Par Fouad Bahri | mer, 04/04/2012 - 17:46

Effet collatéral de l’affaire Merah, l’intrusion du thème de l’insécurité dans la campagne présidentielle pourrait changer tous les pronostics du second tour. Si Marine Le Pen devrait engranger les bénéfices de son discours anti-islam, pour le sociologue El Yamine Soum, Sarkozy reste celui qui pourrait profiter le mieux de ce contexte par sa stature d’homme d’Etat et son sens de la communication.
A deux semaines du premier tour des présidentielles, l’insécurité va-t-elle finalement s’imposer comme le thème majeur du scrutin ? Les méandres tragiques de l’affaire Merah pourraient le laisser croire. En 2007, le candidat Sarkozy s’était déjà fait élire largement sur ce thème avec la médiatisation, on s’en souvient, de l’agression d’une personne âgée. Mais aujourd’hui, la concurrence politique veille et n’entend pas faire oeuvre de figuration. La campagne très agressive de Marine Le Pen contre l’islam et l’immigration pourrait ainsi déposséder le chef de l’UMP d’une seconde victoire ou à tout le moins créer la surprise. Mevlüde Gündüz, adjointe au maire de Mulhouse, en est persuadée, même si elle estime que Sarkozy reste le mieux placé sur ce sujet. «Oui, le thème de la sécurité s’est imposé dans la présidentielle et sera un thème majeur» dit-elle. Mme Gündüz estime que Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy défendent les mêmes idées mais dans des termes différents. «Le Pen le fait pour des raisons idéologiques [mais] Sarkozy sort renforcé car il jouit d’une crédibilité d’homme d’Etat, sur le terrain et comme la personne la plus à même de régler ce genre de problème» explique-t-elle.
De l’insécurité physique à l’insécurité sociale
Pour autant, le thème de la sécurité reste pour l’élue franco-turque, «un symptôme de la non connaissance de l’autre et de la non appropriation de l’autre». «Il y a une vraie politique à mener pour le mieux vivre-ensemble» poursuit la maire-adjointe qui parle d’un «vrai malaise». Pour cette élue mulhousienne, des travaux au niveau urbanistique pour en finir avec les ghettos contribueraient concrètement à un changement social. Sociologue et co-auteur du livre Discriminer pour mieux régner – Enquête sur la diversité dans les partis politiques français (Edition de l’Atelier), El Yamine Soum observe lui aussi qu’ «à force de le répéter dans les médias, l’insécurité s’installe doucement, mais quand on interroge les Français, ils disent que ce n’est pas leur priorité». Selon lui, l’élection devrait se jouer au niveau des classes populaires, des employés et des ouvriers qui craignent la mondialisation économique qui signifie pour eux délocalisation et peur de l’avenir. «L’interrogation est de savoir jusqu’à quand Sarkozy pourra profiter de ce thème», ajoute-t-il en rappelant que Nicolas Sarkozy était déjà ministre de l’Intérieur en charge de la sécurité avant d’être président.
Sarkozy sort gagnant du climat sécuritaire
Mais à la différence de 2007, El Yamine Soum souligne que la situation sociale s’est nettement dégradée et qu’elle s’est impactée sur les ménages. «Il y a une paupérisation et de l’insécurité au sens large», les Français se préoccupant surtout de «ce qu’il y a dans leur portefeuille à la fin du mois». «La première des insécurités est sociale» souligne d’ailleurs le sociologue. Paradoxalement pourtant, Sarkozy profite de la faiblesse du Parti socialiste qui ne parvient pas à développer des thèmes de campagne sur des positions fortes à gauche alors même que la crise s’est installée dans le paysage. Quant au Front national de Marine le Pen, s’il a rompu avec l’antisémitisme remplacé par une nouvelle cible «qui sont les musulmans», il a néanmoins montré ses limites. «Les critiques des économistes, son débat face à Jean-Luc Mélenchon, ont montré que Marine le Pen n’était pas cette femme d’avenir capable de leadership» juge El Yamine Soum. L’analyste pense donc également que Sarkozy sera le vrai gagnant d’une stratégie du tout sécuritaire. «Sarkozy va essayer aussi d’en profiter en montrant un activisme en matière de lutte contre l’insécurité, même si beaucoup de Français savent qu’il s’agit de communication» conclut le sociologue.
Paris
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