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Les Turkmènes de Syrie veulent se faire entendre en Turquie

Les jeunes Turkmènes de Syrie ont réalisé un rêve qui leur tenait à cœur depuis 90 ans : créer une association des Turcs de Syrie. Pour ces héritiers du pantouranisme, l’objectif est double : perpétuer leurs traditions mais surtout renouer le lien perdu avec la Turquie.

« Quand nous étions au lycée, nous soutenions les clubs de football turcs et les partis politiques turcs. Nous pensions constamment à la Turquie, mais lorsque ma mère nous disait : “ Si seulement la Turquie savait que vous êtes là ”, alors nous perdions tout notre enthousiasme. » Ziyad Hasan Nabğalı, un jeune Turkmène d’Alep, se remémore sa jeunesse. Ignorant que ceux qui passaient par la Syrie étaient considérés comme terroristes dans les années 90, il répondait à sa mère : « Tu verras, un jour la Turquie nous entendra. » Ce jour-là, Ziyad l’attend toujours. Bien avant que l’Anatolie devienne turque, des Turcs vivaient en Syrie et lorsque le sultan Yavuz passait la porte de Damas en 1516, le pays comptait déjà un nombre considérable de Turkmènes. Puis, des frontières ont été dressées, des mines installées et les deux frères se sont retrouvés de part et d’autre de la frontière. Les visites n’ont pas cessé même pendant les jours les plus difficiles mais la Turquie a bientôt oublié ses frères restés au-delà des frontières. Pour Tarık Cevizci, cette histoire concerne la période suivant la mort d’Atatürk car les Turkmènes, qui se sont battus avec les soldats d’Atatürk pour chasser les Français des régions du sud, avaient un lien direct avec le père fondateur de la République. Même si le contact avec la Turquie ne s’est pas rompu tout de suite après la proclamation de la République, les Turkmènes, qui visitaient régulièrement Ankara à partir de 1918, ont sombré dans l’oubli avec l’arrivée au pouvoir d’Inönü.

La nouvelle Turquie : un espoir pour les Turkmènes

Quatre-vingt-dix ans plus tard, les jeunes Turkmènes ont hérité de leurs ancêtres non seulement le drapeau mais aussi l’amour de la Turquie. En fondant l’Association des Turcs de Syrie, ils tentent aujourd’hui de rattraper le temps perdu et de renouer des liens forts entre les deux pays. Si l’Association des Turcs de Syrie a été créée seulement aujourd’hui, c’est parce que la « nouvelle » Turquie, plus démocratique, fait revivre l’espoir. Ziyad semble très enthousiaste : « Nous sommes persuadés que nous aurons notre rôle à jouer dans la formation de la future Syrie et ce que nous aurons appris de la Turquie nous sera très utile », affirme-t-il. Quant à Tarık Cevizci, il souhaite apporter son soutien aux jeunes qui se sont rendus en Turquie pour poursuivre leurs études et à ceux qui n’ont pas pu continuer à étudier en Syrie pour des raisons financières.  L’association, encore très jeune, a également des projets culturels comme perpétuer les traditions des Turkmènes, un peuple vivant sous pression depuis des années. Mais c’est l’idée de créer des écoles avec un enseignement en langue turkmène qui enthousiasme le plus les jeunes. Les Turkmènes de Syrie estiment qu’établir le siège de l’association à Istanbul est leur droit le plus naturel. Pour Tarık Cevizci, la Turquie est aussi, quelque part, son pays. « Nous ne vivons pas sur ce territoire et ne sommes peut-être pas citoyens de ce pays mais ces terres ont vu couler le sang de nos grands-pères », souligne-t-il. Pourtant, ces jeunes espèrent quand même retourner à Damas lorsque la vie y reprendra son cours, car leur objectif principal est de s’imprégner du savoir, de la démocratie et de la technologie selon le modèle turc pour offrir ces services aux Turkmènes de Syrie.

Pas « turkmène » mais « Turcs de Syrie » !

Le périple en Turquie des étudiants turkmènes remonte à l’époque de Turgut Özal. Très peu de jeunes Turkmènes, arrivés en groupes à cette époque, retournent en Syrie après leurs études. La plupart restent en Turquie, d’autres s’installent dans les pays du Golfe ou en Arabie Saoudite. Selon Tarık Cevizci, seule une cinquantaine des 560 Turkmènes poursuivant leurs études en Turquie est retournée dans son pays. Ziyad Hasan, pour sa part, reproche à la Turquie d’abandonner ses étudiants après leurs études : « La Turquie devrait désormais mettre en place une politique pour nous, les étudiants », ajoute-t-il. Craignant que l’adjectif « turkmène » soit utilisé dans un sens discriminatoire, les jeunes Turkmènes ont choisi d’employer l’appellation « Turcs de Syrie » pour leur association. Le logo de l’association, composé d’écritures en langues arabe et turque, d’un aigle à deux têtes surplombé d’étoiles à huit branches et d’un croissant, symbolise le bilinguisme, la turcité et l’islam. Enfin, les cinq étoiles représentent les cinq régions syriennes peuplées de Turkmènes, à savoir Alep, Homs, Damas, Lattaquié et Djézireh.

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