Des milliers de livres ne sont plus censurés en Turquie

Version imprimable

Le Parlement turc a levé le 5 janvier dernier l’interdiction de publication faite à des milliers d’œuvres, dont plusieurs ouvrages communistes. Des livres de Marx, Engels, Lénine et Staline seront désormais disponibles dans les librairies turques.

Du Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels aux œuvres du poète turc Nazim Hikmet, des milliers d’ouvrages prohibés au cours des dernières décennies ont retrouvé droit de cité depuis samedi 5 janvier en Turquie, en vertu d’une réforme qui a rendu caduque leur interdiction. Début juillet, le Parlement turc a adopté une loi stipulant que toutes les décisions judiciaires ou administratives prises avant 2012 de «saisie, interdiction ou obstacles à la vente et la distribution de publications imprimées seront caduques» si elles ne sont pas confirmées par un tribunal avant six mois. Le délai est arrivé à son terme samedi et aucune décision de justice n’a été signalée concernant le renouvellement de telles interdictions, a indiqué à l’AFP le président de l’Union des éditeurs de Turquie (TYB), Metin Celal Zeynioglu. 453 livres et 645 périodiques sont concernés. Sont ainsi réhabilités de nombreux auteurs communistes, de Joseph Staline et son Histoire du Parti communiste bolchevique de l’URSS à Lénine et L’Etat et la Révolution, mais aussi une bande dessinée, un atlas géographique, un essai sur la question kurde ou un rapport sur l’état des droits de l’Homme en Turquie. 
 
Nazim Hikmet dans toutes les librairies
Au-delà de la capitale, ce sont jusqu’à 23.000 publications au total qui seraient concernées par la réforme, a évoqué M. Zeynioglu qui affirme tenir cette évaluation du ministère de la Justice, lequel n’a pas immédiatement confirmé ce chiffre. Mais le décompte est difficile à établir. «L’instauration de ces interdictions ne s’est pas faite de manière centralisée : elles ont été prononcées par diverses institutions dans différentes villes à différentes époques», souligne le président de la TYB. «D’ailleurs, la plupart ont été oubliées avec le temps et les éditeurs ont recommencé à imprimer les livres prohibés», ajoute-t-il. Les œuvres complètes de Nazim Hikmet, mort en exil à Moscou en 1963, se trouvent ainsi depuis de nombreuses années dans toutes les librairies. La suppression des interdictions de livres devrait avoir au moins une conséquence concrète, selon M. Zeynioglu. «Beaucoup d’étudiants arrêtés lors de manifestations sont gardés en prison au motif qu’ils détiennent des livres interdits», dit-il, «désormais, on ne pourra plus se servir de ce prétexte.»

A lire aussi: