Aller au contenu principal
Vendredi, Novembre 4, 2011 - 17:00

Les silences d’Anatolie filmés par Nuri Bilge Ceylan

Avec Il était une fois en Anatolie, son dernier opus, le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes, nous livre un fantastique portrait de la société patriarcale anatolienne, sur fond de suspense policier.

Le film Il était une fois en Anatolie (Bir Zamanlar Anadolu’da) du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan a été récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes, cette année. S’écartant de sa marque de fabrique stylistique et de son minimalisme narratif, cette œuvre  est un terrain de jeux prolifique pour l’ensemble de ses acteurs qui peuvent déployer leur talent au sein de l’univers de Nuri Bilgi Ceylan. Il était une fois en Anatolie est donc un véritable portrait de la province anatolienne où les dialogues longs et avisés alternent avec les monologues qui sont la clef pour comprendre la vie dans ces petites villes. Le silence joue un rôle central dans ce film, dans un univers où les personnages ne réussissent pas à transmettre l’inertie étouffante de la campagne. En plein milieu de la nuit un groupe d’hommes est à la recherche d’un cadavre dans les steppes anatoliennes. L’équipe de recherche est composée de l’inspecteur Naci (Yılmaz Erdoğan), qui mène l’enquête, du docteur Cemal (Muhammet Uzuner), du procureur Nusret (Taner Birsel), du chauffeur Ali (Ahmet Mümtaz Taylan), du principal suspect Kenan (Fırat Tanış), d’une unité de gendarmerie et d’une poignée d’hommes venus offrir leur aide.

Le silence pénétrant des femmes anatoliennes

Trois voitures roulent à travers la steppe. L’obscurité est interrompue seulement par les phares des voitures. Tous les lieux se ressemblent. Kenan ne semble pas se souvenir du lieu exact où il a enterré le corps la nuit dernière. Les autres hommes sont de plus en plus énervés par le manque de sommeil et par la frustration. Les conversations qu’ils échangent au cours de leur périple semblent superficielles, voire absurdes par leurs banalités ce qui renforce l’effet comique et grave de la situation. C’est cette quête incessante pour avoir « raison » qui est la force conductrice de ces hommes et, en miroir, de la société patriarcale qui les entoure. Seulement deux femmes apparaissent dans le film. Aucune d’elles n’a de répliques. L’une est le symbole de la compassion, plus précisément de l’ange et la seconde représente la pécheresse, la femme censée être la cause du meurtre. Dans l’esprit collectif de ces hommes et dans leurs souvenirs, et dans celle du système patriarcal dans lequel ils vivent, les femmes ne font pas partie du monde réel, elles ne sont pas des êtres humains, seulement des concepts qui aident les hommes à se forger une idée d’eux-mêmes. Nous voyons ces femmes muettes à l’écran, dans des photographies, ou nous entendons leurs voix au téléphone. Pourtant, ce sont ces mêmes femmes, absentes de cet univers, qui sont à l’origine des erreurs des hommes et de leurs tourments. Il était une fois en Anatolie prouve,    au final, que le grand cinéma turc existe toujours.

 

 

Avec Il était une fois en Anatolie, son dernier opus, le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan, récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes, nous livre un fantastique portrait de la société patriarcale anatolienne, sur fond de suspense policier.

Le film Il était une fois en Anatolie (Bir Zamanlar Anadolu’da) du réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan a été récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes, cette année. S’écartant de sa marque de fabrique stylistique et de son minimalisme narratif, cette œuvre  est un terrain de jeux prolifique pour l’ensemble de ses acteurs qui peuvent déployer leur talent au sein de l’univers de Nuri Bilgi Ceylan. Il était une fois en Anatolie est donc un véritable portrait de la province anatolienne où les dialogues longs et avisés alternent avec les monologues qui sont la clef pour comprendre la vie dans ces petites villes. Le silence joue un rôle central dans ce film, dans un univers où les personnages ne réussissent pas à transmettre l’inertie étouffante de la campagne. En plein milieu de la nuit un groupe d’hommes est à la recherche d’un cadavre dans les steppes anatoliennes. L’équipe de recherche est composée de l’inspecteur Naci (Yılmaz Erdoğan), qui mène l’enquête, du docteur Cemal (Muhammet Uzuner), du procureur Nusret (Taner Birsel), du chauffeur Ali (Ahmet Mümtaz Taylan), du principal suspect Kenan (Fırat Tanış), d’une unité de gendarmerie et d’une poignée d’hommes venus offrir leur aide.

Le silence pénétrant des femmes anatoliennes

Trois voitures roulent à travers la steppe. L’obscurité est interrompue seulement par les phares des voitures. Tous les lieux se ressemblent. Kenan ne semble pas se souvenir du lieu exact où il a enterré le corps la nuit dernière. Les autres hommes sont de plus en plus énervés par le manque de sommeil et par la frustration. Les conversations qu’ils échangent au cours de leur périple semblent superficielles, voire absurdes par leurs banalités ce qui renforce l’effet comique et grave de la situation. C’est cette quête incessante pour avoir « raison » qui est la force conductrice de ces hommes et, en miroir, de la société patriarcale qui les entoure. Seulement deux femmes apparaissent dans le film. Aucune d’elles n’a de répliques. L’une est le symbole de la compassion, plus précisément de l’ange et la seconde représente la pécheresse, la femme censée être la cause du meurtre. Dans l’esprit collectif de ces hommes et dans leurs souvenirs, et dans celle du système patriarcal dans lequel ils vivent, les femmes ne font pas partie du monde réel, elles ne sont pas des êtres humains, seulement des concepts qui aident les hommes à se forger une idée d’eux-mêmes. Nous voyons ces femmes muettes à l’écran, dans des photographies, ou nous entendons leurs voix au téléphone. Pourtant, ce sont ces mêmes femmes, absentes de cet univers, qui sont à l’origine des erreurs des hommes et de leurs tourments. Il était une fois en Anatolie prouve,    au final, que le grand cinéma turc existe toujours.

 

Jeudi, Octobre 27, 2011 - 14:23

Ils écoutent Istanbul les yeux fermés

Dans un ouvrage collectif intitulé J’écoute Istanbul, 34 personnalités et anonymes turcs non-voyants témoignent de leur amour d’Istanbul et racontent le rapport très poétique et sensitif qu’ils entretiennent avec cette ville. Un fabuleux voyage effectué en écho au célèbre poème du même nom d’Orhan Veli.

Depuis des siècles, Istanbul constitue une source d’inspiration pour les poètes, les écrivains et les voyageurs qui ne se lassent pas de la raconter. Une ville incontournable autant pour ceux qui ouvrent l’oeil que ceux qui ne voient pas. Le chanteur aveugle turc Metin Şentürk affirme ainsi ne plus réussir à s’en passer. « Je ne vois peut-être pas les ponts reliant les deux continents, la majestueuse Sainte-Sophie, la Mosquée bleue qui lui fait face ou la Tour de Léandre dans la mer, mais je sens qu’ils valent la peine d’être contemplés car je pense que l’essence de cette ville qui me donne la joie de vivre se cache dans ces monuments », explique-t-il. Tout comme Metin Şentürk, 34 députés, artistes, écrivains, avocats, sportifs, médecins et psychologues, tous non-voyants, décrivent leur manière de ressentir la ville dans le livre intitulé J’écoute Istanbul (Istanbul’u Dinliyorum), paru aux éditions İstanbul Kültür AŞ.

A l’ombre du poète Orhan Veli

S’il ne peut la contempler, le musicien Muammer Ketencoğlu raconte comment Istanbul parle à ses autres sens : « Lorsque je suis arrivé à Istanbul pour la première fois, j’ai été surtout impressionné par le bruit de la mer que j’ai entendu à Şemsipaşa, à Üsküdar. Mais aussi par celui des mouettes qui portent sous leurs ailes et jusqu’à vos narines l’odeur de la mer. Beyoğlu a toujours été exceptionnel pour moi. Si vous écoutez les bruits qui vous entourent lorsque vous marchez dans l’avenue, vous entendez des chansons interprétées dans d’innombrables langues. Là-bas, vous êtes au plus près du monde, témoin tout à la fois de la pauvreté et de la richesse. » Parmi les écrivains de l’ouvrage, illustré de photographies d’Istanbul, préparé par Semih Kavak et édité par Yüksel Durgut, se trouvent Lokman Ayva, Eşber Yağmurdereli, Muammer Ketencoğlu, Hale Bacakoğlu, Gültekin Yazgan, Eşref Armağan et Gülcan Altun. L’âme du poète turc Orhan Veli semble errer au fil des pages, à travers lesquelles « souffle la brise » qui « agite doucement les feuilles des arbres » puis le chant des oiseaux, le cri des mouettes, comme dans son beau poème J’écoute Istanbul. Orhan Veli fournit également le point de départ de l’ouvrage. « Nous avons suivi les vers du poète Orhan Veli. Au départ, il y avait l’idée de contempler la coquetterie et les reflets d’Istanbul. Le poème sur Istanbul vue par Orhan Veli a été réécrit par ceux qui l’entendaient » indiquent les auteurs de l’ouvrage. Lokman Ayva, qui a perdu la vue après avoir été touché par la méningite à 11 ans, est député du parti de la Justice et du Développement (AKP). Il dit que la cécité ne l’affecte que très peu à Istanbul et qu’il aime la ville profondément même sans la voir, même s’il regrette de ne pouvoir la contempler. Hale Bacakoğlu, connue pour son succès dans un jeu télévisé diffusé sur la chaîne de télévision publique turque TRT, est présidente du département qui s’occupe des non-voyants au sein du ministère de l’Education nationale. Devenue aveugle à 16 ans, Hale ressent la tristesse de ne plus revoir les monuments témoignant de la richesse historique d’Istanbul.

De la difficulté d’être aveugle à Istanbul

Les témoignages publiés dans l’ouvrage montrent les difficultés que rencontrent les non-voyants qui vivent dans la métropole. Champion d’échecs de Turquie, Uğur Yuvarlak dénonce les conditions difficiles auxquelles il est constamment confronté : « Il est impossible pour moi de me promener dans la ville sans me blesser à la tête ou aux genoux. » Les phrases de Sacit Serim, ingénieur en électricité, révèlent à quel point le monde des non-voyants est inconnu des autres. « La vie est difficile à Istanbul pour les personnes handicapées, écrit-il. Parfois, tu ne sais pas à quel arrêt tu dois descendre car les bus ne sont pas dotés de système d’annonce sonore indiquant le nom des arrêts. Au musée, tu ne peux pas accéder à des informations sonores ou en relief sur une sculpture. Tu essaies de comprendre ce que te murmure la personne à tes côtés au cinéma parce qu’on n’y utilise pas la technique d’audio description » ajoute-t-il.

Dans un ouvrage collectif intitulé J’écoute Istanbul, 34 personnalités et anonymes turcs non-voyants témoignent de leur amour d’Istanbul et racontent le rapport très poétique et sensitif qu’ils entretiennent avec cette ville. Un fabuleux voyage effectué en écho au célèbre poème du même nom d’Orhan Veli.

Depuis des siècles, Istanbul constitue une source d’inspiration pour les poètes, les écrivains et les voyageurs qui ne se lassent pas de la raconter. Une ville incontournable autant pour ceux qui ouvrent l’oeil que ceux qui ne voient pas. Le chanteur aveugle turc Metin Şentürk affirme ainsi ne plus réussir à s’en passer. « Je ne vois peut-être pas les ponts reliant les deux continents, la majestueuse Sainte-Sophie, la Mosquée bleue qui lui fait face ou la Tour de Léandre dans la mer, mais je sens qu’ils valent la peine d’être contemplés car je pense que l’essence de cette ville qui me donne la joie de vivre se cache dans ces monuments », explique-t-il. Tout comme Metin Şentürk, 34 députés, artistes, écrivains, avocats, sportifs, médecins et psychologues, tous non-voyants, décrivent leur manière de ressentir la ville dans le livre intitulé J’écoute Istanbul (Istanbul’u Dinliyorum), paru aux éditions İstanbul Kültür AŞ.

A l’ombre du poète Orhan Veli

S’il ne peut la contempler, le musicien Muammer Ketencoğlu raconte comment Istanbul parle à ses autres sens : « Lorsque je suis arrivé à Istanbul pour la première fois, j’ai été surtout impressionné par le bruit de la mer que j’ai entendu à Şemsipaşa, à Üsküdar. Mais aussi par celui des mouettes qui portent sous leurs ailes et jusqu’à vos narines l’odeur de la mer. Beyoğlu a toujours été exceptionnel pour moi. Si vous écoutez les bruits qui vous entourent lorsque vous marchez dans l’avenue, vous entendez des chansons interprétées dans d’innombrables langues. Là-bas, vous êtes au plus près du monde, témoin tout à la fois de la pauvreté et de la richesse. » Parmi les écrivains de l’ouvrage, illustré de photographies d’Istanbul, préparé par Semih Kavak et édité par Yüksel Durgut, se trouvent Lokman Ayva, Eşber Yağmurdereli, Muammer Ketencoğlu, Hale Bacakoğlu, Gültekin Yazgan, Eşref Armağan et Gülcan Altun. L’âme du poète turc Orhan Veli semble errer au fil des pages, à travers lesquelles « souffle la brise » qui « agite doucement les feuilles des arbres » puis le chant des oiseaux, le cri des mouettes, comme dans son beau poème J’écoute Istanbul. Orhan Veli fournit également le point de départ de l’ouvrage. « Nous avons suivi les vers du poète Orhan Veli. Au départ, il y avait l’idée de contempler la coquetterie et les reflets d’Istanbul. Le poème sur Istanbul vue par Orhan Veli a été réécrit par ceux qui l’entendaient » indiquent les auteurs de l’ouvrage. Lokman Ayva, qui a perdu la vue après avoir été touché par la méningite à 11 ans, est député du parti de la Justice et du Développement (AKP). Il dit que la cécité ne l’affecte que très peu à Istanbul et qu’il aime la ville profondément même sans la voir, même s’il regrette de ne pouvoir la contempler. Hale Bacakoğlu, connue pour son succès dans un jeu télévisé diffusé sur la chaîne de télévision publique turque TRT, est présidente du département qui s’occupe des non-voyants au sein du ministère de l’Education nationale. Devenue aveugle à 16 ans, Hale ressent la tristesse de ne plus revoir les monuments témoignant de la richesse historique d’Istanbul.

De la difficulté d’être aveugle à Istanbul

Les témoignages publiés dans l’ouvrage montrent les difficultés que rencontrent les non-voyants qui vivent dans la métropole. Champion d’échecs de Turquie, Uğur Yuvarlak dénonce les conditions difficiles auxquelles il est constamment confronté : « Il est impossible pour moi de me promener dans la ville sans me blesser à la tête ou aux genoux. » Les phrases de Sacit Serim, ingénieur en électricité, révèlent à quel point le monde des non-voyants est inconnu des autres. « La vie est difficile à Istanbul pour les personnes handicapées, écrit-il. Parfois, tu ne sais pas à quel arrêt tu dois descendre car les bus ne sont pas dotés de système d’annonce sonore indiquant le nom des arrêts. Au musée, tu ne peux pas accéder à des informations sonores ou en relief sur une sculpture. Tu essaies de comprendre ce que te murmure la personne à tes côtés au cinéma parce qu’on n’y utilise pas la technique d’audio description » ajoute-t-il.

Jeudi, Octobre 6, 2011 - 16:29

L’islam, vedette du 16e Salon du livre d’Alger

La dernière édition du Salon du livre d’Alger a été marquée par le succès incontestable des livres sur l’islam qui ont dopé les ventes des libraires. Recueils de hadiths, livres pour enfants, la diversité des produits proposés a illustré l’intérêt littéraire des Algériens pour la religion musulmane.

Les livres sur l’islam se sont taillé la part du lion au 16e Salon international du livre à Alger (Sila) où les stands saoudiens ont été pris d’assaut. « J’ai eu du mal à satisfaire toutes les demandes. Les ouvrages sur la vie du Prophète Muhammad sont les plus demandés », lance le responsable du stand saoudien Dar El Minhadj. L’homme ne sait plus où donner de la tête : des dizaines de visiteurs se bousculent devant son stand pour passer commande. L’exposition rassemblait pour cette 16e édition du Salon international du livre à Alger (Sila) – du 21 septembre au 1er octobre – 521 éditeurs de 32 pays, selon le commissaire du salon Smaïl Meziane.

« Un symbole de la nation musulmane » Les livres islamiques ont occupé une place de choix à cette manifestation culturelle, l’une des plus importantes d’Alger. Dès l’ouverture du salon, les visiteurs se sont surtout rués sur la nouvelle édition du Sahih de Muslim, a précisé le responsable du stand de Dar El Minhadj. Cet ouvrage évoque les paroles et actes du Prophète. Il est considéré par les sunnites comme la deuxième collection de hadiths la plus authentique après le Sahih d’al-Bukhari, l’un des six grands recueils de hadiths. Malgré son prix élevé, 18.000 dinars – 180 euros environ – la centaine d’exemplaires du livre a été rapidement achetée. « Les livres religieux sont un symbole de la nation musulmane qui aide à mettre nos enfants sur le droit chemin », explique un maître du Coran de Tlemcen (600 km à l’ouest d’Alger). Cet homme, venu spécialement à Alger pour le salon du livre, est reparti avec 70 exemplaires de l’ouvrage Al wassila Ila Allah (La voie vers Allah).     Le succès des livres pour enfants Les titres religieux sont également omniprésents sur des stands dédiés aux enfants. Invité d’honneur cette année, le Liban, présent en force avec 70 exposants, a fait recette avec ces ouvrages qui leur étaient destinés. « Nos ventes ont dépassé de loin toutes nos prévisions », confie à l’AFP Anis, responsable du stand libanais Editions les petits savants. Une série en langue arabe intitulée Aya oua hikaya (Un verset et une histoire) est particulièrement destinée aux enfants. « Plus de 100 exemplaires de cet ouvrage ont déjà été vendus et de nombreux parents et leurs enfants viennent le commander », ajoute M. Anis. Les livres sur l’histoire arabo-musulmane font également fureur, selon Nabil Mazi représentant de l’éditeur libanais Dar El Jil. « Ça marche très bien. La plupart de nos stocks sont en passe d’être épuisés » dit-il. Cependant, « Il y a moins de livres religieux sur les stands comparé à l’an dernier », a estimé l’attaché de presse du Sila, Djamel Bouatta.

