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Mercredi, Décembre 25, 2013 - 13:16

Le mouvement Gülen, l'objet de tous les fantasmes

L'affaire de corruption est devenue le défi principal du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. Une centaine de bureaucrates de haut rang ont été limogés et le ministre de la Justice a nommé deux nouveaux procureurs pour mener l'enquête. Mais les ministres impliqués dans l'affaire de corruption n'ont pas démissionné. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan défend son gouvernement en accusant les "ennemis extérieurs et intérieurs" de la Turquie. Cette enquête serait un complot contre lui organisé par les États-Unis, l'Union européenne ou encore Israël, et leurs collaborateurs à l'intérieur du pays, c'est-à-dire, selon lui, des groupes divers, allant des alévis aux groupes de tendance conservatrice comme le mouvement Hizmet (Gülen). Ces ennemis imaginaires de la Turquie servent de boucs émissaires dans la stratégie d' Erdoğan pour étouffer les révélations du scandale de corruption. Depuis le procès Ergenekon, le mouvement Gülen est la cible principale de différents groupes. Proclamé mort tout aussi souvent qu'omniprésent, ce bouc émissaire est devenu l'objet de tous les fantasmes. Les divergences entre le mouvement Gülen et le gouvernement Erdogan sont évidentes. Mais il est très réducteur de voir dans cette enquête une lutte de pouvoir entre le mouvement et l'AKP. La plupart des chefs de police limogés cette semaine étaient eux-mêmes des remplaçants de chefs qui avaient été de proximité avec Gülen. Souvenons-nous qu'après la demande d’ouverture d’une enquête sur le chef du renseignement, Hakan Fidan en février 2012, le gouvernement avait accusé indirectement le mouvement Gülen et limogé des centaines de chefs de police accusés de former "un Etat dans l’Etat". Aujourd'hui, l'AKP utilise les mêmes griefs contre ces mêmes chefs de police installés après l'affaire du MIT. Le parti n'en est pas à une contradiction près.  En 2011, Recep Tayyip Erdoğan lui-même avait salué le rôle du procureur Zekeriya Oz dans la démocratisation du pays, alors que l’armée accusait ce dernier d’être proche du Hizmet. Aujourd'hui, Erdoğan accuse directement Zekeriya Öz de faire partie d'une "organisation illégale" au sein de l’Etat, insinuant par là le mouvement Gülen. Les procureurs et les policiers de ce pays ne viennent pas d'une autre planète, il est normal que l'on trouve des bureaucrates alévis, kurdes, féministes, kémalistes, pro-AKP ou pro-Gülen. Les militaires tout-puissants dans le passé, évoquaient très souvent l'existence d'ennemis intérieurs et extérieurs, de complots, de "sales opérations". Aujourd'hui, l'AKP s'est approprié ce discours complotiste pour manipuler et dissimuler le vrai débat. Erdoğan reste le leader le plus populaire de la Turquie. S'il accepte de faire face à ces allégations de corruption, plutôt que de vouloir étouffer l'affaire, il peut sortir plus fort de cette crise.
L'affaire de corruption est devenue le défi principal du Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdoğan. Une centaine de bureaucrates de haut rang ont été limogés et le ministre de la Justice a nommé deux nouveaux procureurs pour mener l'enquête. Mais les ministres impliqués dans l'affaire de corruption n'ont pas démissionné. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan défend son gouvernement en accusant les "ennemis extérieurs et intérieurs" de la Turquie. Cette enquête serait un complot contre lui organisé par les États-Unis, l'Union européenne ou encore Israël, et leurs collaborateurs à l'intérieur du pays, c'est-à-dire, selon lui, des groupes divers, allant des alévis aux groupes de tendance conservatrice comme le mouvement Hizmet (Gülen). Ces ennemis imaginaires de la Turquie servent de boucs émissaires dans la stratégie d' Erdoğan pour étouffer les révélations du scandale de corruption. Depuis le procès Ergenekon, le mouvement Gülen est la cible principale de différents groupes. Proclamé mort tout aussi souvent qu'omniprésent, ce bouc émissaire est devenu l'objet de tous les fantasmes. Les divergences entre le mouvement Gülen et le gouvernement Erdogan sont évidentes. Mais il est très réducteur de voir dans cette enquête une lutte de pouvoir entre le mouvement et l'AKP. La plupart des chefs de police limogés cette semaine étaient eux-mêmes des remplaçants de chefs qui avaient été de proximité avec Gülen. Souvenons-nous qu'après la demande d’ouverture d’une enquête sur le chef du renseignement, Hakan Fidan en février 2012, le gouvernement avait accusé indirectement le mouvement Gülen et limogé des centaines de chefs de police accusés de former "un Etat dans l’Etat". Aujourd'hui, l'AKP utilise les mêmes griefs contre ces mêmes chefs de police installés après l'affaire du MIT. Le parti n'en est pas à une contradiction près.  En 2011, Recep Tayyip Erdoğan lui-même avait salué le rôle du procureur Zekeriya Oz dans la démocratisation du pays, alors que l’armée accusait ce dernier d’être proche du Hizmet. Aujourd'hui, Erdoğan accuse directement Zekeriya Öz de faire partie d'une "organisation illégale" au sein de l’Etat, insinuant par là le mouvement Gülen. Les procureurs et les policiers de ce pays ne viennent pas d'une autre planète, il est normal que l'on trouve des bureaucrates alévis, kurdes, féministes, kémalistes, pro-AKP ou pro-Gülen. Les militaires tout-puissants dans le passé, évoquaient très souvent l'existence d'ennemis intérieurs et extérieurs, de complots, de "sales opérations". Aujourd'hui, l'AKP s'est approprié ce discours complotiste pour manipuler et dissimuler le vrai débat. Erdoğan reste le leader le plus populaire de la Turquie. S'il accepte de faire face à ces allégations de corruption, plutôt que de vouloir étouffer l'affaire, il peut sortir plus fort de cette crise.
Jeudi, Décembre 19, 2013 - 14:45

