Nouvelle formation des imams : un bienfait pour l’Allemagne

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L’ancien président allemand Christian Wulff avait déclaré, il y a de cela deux ans, que l’islam faisait partie intégrante de l’Allemagne. Ses paroles ont provoqué un tollé au sein des partisans les plus conservateurs de son parti, l’Union chrétienne-démocrate. Le président allemand actuel, inexplicablement, a avancé au cours de cette année que les musulmans étaient une composante du pays, sans pour autant parler de l’islam. Et pourtant, avec une population musulmane qui dépasse les 4 millions et le principe de la liberté de religion consacré par la Constitution allemande, comment l’islam peut-il ne pas faire partie de l’Allemagne ? Dans les coulisses, des mesures décisives sont prises à un niveau institutionnel, dans le but d’intégrer davantage l’islam en Allemagne. Deux ans en arrière, le Conseil allemand pour les sciences et les humanités a soutenu la création d’un cursus de théologie islamique dans les universités allemandes, parallèlement à une formation des imams et des professeurs de religion. Cette initiative a été déterminante pour un islam allemand authentique – ce qui montre bien que la culture allemande et l’identité musulmane ne sont pas nécessairement contraires. De plus, des jeunes des quatre coins du pays s’efforcent de montrer à quel point l’islam fait bel et bien partie de l’Allemagne aujourd’hui et comment cela peut se poursuivre dans l’avenir. Sineb El Masrar, par exemple, Allemande d’origine marocaine, a fondé le magazine Gazelle, qui s’adresse à des femmes allemandes de différentes cultures. Nimet Seker, Allemande d’origine turque, a récemment lancé le magazine Horizonte, destiné aux débats intellectuels sur des sujets qui concernent les musulmans d’Allemagne. Enfin, Ahmad Milad Karimi, poète et philosophe né en Afghanistan, a fait l’objet de maints éloges suite à sa traduction du Coran en langue allemande. En 2006, les hommes politiques allemands ont créé la Conférence allemande de l’islam, afin de promouvoir la coopération entre l’Allemagne et les musulmans. La Conférence a signalé le besoin pour les musulmans d’Allemagne de se sentir chez eux, en tant que musulmans aussi bien qu’en tant qu’Allemands. Le débat au sujet des cultures, religions et identités allemandes bat son plein parmi les jeunes musulmans, et la nouvelle formation des imams joue un rôle crucial. «Tenant compte du fait que les musulmans vivent ici depuis 50 ans, cette décision est la bienvenue», déclare Bülent Ucar, professeur de pédagogie de l’islam à l’Université d’Osnabrück. En 1945, 6.000 musulmans environ habitaient en Allemagne. Aujourd’hui, ils sont plus de 4 millions, dont approximativement deux tiers sont Turcs ou originaires de Turquie, en raison de l’accord germano-turc de recrutement de main-d’œuvre passé en 1961. A peu près 55 % des musulmans qui habitent en Allemagne sont de nationalité allemande. Parmi les imams actifs en Allemagne, dont le nombre est supérieur à 2.000, 80 % sont Turcs. Etant donné qu’ils n’ont pas de connaissance suffisante de la langue et de la culture allemandes, et qu’ils sont généralement enracinés dans une compréhension conservatrice de l’islam, leur travail au sein de la communauté musulmane finit souvent par être un obstacle à l’intégration. Les imams ne parviennent pas en effet à comprendre les problèmes auxquels font face les musulmans qui sont établis en Allemagne depuis longtemps. «Il était grand temps que les professeurs de religion, les imams et les chercheurs en théologie musulmane soient formés ici, en Allemagne. Aujourd’hui, les études islamiques sont dispensées à l’Université – au même titre que les cursus juifs, protestants et catholiques», a conclu le professeur Ucar. Le principal défi de ces programmes de formation consiste à combiner la transmission des traditions islamiques aux normes académiques et pédagogiques occidentales. L’établissement des théologies catholique et protestante dans un cursus universitaire allemand a amené la créativité et l’autocritique dans les études théologiques chrétiennes. Ces accomplissements représentent un modèle pertinent pour la théologie islamique. «Je ne suis pas certain que ce que nous mettons en œuvre nous vaille une reconnaissance universelle, mais cela lancera certainement le débat», affirme le professeur Mathias Rohe, le plus grand spécialiste allemand de la charia (les principes du droit islamique), qui a également participé à la définition du programme universitaire de théologie islamique. Un environnement académique professionnel favorisant la pensée islamique offrira aux musulmans d’Allemagne une nouvelle manière de prendre part au débat intellectuel global sur le passé, le présent et l’avenir de l’islam. Dans les quatre nouveaux instituts de théologie islamique, les étudiants débattent de sujets tels que la théologie islamique féministe, la redécouverte des premiers savants musulmans, l’étude critique des manuscrits coraniques dans une perspective historique, ou encore le rôle de la langue, de l’écriture et de la raison dans l’interprétation du Coran et de la Tradition (paroles et actes du prophète Muhammad). Les jeunes musulmans d’Allemagne désireux de devenir des leaders religieux ont rencontré bien des obstacles. Malgré cela, la nouvelle génération d’étudiants musulmans du pays est confiante, bien formée et prête à redécouvrir des traditions et des écoles de pensée islamiques tolérantes et pluralistes, et, partant, redéfinir ce que c’est que d’être musulman au XXIe siècle en Europe. De plus, en informant le public allemand que l’islam et la démocratie peuvent aller de pair – par les imams dans les mosquées, les enseignants dans les écoles, les professeurs dans les universités et même les spécialistes dans les médias – ils prouveront que l’islam fait en effet partie de l’Allemagne.

Lewis Gropp est rédacteur à Qantara. En partenariat avec CGNews

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