La dernière édition du Salon du livre d’Alger a été marquée par le succès incontestable des livres sur l’islam qui ont dopé les ventes des libraires. Recueils de hadiths, livres pour enfants, la diversité des produits proposés a illustré l’intérêt littéraire des Algériens pour la religion musulmane.

Les livres sur l’islam se sont taillé la part du lion au 16e Salon international du livre à Alger (Sila) où les stands saoudiens ont été pris d’assaut. « J’ai eu du mal à satisfaire toutes les demandes. Les ouvrages sur la vie du Prophète Muhammad sont les plus demandés », lance le responsable du stand saoudien Dar El Minhadj. L’homme ne sait plus où donner de la tête : des dizaines de visiteurs se bousculent devant son stand pour passer commande. L’exposition rassemblait pour cette 16e édition du Salon international du livre à Alger (Sila) – du 21 septembre au 1er octobre – 521 éditeurs de 32 pays, selon le commissaire du salon Smaïl Meziane.

« Un symbole de la nation musulmane » Les livres islamiques ont occupé une place de choix à cette manifestation culturelle, l’une des plus importantes d’Alger. Dès l’ouverture du salon, les visiteurs se sont surtout rués sur la nouvelle édition du Sahih de Muslim, a précisé le responsable du stand de Dar El Minhadj. Cet ouvrage évoque les paroles et actes du Prophète. Il est considéré par les sunnites comme la deuxième collection de hadiths la plus authentique après le Sahih d’al-Bukhari, l’un des six grands recueils de hadiths. Malgré son prix élevé, 18.000 dinars – 180 euros environ – la centaine d’exemplaires du livre a été rapidement achetée. « Les livres religieux sont un symbole de la nation musulmane qui aide à mettre nos enfants sur le droit chemin », explique un maître du Coran de Tlemcen (600 km à l’ouest d’Alger). Cet homme, venu spécialement à Alger pour le salon du livre, est reparti avec 70 exemplaires de l’ouvrage Al wassila Ila Allah (La voie vers Allah).     Le succès des livres pour enfants Les titres religieux sont également omniprésents sur des stands dédiés aux enfants. Invité d’honneur cette année, le Liban, présent en force avec 70 exposants, a fait recette avec ces ouvrages qui leur étaient destinés. « Nos ventes ont dépassé de loin toutes nos prévisions », confie à l’AFP Anis, responsable du stand libanais Editions les petits savants. Une série en langue arabe intitulée Aya oua hikaya (Un verset et une histoire) est particulièrement destinée aux enfants. « Plus de 100 exemplaires de cet ouvrage ont déjà été vendus et de nombreux parents et leurs enfants viennent le commander », ajoute M. Anis. Les livres sur l’histoire arabo-musulmane font également fureur, selon Nabil Mazi représentant de l’éditeur libanais Dar El Jil. « Ça marche très bien. La plupart de nos stocks sont en passe d’être épuisés » dit-il. Cependant, « Il y a moins de livres religieux sur les stands comparé à l’an dernier », a estimé l’attaché de presse du Sila, Djamel Bouatta.

Mercredi, Août 17, 2011 - 15:50

L’art de lire les visages chez les Turcs

 

La physionomie ou l’art de cerner une personnalité à travers son visage est une discipline très ancienne en Turquie. Les Ottomans la pratiquait couramment et le tout dernier ouvrage du docteur Orhan Erdem Yüz Okuma montre l’utilité de réhabiliter cette « science du visage. »

 

Dans une situation telle qu’une réunion professionnelle décisive ou une rencontre très importante, une bonne observation du visage de son vis-à-vis est un élément essentiel d’un bon entretien. Il existe toute une école de pensée défendant l’idée que le visage porte toutes les réponses des questionnements inévitables que l’homme se pose sur une personne rencontrée pour la première fois. Cet art de lire dans les visages permet de comprendre le caractère des gens et d’observer leurs traits avec soin. Il permet aussi d’avoir une idée sur la meilleure façon de communiquer avec les autres au niveau de leur comportement, de leur ouverture à l’apprentissage ou de leur résistance au stress. Cet art, développé en Europe dès le Ve siècle, était très populaire à l’époque ottomane.

La science du visage des Ottomans

A l’école Enderun ou à l’école du Palais, la lecture du visage a été enseignée comme ilmi sima (La science du visage). Les personnes qui atteignaient un certain rang au palais ottoman devaient recevoir des cours de lecture du visage par un professeur. Cet art était donc très familier dans les milieux ottomans. Lorsque la République de Turquie a été établie, l’art de la lecture des visages a été jeté à l’eau, comme de nombreux aspects de la culture ottomane. Mais aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, une première section académique de recherche a été ouverte sur ce « ilmi sima », dont beaucoup n’avaient jamais entendu parler auparavant. Les recherches du docteur Orhan Erdem sur cette discipline ont été rassemblées dans un ouvrage intitulé Yüz Okuma(L’interprétation du visage). Ce livre passe en revue les différentes techniques de lecture du visage et montre combien le caractère d’une personne peut-être cerné à partir de ces expressions faciales. La source d’information la plus connue de cette discipline, plongée dans l’oubli un siècle durant, est le Marifetname, écrit il y a 251 ans par İbrahim Hakkı Hazretleri. Orhan Erdem explique que la ilmi sima offre au public un vrai outil de compréhension  permettant de prévenir les problèmes relationnels ou d’établir la meilleure attitude à avoir avec autrui.

De l’art du visage à l’art du langage

Erdem, qui est aussi sociologue, souligne que la société turque fait face à de sérieux problèmes en ce qui concerne la communication humaine.  « Nous nous sommes vraiment éloignés de la politesse dans la communication et sommes devenus vulgaires et grossiers. » Il fait remarquer que souvent lorsque des personnes discutent entre elles, la communication prend fin avant même qu’elle n’ait vraiment commencé à cause d’un manque de compréhension de ce que l’autre peut ressentir et de la façon dont il pourrait interpréter la situation. Erdem note également que les gens ont tendance, de nos jours, à tout rapporter tel qu’ils le perçoivent. « Certes, nous avons du franc-parler, mais nous n’avons pas tout à fait l’air de savoir quand et avec qui nous pouvons parler de cette manière. A ce stade, si l’on peut apprendre la discipline de la lecture du visage, les gens pourraient développer les idées qu’ils se font des autres et ainsi améliorer leurs qualités de communication. »

 

La physionomie ou l’art de cerner une personnalité à travers son visage est une discipline très ancienne en Turquie. Les Ottomans la pratiquait couramment et le tout dernier ouvrage du docteur Orhan Erdem Yüz Okuma montre l’utilité de réhabiliter cette « science du visage. »

 

Dans une situation telle qu’une réunion professionnelle décisive ou une rencontre très importante, une bonne observation du visage de son vis-à-vis est un élément essentiel d’un bon entretien. Il existe toute une école de pensée défendant l’idée que le visage porte toutes les réponses des questionnements inévitables que l’homme se pose sur une personne rencontrée pour la première fois. Cet art de lire dans les visages permet de comprendre le caractère des gens et d’observer leurs traits avec soin. Il permet aussi d’avoir une idée sur la meilleure façon de communiquer avec les autres au niveau de leur comportement, de leur ouverture à l’apprentissage ou de leur résistance au stress. Cet art, développé en Europe dès le Ve siècle, était très populaire à l’époque ottomane.

La science du visage des Ottomans

A l’école Enderun ou à l’école du Palais, la lecture du visage a été enseignée comme ilmi sima (La science du visage). Les personnes qui atteignaient un certain rang au palais ottoman devaient recevoir des cours de lecture du visage par un professeur. Cet art était donc très familier dans les milieux ottomans. Lorsque la République de Turquie a été établie, l’art de la lecture des visages a été jeté à l’eau, comme de nombreux aspects de la culture ottomane. Mais aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, une première section académique de recherche a été ouverte sur ce « ilmi sima », dont beaucoup n’avaient jamais entendu parler auparavant. Les recherches du docteur Orhan Erdem sur cette discipline ont été rassemblées dans un ouvrage intitulé Yüz Okuma(L’interprétation du visage). Ce livre passe en revue les différentes techniques de lecture du visage et montre combien le caractère d’une personne peut-être cerné à partir de ces expressions faciales. La source d’information la plus connue de cette discipline, plongée dans l’oubli un siècle durant, est le Marifetname, écrit il y a 251 ans par İbrahim Hakkı Hazretleri. Orhan Erdem explique que la ilmi sima offre au public un vrai outil de compréhension  permettant de prévenir les problèmes relationnels ou d’établir la meilleure attitude à avoir avec autrui.

