Par Redaction | mer, 17/08/2011 - 14:17
Alors que les Turcs s’apprêtent à renouveler leur Parlement, les analystes commentent encore les principaux slogans des partis. Mais pour Beril Dedeoglu, professeur spécialisée en relations internationales à l’Université Galatasaray d’Istanbul, les électeurs choisiront ceux qui leur garantiront « les libertés publiques et le développement économique. »
Nous sommes conscients que la Turquie n’est pas un pays évident à comprendre pour ceux qui nous observent depuis l’Europe. Parfois, nous-mêmes qui vivons ici avons quelques difficultés à analyser les faits de notre société où tout change si rapidement autour de nous. Nous le sommes d’autant plus qu’en ce moment nous trouvons en plein milieu d’une campagne électorale passionnante où les chefs des partis politiques et leurs polémiques occupent les premières pages. Dans la plupart des pays européens, les campagnes électorales ne ressemblent pas à celles menées en Turquie. Dans ces pays, les dirigeants politiques ne voyagent pas à bord de bus à travers le pays pour animer leurs campagnes électorales. Il n’y a pas de cortèges bruyants, les routes ne sont pas bloquées et le public ne voit pas de drapeaux polluant le paysage. En Turquie, l’homme de la rue préfère écouter un discours que de lire des documents, et les allocutions des dirigeants ne font rien de plus que d’alimenter des conflits sans fin. Pendant ce temps, le terrorisme séparatiste se poursuit et la majorité des citoyens ne désirent qu’une seule chose : que le jour de l’élection arrive aussi rapidement que possible. Mais il ne faut pas croire que le langage utilisé à l’occasion de ces discours électoraux reflète réellement la situation sociale et politique de la Turquie.
Piété n’est pas conservatisme !
Toutes ces chamailleries démonstratives montrent au moins quels sont les sujets qui seront à l’ordre du jour au lendemain des élections : une nouvelle Constitution et les attentes du peuple pour davantage de libertés. En fait, indépendamment de ce que les leaders disent sur les places publiques, les gens voteront selon les positions des partis concernant les libertés publiques et le développement économique. En fait, les résultats des élections législatives du 12 juin sont très prévisibles et le monde occidental dira une fois de plus que ces résultats reflètent la montée du conservatisme religieux en Turquie. Néanmoins, il y a une différence entre la piété et le conservatisme. Les comportements électoraux des gens sont souvent influencés par leur environnement social. En Turquie, nous avons été témoins depuis un certain temps de résultats électoraux qui donnent l’impression que les attentes de la population ne sont pas nécessairement en corrélation avec leur position sociale. De plus, il est préférable d’analyser l’évolution politique de la Turquie à partir des choix du peuple plutôt qu’à partir des slogans prononcés par les chefs de parti. Dans les pays développés, les analyses politiques des résultats électoraux sont relativement plus faciles à réaliser. Par exemple, si les partis nationalistes ou racistes se renforcent, les analystes souligneront la crise économique, le taux de chômage ou les vagues d’immigration.
« Les gens votent contre le parti qu’ils aiment le moins »
Toutefois, quand il s’agit de la Turquie, les analystes préfèrent parler de ce que le gouvernement actuel a fait ou n’a pas fait, plutôt que de se concentrer sur les attentes des gens. On ne sait pas s’ils croient (ou s’ils espèrent) que la Turquie sera toujours formée d’élites, mais ils doivent tenir compte du fait qu’en Turquie, les gens ne votent pas la plupart du temps pour le parti qu’ils apprécient le plus, mais contre le parti qu’ils aiment le moins. Autrement dit, peu importe qui sera le gagnant des élections, les vrais débats et les négociations ne commenceront qu’au lendemain du scrutin. Mais il ne faut pas penser que le prochain gouvernement sera en mesure de travailler sans difficultés simplement parce qu’il aura gagné les élections. Certains segments de la société ou d’autres acteurs civils ou non pourront essayer de faire en sorte que le gouvernement soit incapable de fonctionner. Les gens sont pleinement conscients de ce fait et voteront donc pour le parti qui semblera le plus apte à lutter avec succès contre ceux qui sont déterminés à empêcher un gouvernement civil de travailler efficacement. En d’autres termes, les gens n’iront pas voter à la lumière des discours pro-laïcs, pro-kurdes ou conservateurs.
