Le mouvement Gülen, l'objet de tous les fantasmes

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L'affaire de corruption est devenue le défi principal du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. Une centaine de bureaucrates de haut rang ont été limogés et le ministre de la Justice a nommé deux nouveaux procureurs pour mener l'enquête. Mais les ministres impliqués dans l'affaire de corruption n'ont pas démissionné. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan défend son gouvernement en accusant les "ennemis extérieurs et intérieurs" de la Turquie. Cette enquête serait un complot contre lui organisé par les États-Unis, l'Union européenne ou encore Israël, et leurs collaborateurs à l'intérieur du pays, c'est-à-dire, selon lui, des groupes divers, allant des alévis aux groupes de tendance conservatrice comme le mouvement Hizmet (Gülen). Ces ennemis imaginaires de la Turquie servent de boucs émissaires dans la stratégie d' Erdoğan pour étouffer les révélations du scandale de corruption. Depuis le procès Ergenekon, le mouvement Gülen est la cible principale de différents groupes. Proclamé mort tout aussi souvent qu'omniprésent, ce bouc émissaire est devenu l'objet de tous les fantasmes. Les divergences entre le mouvement Gülen et le gouvernement Erdogan sont évidentes. Mais il est très réducteur de voir dans cette enquête une lutte de pouvoir entre le mouvement et l'AKP. La plupart des chefs de police limogés cette semaine étaient eux-mêmes des remplaçants de chefs qui avaient été de proximité avec Gülen. Souvenons-nous qu'après la demande d’ouverture d’une enquête sur le chef du renseignement, Hakan Fidan en février 2012, le gouvernement avait accusé indirectement le mouvement Gülen et limogé des centaines de chefs de police accusés de former "un Etat dans l’Etat". Aujourd'hui, l'AKP utilise les mêmes griefs contre ces mêmes chefs de police installés après l'affaire du MIT. Le parti n'en est pas à une contradiction près.  En 2011, Recep Tayyip Erdoğan lui-même avait salué le rôle du procureur Zekeriya Oz dans la démocratisation du pays, alors que l’armée accusait ce dernier d’être proche du Hizmet. Aujourd'hui, Erdoğan accuse directement Zekeriya Öz de faire partie d'une "organisation illégale" au sein de l’Etat, insinuant par là le mouvement Gülen. Les procureurs et les policiers de ce pays ne viennent pas d'une autre planète, il est normal que l'on trouve des bureaucrates alévis, kurdes, féministes, kémalistes, pro-AKP ou pro-Gülen. Les militaires tout-puissants dans le passé, évoquaient très souvent l'existence d'ennemis intérieurs et extérieurs, de complots, de "sales opérations". Aujourd'hui, l'AKP s'est approprié ce discours complotiste pour manipuler et dissimuler le vrai débat. Erdoğan reste le leader le plus populaire de la Turquie. S'il accepte de faire face à ces allégations de corruption, plutôt que de vouloir étouffer l'affaire, il peut sortir plus fort de cette crise.

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