De l’art du visage à l’art du langage

Erdem, qui est aussi sociologue, souligne que la société turque fait face à de sérieux problèmes en ce qui concerne la communication humaine.  « Nous nous sommes vraiment éloignés de la politesse dans la communication et sommes devenus vulgaires et grossiers. » Il fait remarquer que souvent lorsque des personnes discutent entre elles, la communication prend fin avant même qu’elle n’ait vraiment commencé à cause d’un manque de compréhension de ce que l’autre peut ressentir et de la façon dont il pourrait interpréter la situation. Erdem note également que les gens ont tendance, de nos jours, à tout rapporter tel qu’ils le perçoivent. « Certes, nous avons du franc-parler, mais nous n’avons pas tout à fait l’air de savoir quand et avec qui nous pouvons parler de cette manière. A ce stade, si l’on peut apprendre la discipline de la lecture du visage, les gens pourraient développer les idées qu’ils se font des autres et ainsi améliorer leurs qualités de communication. »

Mercredi, Août 17, 2011 - 14:58

Le magazine Hira : une voix turque dans le monde arabe

 

Depuis son lancement en 2005, le magazine Hira tisser des liens culturels et intellectuels entre le monde arabe et la Turquie. Publié au Maghreb, au Moyen-Orient mais aussi en Afrique et en Australie, Hira est également un pont dans les milieux d’affaires turco-arabes.

 

Depuis six ans, le magazine Hira se fait un devoir de rapprocher la Turquie et le monde arabe. Plus une plate-forme qu’un magazine, Hira n’est pas très populaire en Turquie où seulement 3.000 exemplaires sur les 40.0000 imprimés sont vendus. Ce qui n’est pas le cas dans les pays arabes où la revue à un certain succès depuis cinq ans. Avec l’organisation d’ateliers et de nombreux colloques, le magazine turc a déjà réuni plus de 2.500 spécialistes et intellectuels arabophones. Lancé en octobre 2005, la véritable histoire du magazine commence en 2000, lorsque la maison d’édition Darun Nil est créée pour éditer des ouvrages de Fethullah Gülen en langue arabe. Dans la même année, l’éditeur participe à une foire du livre en Egypte où son stand attire beaucoup de monde. Nevzat Savaş, le rédacteur en chef de Hira, s’en souvient très bien. « En Egypte, les gens demandaient si nous étions musulmans. Leur perception de la Turquie était totalement erronée » dit-il.

Promouvoir l’expérience turque

Le professeur Muhammad Imara, l’un des trois premiers chercheurs du monde islamique et l’auteur de 170 livres, a pu observer les nombreux changements de la société turque. « Nous avons fait fausse route ces cinq dernière décennies. Nous devons nous inspirer de la méthodologie du mouvement Gülen au lieu de gaspiller notre énergie dans des conflits politiques » explique-t-il. Organisant les visites des délégations arabes depuis 2002, Savaş note que la perception arabe de la Turquie était souvent réduite à un champ de problèmes centrés autour de la laïcité, de l’armée, des partis politiques et du voile. Par la suite, Farid al-Ansari, Taha Abderrahmane, Sahid al-Bushi et Mustafa Ben Hamza, d’éminents spécialistes marocains, ont déclaré apprécier la transformation démocratique que la Turquie a subi. Le professeur Imara demande ainsi la création d’un organisme pour promouvoir l’expérience turque dans le monde arabe avec la participation d’au moins 100 chercheurs en provenance de Syrie, du Maroc, d’Algérie ainsi que d’autres pays arabes. De ce point de vue, le dynamisme intellectuel de la revue est très présent. Le magazine Hira a notamment déjà organisé plusieurs congrès et des conférences dans un certain nombre de pays étrangers dont l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Australie ou le Sénégal. Mais au-delà de l’aspect éditorial, cette publication est aussi un pont entre les hommes d’affaires turcs et arabes. Un homme d’affaire arabe inspiré par un article de Hira a fait don d’une grande quantité de terres pour la construction d’une école à Aden, au Yémen. Une quantité substantielle de l’investissement a été faite pour construire un énorme bâtiment universitaire et des mesures ont été prises pour ouvrir cinq autres écoles grâce à des dons de philanthropes marocains. Le magazine Hira, qui agit comme une plate-forme pour œuvrer en faveur d’un esprit commun, est un espace de contribution pour les écrivains et les intellectuels aussi bien arabes que turcs.

Un magazine bientôt mensuel

Par ce travail, il cherche à servir une voix commune qui mobilise les peuples du monde arabe. En Turquie, Hira fait appel à ceux qui s’intéressent à la religion et à la langue arabe. Les lecteurs turcs, qui voudraient établir des liens avec des universitaires du monde arabe, reçoivent des recommandations du magazine précisant l’aide que peut apporter tel professeur en fonction de leur domaine d’intérêt. A ce jour, plus de 150 étudiants arabes sont venus en Turquie pour suivre des programmes éducatifs (www.hiramagazine.com). Initialement publié en tant que trimestriel, le magazine Hira va bientôt passer à une périodicité mensuelle. Le nombre d’exemplaires vendus dans les pays du Maghreb et au Moyen-Orient est, notamment, de 10.000 en Arabie saoudite, de 7.000 en Egypte, de 5.000 au Maroc et de 4. 000 au Yémen. Le magazine suscite un intérêt croissant au Soudan, en Algérie, en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Mauritanie. Il est en outre largement lu au Pakistan, en Malaisie et en Indonésie. Le magazine est imprimé en Turquie, en Egypte et au Maroc.

 

Depuis son lancement en 2005, le magazine Hira tisser des liens culturels et intellectuels entre le monde arabe et la Turquie. Publié au Maghreb, au Moyen-Orient mais aussi en Afrique et en Australie, Hira est également un pont dans les milieux d’affaires turco-arabes.

 

Depuis six ans, le magazine Hira se fait un devoir de rapprocher la Turquie et le monde arabe. Plus une plate-forme qu’un magazine, Hira n’est pas très populaire en Turquie où seulement 3.000 exemplaires sur les 40.0000 imprimés sont vendus. Ce qui n’est pas le cas dans les pays arabes où la revue à un certain succès depuis cinq ans. Avec l’organisation d’ateliers et de nombreux colloques, le magazine turc a déjà réuni plus de 2.500 spécialistes et intellectuels arabophones. Lancé en octobre 2005, la véritable histoire du magazine commence en 2000, lorsque la maison d’édition Darun Nil est créée pour éditer des ouvrages de Fethullah Gülen en langue arabe. Dans la même année, l’éditeur participe à une foire du livre en Egypte où son stand attire beaucoup de monde. Nevzat Savaş, le rédacteur en chef de Hira, s’en souvient très bien. « En Egypte, les gens demandaient si nous étions musulmans. Leur perception de la Turquie était totalement erronée » dit-il.

Promouvoir l’expérience turque

Le professeur Muhammad Imara, l’un des trois premiers chercheurs du monde islamique et l’auteur de 170 livres, a pu observer les nombreux changements de la société turque. « Nous avons fait fausse route ces cinq dernière décennies. Nous devons nous inspirer de la méthodologie du mouvement Gülen au lieu de gaspiller notre énergie dans des conflits politiques » explique-t-il. Organisant les visites des délégations arabes depuis 2002, Savaş note que la perception arabe de la Turquie était souvent réduite à un champ de problèmes centrés autour de la laïcité, de l’armée, des partis politiques et du voile. Par la suite, Farid al-Ansari, Taha Abderrahmane, Sahid al-Bushi et Mustafa Ben Hamza, d’éminents spécialistes marocains, ont déclaré apprécier la transformation démocratique que la Turquie a subi. Le professeur Imara demande ainsi la création d’un organisme pour promouvoir l’expérience turque dans le monde arabe avec la participation d’au moins 100 chercheurs en provenance de Syrie, du Maroc, d’Algérie ainsi que d’autres pays arabes. De ce point de vue, le dynamisme intellectuel de la revue est très présent. Le magazine Hira a notamment déjà organisé plusieurs congrès et des conférences dans un certain nombre de pays étrangers dont l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, l’Arabie saoudite, l’Australie ou le Sénégal. Mais au-delà de l’aspect éditorial, cette publication est aussi un pont entre les hommes d’affaires turcs et arabes. Un homme d’affaire arabe inspiré par un article de Hira a fait don d’une grande quantité de terres pour la construction d’une école à Aden, au Yémen. Une quantité substantielle de l’investissement a été faite pour construire un énorme bâtiment universitaire et des mesures ont été prises pour ouvrir cinq autres écoles grâce à des dons de philanthropes marocains. Le magazine Hira, qui agit comme une plate-forme pour œuvrer en faveur d’un esprit commun, est un espace de contribution pour les écrivains et les intellectuels aussi bien arabes que turcs.

Un magazine bientôt mensuel

Par ce travail, il cherche à servir une voix commune qui mobilise les peuples du monde arabe. En Turquie, Hira fait appel à ceux qui s’intéressent à la religion et à la langue arabe. Les lecteurs turcs, qui voudraient établir des liens avec des universitaires du monde arabe, reçoivent des recommandations du magazine précisant l’aide que peut apporter tel professeur en fonction de leur domaine d’intérêt. A ce jour, plus de 150 étudiants arabes sont venus en Turquie pour suivre des programmes éducatifs (www.hiramagazine.com). Initialement publié en tant que trimestriel, le magazine Hira va bientôt passer à une périodicité mensuelle. Le nombre d’exemplaires vendus dans les pays du Maghreb et au Moyen-Orient est, notamment, de 10.000 en Arabie saoudite, de 7.000 en Egypte, de 5.000 au Maroc et de 4. 000 au Yémen. Le magazine suscite un intérêt croissant au Soudan, en Algérie, en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Mauritanie. Il est en outre largement lu au Pakistan, en Malaisie et en Indonésie. Le magazine est imprimé en Turquie, en Egypte et au Maroc.