Par Redaction | jeu, 12/01/2012 - 13:00

Les déclarations du Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, qualifiant les propos de Recep Tayyip Erdogan sur le génocide français en Algérie de « fonds de commerce », quatre mois avant les élections législatives, ont suscité de vives réactions dans les milieux politiques du pays.
« Nous disons à nos amis (Turcs) de cesser de faire de la colonisation de l’Algérie un fonds de commerce. » Ces propos du Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, qui rebondissait sur les déclarations du Premier ministre Erdogan selon lesquelles la France avait commis un génocide en Algérie, ont provoqué de nombreuses réactions et ont divisé l’opinion publique algérienne. Le Premier ministre algérien a ajouté que « chacun est libre dans la défense de ses intérêts, mais personne n’a le droit de faire du sang des Algériens un fonds de commerce ». Le Mouvement de la société pour la paix (MSP), parti islamiste d’opposition, a fait savoir qu’il n’approuvait pas les déclarations faites par M. Ouyahia et que l’attitude affichée par la Turquie sur la question représentait un précieux soutien à la cause du peuple algérien. La position d’Ahmed Ouyahia tranche également avec les déclarations faites par le Front de libération nationale (FLN), soulignant le fait que M. Erdogan n’avait fait qu’exprimer « une exigence historique » de l’Algérie, selon le porte-parole du FLN, Kassa Aïssa. Certains parlementaires affirment même que de telles déclarations de M. Ouyahia sont liées à l’approche des élections législatives en Algérie.
Une manœuvre politicienne avant les élections ?
La semaine dernière déjà, de nombreux parlementaires avaient présenté leur démission suite au « printemps arabe », invoquant le fait que le gouvernement algérien ne parvenait plus à répondre aux doléances des Algériens. Ahmed Ouyahia, en dépit de ces vives réactions, avait déclaré qu’il ne pensait pas démissionner avant les élections prévues au mois de mai de cette année. Lorsqu’en 2005, la France avait adopté une loi valorisant les bienfaits de la colonisation française, la consternation des milieux parlementaires algériens fut sensible. 132 députés algériens avaient alors présenté une proposition de loi exigeant la poursuite de tous les responsables des crimes commis à l’époque de la colonisation française entre 1830 et 1962. La mise en place d’un tribunal chargé de juger les responsables des crimes fut notamment proposée. Une démarche rejetée à cette époque par le parti de M. Ouyahia – le Rassemblement national démocratique (RND) – et le projet de loi ne fut finalement pas adopté. Chaque fois que cette question était abordée, le Premier ministre s’exprimait en ces termes : « il est inutile de ressasser le passé. » M. Ouyahia, qui avait auparavant occupé le poste de Premier ministre à l’époque du président Zeroual, faisait des déclarations très dures vis-à-vis des partis prônant un islam politique, à une époque où le régime militaire bénéficiait du soutien de la France. Pour la presse algérienne, Ahmed Ouyahia est un homme politique de tendance libérale soutenant clairement la junte militaire et n’est pas très populaire auprès du peuple algérien. Il a, toujours selon la presse algérienne, peu de chances de gagner les élections de mai 2012.
