Par Redaction | jeu, 03/05/2012 - 17:24
Mots clés : Emre Belözoglu, insultes racistes, Association de la psychologie du sport, Turgay Biçer, Football, Sports

Les insultes proférées par le milieu de terrain de Fenerbahçe Emre Belözoglu contre le joueur ivoirien Didier Zokora ont relancé la question de la violence, verbale ou physique, dans le football turc. Il y a deux ans, le professeur Turgay Biçer a fondé avec des amis l’Association de la psychologie du sport et de l’entraînement (ESPDER) afin d’apporter une aide psychologique aux sportifs turcs.
- Qu’est-ce qui explique le comportement irresponsable de certains joueurs vis-à-vis de leur entraîneur lorsqu’ils font une faute ?
L’entraînement du sportif est un tout : le travail est technique, physique, mais aussi psychologique. Et l’ensemble doit s’articuler de manière harmonieuse. Une carence dans un de ces domaines, et ce sont les deux autres qui en pâtissent. C’est pourquoi le sportif qui ne progresse pas sur le plan psychologique ou qui n’assume pas ses responsabilités ne produira pas les performances qu’on attend de lui. Face à la pression et aux difficultés en tous genres, il aura tendance à réagir négativement, voire de manière dangereuse. C’est un fait : certains sportifs ont des problèmes de comportements parce qu’ils n’ont pas appris à se contrôler. Le problème se trouve là souvent.
- Que doivent faire les footballeurs pour apprendre à se contrôler ?
Un sportif doit consacrer au moins autant de temps à l’entraînement psychologique qu’aux entraînements classiques. Et pour cela, il faut qu’il travaille avec un coach spécialisé : le psychologue du sport.
- Mettons de côté la question de savoir si Emre est raciste ou pas. Le fait est qu’il perd son contrôle durant les matchs. Que lui conseillez-vous ?
Emre a du talent, mais c’est un sportif qui ne gère pas ses émotions. Il doit faire des efforts et ses entraîneurs doivent l’y aider dans le cadre d’un projet qui consistera notamment à questionner ses insuffisances psychologiques. Emre doit prendre du recul, réapprendre et se renouveler. Pour cela, il faut qu’il soit guidé par un spécialiste. Il ne faut pas avoir honte de ce genre de situation ou s’en inquiéter. Il arrive qu’on ne comprenne pas ce qui arrive à l’intérieur de nous-mêmes et qu’on agisse de manière telle qu’on ne se reconnaisse plus. En fait, ce genre de situation doit être accueilli comme une chance [car il permet de se dépasser].
- Pensez-vous que Fatih Terim a bien fait de pardonner à ses joueurs ?
Pour un entraîneur, prendre ce genre de décision n’est jamais facile. On peut fermer les yeux et se focaliser sur les compétences des joueurs, mais si les pertes doivent dépasser les profits, on fait là une grande erreur, c’est sûr. A mon avis, Terim n’aurait pas dû pardonner à Melo.
- Dans quel état psychologique se trouve un footballeur désigné comme «sportif délinquant» ? Faut-il s’attendre à ce qu’il récidive, ou, au contraire, à ce qu’il s’interdise à l’avenir ce genre de comportement ?
Les joueurs qui connaissent ce genre de comportement lancent, d’une certaine manière, un appel au secours. Ils ne s’en rendent pas compte eux-mêmes, mais il est évident qu’il y a un réel problème, un problème qui relève de la compétence d’un spécialiste. Il faut dans ce cas entamer un travail, et sérieusement. Parce qu’en effet le talent ne suffit pas toujours.
- Qu’est-ce que les clubs ont à perdre en tolérant ce genre de comportement ?
Personne n’en sort indemne. C’est pourquoi dans chaque club, les psychologues du sport doivent préparer les joueurs sur ce plan spécifique, assurer le suivi, et aider également les entraîneurs à faire face aux éventuels dérapages. En agissant ainsi, on ne résoudra pas tout, mais il est certain que beaucoup de choses seront différentes.
Istanbul
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