Génocide arménien : le débat retrouve ses droits

La Cour européenne des droits de l'homme a estimé, mardi, que la Suisse avait violé la liberté d'expression de Dogu Perinçek, un homme politique turc, en le condamnant pour avoir nié le «génocide arménien».

La Cour européenne des droits de l'homme a estimé, mardi, que la Suisse avait violé la liberté d'expression de Dogu Perinçek, un homme politique turc, en le condamnant pour avoir nié le «génocide arménien». Cette décision de la CEDH est d'une importance historique pour la normalisation des relations turco-arméniennes. Elle représente également un message pour le gouvernement Hollande, qui devrait présenter dans les prochains mois un projet de loi pénalisant la négation du «génocide des Arméniens». Les décisions de la Cour Constitutionnelle française et de la CEDH indiquent clairement que l’un des buts principaux de la liberté d’expression est de protéger les points de vue minoritaires.

Les États qui ont reconnu le «génocide arménien», comme la France, ne peuvent pas imposer une répression pénale pour des personnes mettant en cause le point de vue officiel. Les Turcs ont le devoir de connaître la vérité sur les événements de 1915 et d’assumer cette vérité ; à cet égard, l'ancien discours officiel de la Turquie était assimilable à de la propagande adressée aux Turcs. Aujourd’hui, personne ne nie en Turquie le fait que ces événements tragiques font partie de notre histoire et le discours au plus haut sommet de l'Etat est en train de changer. Ainsi, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu oeuvre à une réconciliation de l’Arménie et de la Turquie sur la base d'une «mémoire juste». Mais criminaliser l'opinion et pénaliser les avis contestant le terme même de génocide favorisent les discours extrémistes de part et d'autre.

Ironiquement, Dogu Perinçek, l'une des figures emblématiques des réseaux ultra-nationalistes, fait partie de ceux qui défendent toujours l'ancien discours officiel sur la question arménienne. Une condamnation à son encontre lui aurait offert davantage de légitimité. La dichotomie entre ces deux discours nationalistes hantés, tous les deux mais différemment, par le mot «génocide» doit être dépassée car elle nourrit l'instrumentalisation des souffrances. Il faut dépasser cette opposition réductrice autour des étiquettes «turcophobes» et «négationnistes». Evitons donc un nouveau projet de loi qui pourrait dissuader toute contribution à un débat d’intérêt général.

