Mosquées et Facebook : les deux piliers de la contestation syrienne

Version imprimable

 

Le mouvement populaire opposé au pouvoir syrien s’organise à partir des mosquées et via Facebook, d’après les témoignages de réfugiés syriens à Antakya, dans le sud de la Turquie. Une réalité qui n’a pas échappé à Damas qui a coupé l’accès internet du pays.

 

Quand on veut contester le régime du président syrien Bachar al-Assad, on se rencontre d’abord à la mosquée, ou bien sur Facebook, expliquent des Syriens hospitalisés à Antakya, dans le sud de la Turquie, après avoir été blessés par les forces de sécurité syriennes. « Chez nous, les manifestations ont lieu à la sortie de la mosquée, après la prière. Ça n’est pas organisé, c’est plutôt spontané », affirme Akram, un étudiant de 17 ans originaire d’un village proche d’Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie. « Les jeunes, les vieux, les femmes, tout le monde participe » ajoute-t-il. L’étudiant a été atteint à la jambe gauche par une balle explosive aux effets ravageurs : deux semaines plus tard, une entaille de plusieurs centimètres de large dévoile encore ses chairs à vif. A Jisr al-Choughour aussi, les mosquées sont le point de départ des manifestations.

« Je discutais avec un ami, et puis plus rien »

« A la sortie de la prière, tous les gens se retrouvent sur une place centrale de la ville pour manifester. Tout le monde connaît le rendez-vous. Même les chrétiens attendent les autres à la sortie des mosquées » relate Rajah, un pâtissier de 23 ans originaire de cette ville du nord-ouest. Manque de chance, la répression a atteint ce jour là un niveau inégalé dans la ville : elle a fait 35 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). De ces violences, Rajah n’a rien su. « Je discutais avec un ami, et puis plus rien. Plus tard, on m’a dit qu’une bombe avait explosé près de moi » relate le jeune homme, dont le visage, le torse et les bras sont constellés de brûlures. Si les mosquées sont le lieu de ralliement des manifestants, le pâtissier dément toute récupération de la contestation. Celle-ci n’en a pas moins des leaders, « des gens de la ville qu’on respecte, des anciens, issus de différents milieux » indique le jeune homme.

Facebook et téléphones

Avec sa barbe blanche et sa voix puissante, un des pensionnaires de l’hôpital d’Antakya, un enseignant d’une cinquantaine d’années blessé par balles aux deux jambes le 20 mai dans un village proche d’Idlib, serait-il un de ces respectables anciens ? « Les manifestations sont organisées sur Facebook, parfois par téléphone quand on en a la possibilité » affirme-t-il. Le régime syrien ne s’y est pas trompé, qui, selon les témoignages de plusieurs blessés, a coupé le téléphone et l’internet à Jisr al-Choughour au cours des derniers jours de violences.

A lire aussi: