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Vendredi, Février 22, 2013 - 09:58

«Le parti égyptien Al-Wasat et l’AKP sont jumeaux»

Dans un entretien accordé à Zaman, le président du parti égyptien Al-Wasat issu des Frères musulmans, évoque la proximité idéologique de sa formation avec l’AKP, y compris sur la question laïque. «Nous comprenons la manière dont Erdogan la conçoit», a ainsi déclaré Abou Elela Mady.

 

Abou Elela Mady, le président d’Al-Wasat, un parti égyptien conservateur modéré, a comparé l’idéologie de son parti à celle de l’AKP au pouvoir en Turquie, ajoutant que leurs parcours étaient pratiquement les mêmes. «L’expérience du parti Al-Wasat est très comparable à celle de l’AKP. Du point de vue de leur formation comme du point de vue de leur idéologie, les deux partis sont très proches ; ils sont comme des jumeaux», a déclaré M. Mady. Branche modérée du mouvement des Frères musulmans constituée en parti autonome en 1996, Al-Wasat se félicite des progrès politiques et économique accomplis par l’AKP en Turquie. Le président du parti a ainsi déclaré que le Parti de la justice et du développement avait fourni de grands efforts pour développer la Turquie économiquement et politiquement, ajoutant qu’Al-Wasat a besoin de temps pour être aussi fort que l’est aujourd’hui l’AKP en Turquie. «Il y a une grande similitude dans la manière dont les deux partis ont été fondés. Par exemple, l’AKP est historiquement issu du mouvement Milli Görüs [Vision nationale, ndlr] fondé par Necmettin Erbakan ; de même, Al-Wasat plonge ses racines dans le mouvement des Frères musulmans», a déclaré Abou Elela Mady.
 
La laïcité a mauvaise réputation en Egypte
En ce qui concerne les déclarations du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a appelé les Egyptiens à adopter une constitution laïque, une initiative qui a été fortement critiqué par les Frères musulmans, la plus grande formation politique du pays, le président d’Al-Wasat a déclaré que son parti n’a pas de problème avec la laïcité. «Nous n’avons aucun problème avec cela, parce que nous comprenons la manière dont Erdogan la conçoit. L’un des fondateurs de notre parti a écrit un grand nombre d’ouvrages sur la laïcité et sur la sécularisation partielle du politique. Nous ne voyons pas dans la laïcité une négation de la religion, mais un moyen de séparer la religion de la politique», a déclaré Abou Elala Mady. «La laïcité est mal vue par les Egyptiens, parce qu’ils croient qu’elle nie la religion. Ce n’est pas le cas d’Al-Wasat, pour qui elle constitue une nouvelle voie au sein du système politique», a déclaré M. Mady.

Dans un entretien accordé à Zaman, le président du parti égyptien Al-Wasat issu des Frères musulmans, évoque la proximité idéologique de sa formation avec l’AKP, y compris sur la question laïque. «Nous comprenons la manière dont Erdogan la conçoit», a ainsi déclaré Abou Elela Mady.

Abou Elela Mady, le président d’Al-Wasat, un parti égyptien conservateur modéré, a comparé l’idéologie de son parti à celle de l’AKP au pouvoir en Turquie, ajoutant que leurs parcours étaient pratiquement les mêmes. «L’expérience du parti Al-Wasat est très comparable à celle de l’AKP. Du point de vue de leur formation comme du point de vue de leur idéologie, les deux partis sont très proches ; ils sont comme des jumeaux», a déclaré M. Mady. Branche modérée du mouvement des Frères musulmans constituée en parti autonome en 1996, Al-Wasat se félicite des progrès politiques et économique accomplis par l’AKP en Turquie. Le président du parti a ainsi déclaré que le Parti de la justice et du développement avait fourni de grands efforts pour développer la Turquie économiquement et politiquement, ajoutant qu’Al-Wasat a besoin de temps pour être aussi fort que l’est aujourd’hui l’AKP en Turquie. «Il y a une grande similitude dans la manière dont les deux partis ont été fondés. Par exemple, l’AKP est historiquement issu du mouvement Milli Görüs [Vision nationale, ndlr] fondé par Necmettin Erbakan ; de même, Al-Wasat plonge ses racines dans le mouvement des Frères musulmans», a déclaré Abou Elela Mady.
 
