Par Salih Babayigit | jeu, 01/12/2011 - 13:30
Depuis les Tanzimat de 1839 – ère de réformes sous l’Empire ottoman – une question est débattue d’une façon récurrente chez les Turcs|: la modernité. Mais elle s’est très souvent limitée à une vulgaire interprétation. Sous l’Empire ottoman, les sultans Abdulmadjid et Abdulaziz avaient affiché, de manière ostentatoire, leur faible pour la modernité à l’occidentale. Il s’agissait de se mettre au goût du jour en adoptant un mode de vie à l’européenne ou plutôt «|à la franga|» comme on avait coutume de l’appeler. En revanche, les sultans n’avaient pas vocation à imposer quoi que soit à un peuple résolument hostile à toute sorte de déviances culturelles. Ils avaient surtout le souci d’être en «|accord avec le décor.|» Tout au plus ont-ils cherché à démontrer aux yeux de tous que l’Empire était capable de se réformer. S’ensuivit une intense réflexion du milieu intellectuel ottoman qui se posa dès lors la question de savoir ce qu’était réellement la modernité et ce qu’il convenait d’emprunter au modèle occidental. Presque tous comprirent que la modernité était davantage une question de mentalité que d’apparence. L’avènement de la République de Turquie (1923) marque un tournant historique en ce sens où des éléments de la culture européenne furent imposés à coup de décrets. Dans toute cette histoire, la grande majorité du peuple ne fut jamais en mesure d’adhérer à cette prétendue modernité, préférant résister à ces réformes en se rattachant à ses racines jusqu’au jour où apparut la mondialisation – à partir des années 1980-1990. Depuis, le peuple turc semble avoir perdu de son authenticité. Il suffit pour s’en convaincre de regarder des séries turques ou d’assister à des mariages, aussi bien en Turquie qu’en Europe. En effet, contrairement aux Marocains, aux Grecs ou encore aux Kurdes qui ont su préserver leurs identités culturelles face au phénomène de la mondialisation, les Turcs, eux, n’ont fait que délaisser la leur en croyant se projeter dans la modernité. Près de deux siècles de réflexion et de mises en garde n’ont pas suffi à se familiariser avec l’idée selon laquelle l’attachement à leur culture mais aussi à leur religion est parfaitement compatible avec la vraie modernité qui s’articule, quant à elle, autour de notions telles que les droits de l’homme et la démocratie. Les Ottomans de la fin du XIXe siècle l’avaient bien compris. Cela ne reviendrait-il pas à dire qu’ils étaient plus modernes que nous ne le sommes aujourd’hui|?
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