 

Lundi, Décembre 16, 2013 - 19:46

Un nouveau chapitre s'ouvre pour la relation franco-turque

La France sous la présidence de François Hollande avait promis de réparer les erreurs de Sarkozy. Aujourd'hui, François Hollande semble tenir ses promesses en adoptant une position plus modérée que celle de son prédécesseur vis-à-vis de la candidature turque à l'Union européenne. Contrairement à l'ancien président Nicolas Sarkozy, qui avait bloqué les pourparlers entre la Turquie et l'UE concernant en particulier cinq chapitres directement liés à l'adhésion turque, Hollande, lui, a levé l'objection de Paris à l'ouverture des pourparlers de l'un des cinq chapitres bloqués. Mais les deux moteurs de la normalisation sont la diplomatie parlementaire et la société civile, et leur rôle n'est pas toujours mis en lumière. D'abord, les députés du groupe d’amitié France-Turquie à Paris et à Ankara, ont œuvré discrètement mais sûrement en faveur du rapprochement franco-turc. Ensuite, les acteurs de la société civile issus de l'immigration turque ont beaucoup contribué aux relations bilatérales. Le 5e dîner de l’amitié franco-turque organisé par la Fédération d'entrepreneurs et de dirigeants de France (FEDIF) à l’Assemblée nationale en est la preuve. Les personnalités politiques investies dans le dialogue franco-turc, présentes au dîner, ont unanimement souligné l'importance symbolique de la visite de Hollande à Ankara les 27 et 28 janvier 2014. La dernière visite présidentielle française et officielle en Turquie remonte à 1992 et à François Mitterrand. La visite de François Hollande sera consacrée aux rapports bilatéraux. Hollande a aussi un rôle à jouer pour sauver les relations entre la Turquie et l'Europe. Le pourcentage de Turcs qui ont une perception positive de l’UE a chuté de 75 % à 22 % en dix ans. La position turco-sceptique de Nicolas Sarkozy a joué un rôle important dans cette baisse de l’enthousiasme des Turcs. Mais aujourd'hui, le gouvernement turc, moins réformiste qu'au cours de ses deux premiers quinquennats, ne semble pas non plus très motivé pour l'adhésion à l'UE. François Hollande a une opportunité historique de faire oublier cette rupture qui pourrait coûter cher aux générations futures. La visite tant attendue en Turquie de Hollande pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre dans la longue histoire des relations franco-turques.

La France sous la présidence de François Hollande avait promis de réparer les erreurs de Sarkozy. Aujourd'hui, François Hollande semble tenir ses promesses en adoptant une position plus modérée que celle de son prédécesseur vis-à-vis de la candidature turque à l'Union européenne. Contrairement à l'ancien président Nicolas Sarkozy, qui avait bloqué les pourparlers entre la Turquie et l'UE concernant en particulier cinq chapitres directement liés à l'adhésion turque, Hollande, lui, a levé l'objection de Paris à l'ouverture des pourparlers de l'un des cinq chapitres bloqués. Mais les deux moteurs de la normalisation sont la diplomatie parlementaire et la société civile, et leur rôle n'est pas toujours mis en lumière. D'abord, les députés du groupe d’amitié France-Turquie à Paris et à Ankara, ont œuvré discrètement mais sûrement en faveur du rapprochement franco-turc. Ensuite, les acteurs de la société civile issus de l'immigration turque ont beaucoup contribué aux relations bilatérales. Le 5e dîner de l’amitié franco-turque organisé par la Fédération d'entrepreneurs et de dirigeants de France (FEDIF) à l’Assemblée nationale en est la preuve. Les personnalités politiques investies dans le dialogue franco-turc, présentes au dîner, ont unanimement souligné l'importance symbolique de la visite de Hollande à Ankara les 27 et 28 janvier 2014. La dernière visite présidentielle française et officielle en Turquie remonte à 1992 et à François Mitterrand. La visite de François Hollande sera consacrée aux rapports bilatéraux. Hollande a aussi un rôle à jouer pour sauver les relations entre la Turquie et l'Europe. Le pourcentage de Turcs qui ont une perception positive de l’UE a chuté de 75 % à 22 % en dix ans. La position turco-sceptique de Nicolas Sarkozy a joué un rôle important dans cette baisse de l’enthousiasme des Turcs. Mais aujourd'hui, le gouvernement turc, moins réformiste qu'au cours de ses deux premiers quinquennats, ne semble pas non plus très motivé pour l'adhésion à l'UE. François Hollande a une opportunité historique de faire oublier cette rupture qui pourrait coûter cher aux générations futures. La visite tant attendue en Turquie de Hollande pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre dans la longue histoire des relations franco-turques.
Vendredi, Décembre 6, 2013 - 18:07