La laïcité a mauvaise réputation en Egypte
En ce qui concerne les déclarations du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a appelé les Egyptiens à adopter une constitution laïque, une initiative qui a été fortement critiqué par les Frères musulmans, la plus grande formation politique du pays, le président d’Al-Wasat a déclaré que son parti n’a pas de problème avec la laïcité. «Nous n’avons aucun problème avec cela, parce que nous comprenons la manière dont Erdogan la conçoit. L’un des fondateurs de notre parti a écrit un grand nombre d’ouvrages sur la laïcité et sur la sécularisation partielle du politique. Nous ne voyons pas dans la laïcité une négation de la religion, mais un moyen de séparer la religion de la politique», a déclaré Abou Elala Mady. «La laïcité est mal vue par les Egyptiens, parce qu’ils croient qu’elle nie la religion. Ce n’est pas le cas d’Al-Wasat, pour qui elle constitue une nouvelle voie au sein du système politique», a déclaré M. Mady.
 
 
Mercredi, Février 20, 2013 - 21:45

«Ennahda aurait dû faire preuve de patience démocratique»

La démission du Premier ministre Hamadi Jebali dans un contexte de crise politique majeur en Tunisie après l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, illustre les divergences internes au sein d’Ennahda. Pour Vincent Geisser, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient, le parti islamiste a manqué de pragmatisme et de «patience démocratique» face à la colère des Tunisiens. 

 
La démission de Jebali marque-t-elle l’échec politique d’Ennahda ?
Oui, c’est un échec d’Ennahda dans sa capacité à se normaliser, à apparaître comme un «parti comme les autres», à imposer une certaine forme de crédibilité gouvernementale. Mais sans excuser les erreurs d’Ennahda, il faut bien reconnaître que le parti a dû affronter l’anti-islamisme primaire de certaines couches et groupes de la société tunisienne qui ne lui ont pas fait de cadeaux. En ce sens, je dirais que l’échec est collectif et qu’il traduit bien une forme d’irresponsabilité de l’ensemble des acteurs politiques tunisiens. Mais il faut ici apporter des nuances à ce constat pessimiste : quelle que soit la majorité gouvernementale, toute transition politique est difficile car le pays vivait sous Ben Ali dans le mythe de la performance sociale et économique qui aujourd’hui s’effondre. De ce point de vue-là, la démocratie s’apparente à une «opération vérité» qui est parfois difficile à porter pour les gouvernants comme pour les gouvernés.
 
La ligne idéologique du parti a donc triomphé du pragmatisme de Jebali…
Il est clair que c’est la tendance conservatrice et identitaire qui l’a emporté sur le clan des pragmatiques représenté par le Premier ministre Jebali. Dans le même temps, le parti Ennahda se revendique non pas d’une légitimité «purement islamiste» mais d’une légitimité démocratique en avançant l’argument suivant : nous avons été élus par le peuple et nous resterons au pouvoir, au moins jusqu’aux prochaines élections. C’est un argument logique du point de vue démocratique mais qui tend à faire fi du contexte de crise politique profonde. C’est du démocratisme radical qui tend parfois à l’aveuglement. 
 
La proposition de Jebali de former un gouvernement apolitique représentait d’une certaine manière aussi un désaveu du résultat des urnes…
C’est justement là le problème majeur. On demande au parti Ennahda de se retirer du pouvoir au nom de la défense de la démocratie mais en niant la légitimité démocratique donnée par les urnes. Le risque est de discréditer le «sens démocratique» des citoyens ordinaires et de brouiller les frontières entre les différentes formes de légitimité. Dans le même temps, il faut reconnaître qu’un gouvernement composé de personnalités indépendantes aurait été un moyen de calmer les esprits et les passions. Ennahda a voulu aller trop vite en besogne en sous-estimant les résistances de certains groupes sociaux et les pesanteurs de l’ancien système autoritaire. Je pense qu’Ennahda aurait dû faire preuve de «patience démocratique» et accepter les compromis qui lui étaient suggérés par son Premier ministre Jebali. 
 
L'hypothèse que les derniers évènements politiques, dont l'assassinat de Chokri Belaïd, s'inscrivent dans une volonté de déstabilisation du pouvoir, notamment par des anciens acteurs du système Ben Ali, semble-t-elle sérieuse ou exagérée ?
Toutes les hypothèses sont ouvertes. De l’acte d’un extrémiste isolé à l’action d’un service sécuritaire en passant par une opération préparée par un groupuscule radical. Personnellement, je ne crois pas à un assassinat décidé par les dirigeants du parti Ennahda car ils n’avaient aucun intérêt à supprimer Chokri Belaïd qui était, certes, un adversaire redoutable, mais pas forcément dangereux pour leur propre pouvoir. Au contraire, ils avaient tout à y perdre. La seule chose que l’on peut dire c’est que c’est un crime politique qui a été minutieusement préparé et qui est l’œuvre de professionnels. 
 
