Manuel Valls à l’Intérieur : «On sera dans la continuité au minimum»

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Réputé pour ses prises de positions musclées sur la laïcité et le culte musulman, jugées très à droite, le nouveau ministre de l’Intérieur Manuel Valls n’a pas encore convaincu les analystes spécialisés sur l’islam. Pour Raphaël Liogier, de l’Observatoire du religieux, avec M. Valls, «on sera dans la continuité au minimum» avec l’administration Sarkozy. 

La nomination de Manuel Valls au ministère de l'Intérieur va-t-elle changer les rapports entre l'islam de France et l'Etat ? S'il est encore trop tôt pour le dire, l'homme, réputé le plus à droite du Parti socialiste, avec des vues parfois rigides sur la laïcité, n'a pas encore rassuré. Comme le rappelle la journaliste Stéphanie Le Bars dans son blog Digne de foi, Manuel Valls fut en 2010 «l’un des quatorze députés socialistes à voter la loi interdisant le voile intégral dans l’espace public […], à apporter son soutien public à la directrice de la crèche Babyloup opposée en justice à l’une de ses salariées portant le foulard islamique [et] s'est prononcé pour l’interdiction faite aux mères voilées d’accompagner les sorties scolaires». Autant de positions qui lui ont conféré une certaine image négative auprès des musulmans de France, ajoute la journaliste au quotidien Le Monde. Doit-on pour autant craindre un durcissement politique de la part du nouveau ministre sur le dossier islam de France ?
 
«Manuel Valls n’est pas un électron libre»
Pour Didier Billion, directeur des publications de l’Institut de relations internationales et stratégiques et rédacteur en chef de La revue internationale et stratégique, rien ne l'assure encore. S'il est «regrettable que des hommes comme Valls aient rebondi sur des thèmes développés par l’extrême droite française pour essayer de rassurer une partie de l’électorat» dit-il à propos de l'islam, son résultat décevant aux primaires socialistes montre que «la majeure partie des électeurs de gauche n’est pas d’accord avec ces thèmes». Pour autant, poursuit l'universitaire, «Manuel Valls n’est pas un électron libre, il fait partie d’un gouvernement». Une véritable rupture symbolique et politique avec la gestion politique des cinq dernières années caractérisée par «une volonté systématique de stigmatisation de l’islam contradictoire avec les principes républicains» sera néanmoins indispensable selon lui. A Evry, fief du ministère de l'Intérieur dont il est maire, on se montre plus optimiste sur le cas Valls et les responsables musulmans locaux font d'ores et déjà confiance à son sens laïc. C'est l'avis de Khalil Merroun, recteur de la grande mosquée d'Evry. «Avec Valls à l'Intérieur, l'islam sera traité sur un même pied d'égalité. Il respectera strictement la laïcité, le CFCM sera indépendant et respectera les lois de la République» assure-t-il, précisant que les musulmans ont cette exigence «car le CFCM très souvent a été sous tutelle du ministère de l'Intérieur». 
 
L’islam : intégrateur négatif de la politique européenne
Khalil Merroun appelle également de ses vœux à «une rupture totale avec la gestion de l'islam telle qu'elle a été faite depuis la création du CFCM». Il demeure que les orientations politiques et idéologiques du ministre de l'Intérieur sur l'islam dans le contexte de la forte montée des populismes en Europe pourraient s'avérer problématiques. Le directeur de l'Observatoire du religieux à Aix-en-Provence Raphaël Liogier considère que «nous assistons au développement d’une nouvelle forme de populisme transnational et européen qui fait de l’islam un intégrateur négatif et qui s’est diffusé dans l’ensemble de la classe politique». Le sociologue estime que cette influence idéologique s’est répandue sur l’ensemble de l’échiquier politique et regrette que Manuel Valls ait soutenu la position de Claude Guéant «lorsqu’il a déclaré que les musulmans étaient trop nombreux et posaient un problème quantitatif et qualitatif». Il évoque également le cas du Franprix d’Evry et de l’interdiction faite il y a quelques années à son propriétaire de vendre du halal. Cette affaire manifeste parfaitement d’après M. Liogier l’imaginaire de Manuel Valls et la manière dont le facteur idéologique a pris le pas chez lui sur le facteur libéral économique dont il se réclame par ailleurs. Ce qui lui fait dire «que l’on sera dans la continuité au minimum» avec la précédente administration et que ce rapport problématique précédemment défini pourrait nourrir chez le ministre de l’Intérieur «des politiques publiques qui promettent d’être désastreuses».
Paris

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