Le pays de Descartes en plein doute

Rien ne va plus en France. La crise sociale est à son apogée, nous dit-on. Les délocalisations s'accélèrent, les mouvements de grèves et de contestation s'amplifient. En Bretagne, les Bonnets rouges ont sonné depuis plusieurs semaines la révolte et mis un visage et une couleur à la colère de toute une Nation en marche. Dans le pays de Descartes, chaque mauvaise nouvelle en annonce une autre : la France serait en déclin, en recul, en chute. Le dernier classement PISA sur le niveau d'étude et plus globalement de l'éducation dans les pays de l'OCDE, place Paris à la 25e position sur 65 pays. Ces résultats ont soulevé un tollé et le ministre de l'Education, Vincent Peillon, les a qualifié d' «inacceptables». Rien ne semble trouver grâce aux yeux de l'opinion publique et Mélenchon va jusqu'à parler d'une France plongée en... 1788. Ce vent de sinistrose qui pourrait se transformer, à cette vitesse, en cyclone national est pourtant nettement exagéré. Tous les compteurs ne sont pas au rouge. La France ne s'est pas transformé en pays en voie de développement. Elle reste la 5e puissance mondiale ! Beaucoup lui envient son système de santé et son modèle socio-économique qui a su réaliser un compromis entre les exigences du capitalisme moderne et la nécessaire défense de droits sociaux. Un système qui a nettement contribué à amortir la casse au moment où l'ensemble des pays du Nord ont été ébranlés par la vague de crises financières et économiques consécutives entre autres à la crise américaine des subprimes. Qu'on pense au sort subi par l'Espagne ou la Grèce. Certes, la France d'aujourd'hui a un peu perdu de ses couleurs. A l'image de son équipe nationale de football, elle n'a plus l'aura que son économie, sa diplomatie et sa production culturelle lui avaient conférée il y a encore quelques décennies. Mais tout comme ses footballeurs, elle sait encore marquer sa différence quand il le faut et impulser l'énergie et l'action qui lui permettent de se transcender et d'inspirer encore tout le respect qu'elle mérite. C'est cette France-là qu'il faut célébrer aujourd'hui, au moment où les déclinistes de tout poil semblent bien décidés à l'enterrer vivante.

Rien ne va plus en France. La crise sociale est à son apogée, nous dit-on. Les délocalisations s'accélèrent, les mouvements de grèves et de contestation s'amplifient. En Bretagne, les Bonnets rouges ont sonné depuis plusieurs semaines la révolte et mis un visage et une couleur à la colère de toute une Nation en marche. Dans le pays de Descartes, chaque mauvaise nouvelle en annonce une autre : la France serait en déclin, en recul, en chute. Le dernier classement PISA sur le niveau d'étude et plus globalement de l'éducation dans les pays de l'OCDE, place Paris à la 25e position sur 65 pays. Ces résultats ont soulevé un tollé et le ministre de l'Education, Vincent Peillon, les a qualifié d' «inacceptables». Rien ne semble trouver grâce aux yeux de l'opinion publique et Mélenchon va jusqu'à parler d'une France plongée en... 1788. Ce vent de sinistrose qui pourrait se transformer, à cette vitesse, en cyclone national est pourtant nettement exagéré. Tous les compteurs ne sont pas au rouge. La France ne s'est pas transformé en pays en voie de développement. Elle reste la 5e puissance mondiale ! Beaucoup lui envient son système de santé et son modèle socio-économique qui a su réaliser un compromis entre les exigences du capitalisme moderne et la nécessaire défense de droits sociaux. Un système qui a nettement contribué à amortir la casse au moment où l'ensemble des pays du Nord ont été ébranlés par la vague de crises financières et économiques consécutives entre autres à la crise américaine des subprimes. Qu'on pense au sort subi par l'Espagne ou la Grèce. Certes, la France d'aujourd'hui a un peu perdu de ses couleurs. A l'image de son équipe nationale de football, elle n'a plus l'aura que son économie, sa diplomatie et sa production culturelle lui avaient conférée il y a encore quelques décennies. Mais tout comme ses footballeurs, elle sait encore marquer sa différence quand il le faut et impulser l'énergie et l'action qui lui permettent de se transcender et d'inspirer encore tout le respect qu'elle mérite. C'est cette France-là qu'il faut célébrer aujourd'hui, au moment où les déclinistes de tout poil semblent bien décidés à l'enterrer vivante.
Jeudi, Novembre 21, 2013 - 11:26

L'interdiction du soutien scolaire n'est ni viable ni utile

Jeudi dernier, Zaman a dévoilé un projet de loi du ministère de l'Éducation visant à fermer les instituts de soutien scolaire, mais aussi les associations de soutien scolaire qui sont gratuites et très répandues dans l'est de la Turquie. Le projet prévoit la fermeture de tous les établissements de soutien scolaire sur le territoire turc à partir de l'année scolaire 2013-2014. Ces établissements, également appelés dershane, auront trois ans pour se transformer en écoles à statut privé. Ces établissements extrascolaires ont déjà fait l’objet de nombreuses polémiques en raison du stress qu’ils faisaient subir aux enfants et de la charge financière qu’ils représentaient pour les parents. Mais les dershane sont tout simplement le résultat de problèmes structurels du système éducatif turc. Dans un pays comme la Turquie où le soutien scolaire est déjà une pratique courante, une interdiction générale n’est ni viable ni utile. Les interdictions pures et simples n’ont jamais donné aucun résultat. Les régimes militaires dans des pays comme la Corée du Sud ou le Cambodge ont essayé la stratégie de l'interdiction totale du soutien scolaire dans les années 1950. Ces interdictions n’ont toutefois pas eu beaucoup d’effet. Si ces instituts n'étaient d'aucune nécessité, ils disparaîtraient. Il faut en réalité s’attaquer aux raisons profondes de l'existence de ces institutions extrascolaires plutôt qu'aux symptômes superficiels. Le gouvernement turc doit se demander pourquoi les parents sont prêts à payer des sommes aussi importantes pour compléter l’enseignement reçu dans les écoles publiques. De plus, d'un point de vue juridique, cette décision du gouvernement est inexplicable dans un pays où le marché est libre. Elle est à la fois une violation de la libre entreprise, de la constitution turque et de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme. Ce projet qui vient deux semaines après le débat sur la régulation de la mixité dans les résidences universitaires, également dévoilé par Zaman, a créé un tollé en Turquie. Car ce débat est également politique. L'idée de créer une «nouvelle société» en utilisant l'appareil d’État était la méthode du régime kémaliste. L'ancien régime avait l'habitude d'intervenir dans la société civile pour imposer un certain système moral et un mode de vie. Contre l'autoritarisme laïque des kémalistes, défendu par l'armée et l'appareil judiciaire, l'AKP a agi comme agent de changement pendant ses deux premiers quinquennats. Ces projets ressuscitent les inquiétudes que la Turquie ne recule sur les acquis démocratiques.

Jeudi dernier, Zaman a dévoilé un projet de loi du ministère de l'Éducation visant à fermer les instituts de soutien scolaire, mais aussi les associations de soutien scolaire qui sont gratuites et très répandues dans l'est de la Turquie. Le projet prévoit la fermeture de tous les établissements de soutien scolaire sur le territoire turc à partir de l'année scolaire 2013-2014. Ces établissements, également appelés dershane, auront trois ans pour se transformer en écoles à statut privé. Ces établissements extrascolaires ont déjà fait l’objet de nombreuses polémiques en raison du stress qu’ils faisaient subir aux enfants et de la charge financière qu’ils représentaient pour les parents. Mais les dershane sont tout simplement le résultat de problèmes structurels du système éducatif turc. Dans un pays comme la Turquie où le soutien scolaire est déjà une pratique courante, une interdiction générale n’est ni viable ni utile. Les interdictions pures et simples n’ont jamais donné aucun résultat. Les régimes militaires dans des pays comme la Corée du Sud ou le Cambodge ont essayé la stratégie de l'interdiction totale du soutien scolaire dans les années 1950. Ces interdictions n’ont toutefois pas eu beaucoup d’effet. Si ces instituts n'étaient d'aucune nécessité, ils disparaîtraient. Il faut en réalité s’attaquer aux raisons profondes de l'existence de ces institutions extrascolaires plutôt qu'aux symptômes superficiels. Le gouvernement turc doit se demander pourquoi les parents sont prêts à payer des sommes aussi importantes pour compléter l’enseignement reçu dans les écoles publiques. De plus, d'un point de vue juridique, cette décision du gouvernement est inexplicable dans un pays où le marché est libre. Elle est à la fois une violation de la libre entreprise, de la constitution turque et de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'Homme. Ce projet qui vient deux semaines après le débat sur la régulation de la mixité dans les résidences universitaires, également dévoilé par Zaman, a créé un tollé en Turquie. Car ce débat est également politique. L'idée de créer une «nouvelle société» en utilisant l'appareil d’État était la méthode du régime kémaliste. L'ancien régime avait l'habitude d'intervenir dans la société civile pour imposer un certain système moral et un mode de vie. Contre l'autoritarisme laïque des kémalistes, défendu par l'armée et l'appareil judiciaire, l'AKP a agi comme agent de changement pendant ses deux premiers quinquennats. Ces projets ressuscitent les inquiétudes que la Turquie ne recule sur les acquis démocratiques.