Par Pauline Hammé | mer, 02/05/2012 - 16:36
Mots clés : Mahinur Özdemir, société interculturelle, Belgique, élections, France, immigration, Politique

A quelques jours du second tour des présidentielles, Mahinur Özdemir, une figure majeure de la politique bruxelloise, appelle les Franco-turcs à faire entendre leur voix. Pour cette députée belgo-turque, les jeunes musulmans d’Europe gagneraient à s’investir davantage en politique. Au lieu de critiquer, il faut s’engager autour d’un socle de valeurs communes, plaide-t-elle.
«Si vous ne vous occupez pas de la politique, la politique s’occupera de vous». Mahinur Özdemir aime rappeler cette formule lorsqu’elle évoque son parcours. C’est parce qu’elle a préféré devenir un acteur du système qu’elle s’est engagée en politique en 2004 avec le Centre démocratique humaniste (CDH), un parti centriste belge. Depuis, cette trentenaire est la plus jeune députée à siéger au Parlement bruxellois et a réussi à s’imposer dans le paysage politique belge, malgré les nombreuses attaques contre son voile. Pourtant, peu de choses la prédestinaient à cette carrière. «Mes parents n’étaient pas très politisés ; j’ai commencé à m’y intéresser à l’université en rencontrant des cercles engagés» raconte-t-elle. « Dans mon quartier [à Schaerbeek, quartier où vit une importante communauté turque, NDLR] nous votions en général pour un candidat en fonction de ses origines.» A l’époque, la militante en herbe décide plutôt de voter pour un parti, son programme et ses idées, et pas simplement pour le candidat turc. C’est que cette jeune femme souriante et énergique est persuadée qu’il est possible de changer le système en s’engageant dans la politique, surtout au niveau local. «Il faut que les jeunes issus de l’immigration sortent des discours victimaires, en arrêtant de se dire que de toutes façons la société les rejette», poursuit-elle. La solution : s’engager sur des problématiques globales qui touchent plus de personnes comme la lutte contre la pauvreté, les discriminations ou encore les questions constitutionnelles. «Il faudrait qu’à travers l’Europe nous prenions conscience de nos droits et de nos devoirs pour défendre des valeurs communes telles que l’éducation ou la famille» défend-t-elle. Un engagement qui passe aussi par le vote. «Une voix, c’est important ! Je suis bien placée pour le savoir, j’ai été élue avec 122 voix de différence» s’exclame la deputée bruxelloise.
Une société interculturelle
Souvent accusée de jouer le jeu du communautarisme, Mahinur Özdemir répond qu’elle s’est toujours engagée en faveur d’une société interculturelle. «Une société dans laquelle les gens se côtoient et ne vivent pas les uns à côté des autres» précise-t-elle. «Il faut dépasser le clivage communautaire pour lutter contre les préjugés, [car] c’est en dialoguant qu’on pourra faire valoir le vivre ensemble» prône cette formatrice au Centre permanent pour la citoyenneté et la participation du CDH. D’après elle, ce modèle exige, entre autres, d’encourager plus de mixité sociale à l’école. Récemment son parti a fait passer un décret qui permet aux élèves issus de quartiers défavorisés de s’inscrire dans les établissements de leur choix. En charge de l’Environnement, de l’Urbanisme, des Affaires sociales et de la Santé, Mahinur Özdemir affirme défendre «des valeurs sociales tout en ayant des positions plus libérales sur certaines thématiques». Elle est, par exemple, en faveur de la libéralisation du marché de l’énergie. Très active sur Twitter, elle fait partie de la nouvelle génération politique et le revendique. «Je me vois comme un relais pour la jeunesse ; les hommes politiques plus âgés sont souvent bien ignorants de nos réelles préoccupations.» Toujours aussi déterminée, elle avoue espérer que son parcours «donne de l’espoir à beaucoup d’autres jeunes.»
Bruxelles
A lire aussi:
21 Mai, 14:13
20 Mai, 22:43
