par Pékin. Depuis plusieurs années, dans les régions frontalières, on assiste effectivement à un repeuplement des travailleurs hans, l’ethnie majoritaire en Chine. « On a un double mouvement avec d’une part une migration han importante dans l’Ouest et le Nord-Ouest, et d’autre part des jeunes de ces régions qui sont obligés de partir vers l’est du pays pour pouvoir travailler », explique l’anthropologue Elizabeth Allès dans un article publié dans Le Monde. Selon elle, « à travers ces migrations, on assiste de fait à une forte tendance à “haniser” les régions frontalières et leurs populations ». A Karamay par exemple, une ville du nord du Xinjiang, il existe une raffinerie de pétrole où seuls des Hans sont autorisés à travailler.
Les Huis, l’autre ethnie musulmane de Chine
Les Ouïghours tentent de résister au phénomène et les violences éclatent de plus en plus régulièrement, mais c’est précisément la forte présence de ressources énergétiques dans la région qui rend la stabilité et le maintien de l’ordre cruciaux pour Pékin. « C’est une région stratégique en tant que riche zone énergétique », confirme Thierry Kellner, auteur de L’Occident de la Chine, dans un article à Ouest-France. « Mais c’est aussi une zone de transit. Dans le Nord, majoritairement peuplé de Hans, les tensions interethniques sont moins fortes […], ce qui est rassurant pour les investisseurs », ajoute-t-il. Dans la province voisine du Ningxia, une autre ethnie majoritairement musulmane, les Huis, commence également à subir la répression religieuse. On connaît beaucoup moins les Huis que les Ouïghours, car ils sont bien plus sinisés que ces derniers et se confrontent moins à l’autorité chinoise. La plupart des Huis sont culturellement et anthropologiquement similaires aux Hans, à cela près qu’ils pratiquent l’islam. Etant proches du gouvernement, ils jouissent généralement d’une relative liberté de religion. D’où l’incompréhension générale lorsqu’a été jugée illégale la rénovation d’une de leurs mosquées à Taoshan, pourtant précédemment autorisée, et qui devait ouvrir le 1er janvier. Des émeutes avaient alors éclaté.