 

La démission du Premier ministre Hamadi Jebali dans un contexte de crise politique majeur en Tunisie après l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, illustre les divergences internes au sein d’Ennahda. Pour Vincent Geisser, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient, le parti islamiste a manqué de pragmatisme et de «patience démocratique» face à la colère des Tunisiens. 

 
La démission de Jebali marque-t-elle l’échec politique d’Ennahda ?
Oui, c’est un échec d’Ennahda dans sa capacité à se normaliser, à apparaître comme un «parti comme les autres», à imposer une certaine forme de crédibilité gouvernementale. Mais sans excuser les erreurs d’Ennahda, il faut bien reconnaître que le parti a dû affronter l’anti-islamisme primaire de certaines couches et groupes de la société tunisienne qui ne lui ont pas fait de cadeaux. En ce sens, je dirais que l’échec est collectif et qu’il traduit bien une forme d’irresponsabilité de l’ensemble des acteurs politiques tunisiens. Mais il faut ici apporter des nuances à ce constat pessimiste : quelle que soit la majorité gouvernementale, toute transition politique est difficile car le pays vivait sous Ben Ali dans le mythe de la performance sociale et économique qui aujourd’hui s’effondre. De ce point de vue-là, la démocratie s’apparente à une «opération vérité» qui est parfois difficile à porter pour les gouvernants comme pour les gouvernés.
 
La ligne idéologique du parti a donc triomphé du pragmatisme de Jebali…
Il est clair que c’est la tendance conservatrice et identitaire qui l’a emporté sur le clan des pragmatiques représenté par le Premier ministre Jebali. Dans le même temps, le parti Ennahda se revendique non pas d’une légitimité «purement islamiste» mais d’une légitimité démocratique en avançant l’argument suivant : nous avons été élus par le peuple et nous resterons au pouvoir, au moins jusqu’aux prochaines élections. C’est un argument logique du point de vue démocratique mais qui tend à faire fi du contexte de crise politique profonde. C’est du démocratisme radical qui tend parfois à l’aveuglement. 
 
La proposition de Jebali de former un gouvernement apolitique représentait d’une certaine manière aussi un désaveu du résultat des urnes…
C’est justement là le problème majeur. On demande au parti Ennahda de se retirer du pouvoir au nom de la défense de la démocratie mais en niant la légitimité démocratique donnée par les urnes. Le risque est de discréditer le «sens démocratique» des citoyens ordinaires et de brouiller les frontières entre les différentes formes de légitimité. Dans le même temps, il faut reconnaître qu’un gouvernement composé de personnalités indépendantes aurait été un moyen de calmer les esprits et les passions. Ennahda a voulu aller trop vite en besogne en sous-estimant les résistances de certains groupes sociaux et les pesanteurs de l’ancien système autoritaire. Je pense qu’Ennahda aurait dû faire preuve de «patience démocratique» et accepter les compromis qui lui étaient suggérés par son Premier ministre Jebali. 
 
L'hypothèse que les derniers évènements politiques, dont l'assassinat de Chokri Belaïd, s'inscrivent dans une volonté de déstabilisation du pouvoir, notamment par des anciens acteurs du système Ben Ali, semble-t-elle sérieuse ou exagérée ?
Toutes les hypothèses sont ouvertes. De l’acte d’un extrémiste isolé à l’action d’un service sécuritaire en passant par une opération préparée par un groupuscule radical. Personnellement, je ne crois pas à un assassinat décidé par les dirigeants du parti Ennahda car ils n’avaient aucun intérêt à supprimer Chokri Belaïd qui était, certes, un adversaire redoutable, mais pas forcément dangereux pour leur propre pouvoir. Au contraire, ils avaient tout à y perdre. La seule chose que l’on peut dire c’est que c’est un crime politique qui a été minutieusement préparé et qui est l’œuvre de professionnels. 
 
 
 
Mercredi, Février 20, 2013 - 21:40

Démission du Premier ministre tunisien Jebali

Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali a annoncé mardi sa démission après l'échec de son projet de cabinet de technocrates refusé par son parti Ennahda, laissant le pays plus enlisé que jamais dans sa pire crise politique depuis la révolution.

«J'ai promis et assuré qu'en cas d'échec de mon initiative je démissionnerais de la présidence du gouvernement et c'est ce que je viens de faire», a-t-il dit après une entrevue avec le chef de l'Etat Moncef Marzouki. M. Jebali aura été Premier ministre 14 mois, ayant pris ses fonctions en décembre 2011 après la victoire de son parti aux premières élections libres de l'histoire de la Tunisie deux mois plus tôt. «Notre peuple est déçu par sa classe politique, il faut restaurer la confiance», a-t-il souligné, semblant mettre en garde son futur successeur et les partis politiques qui doivent trouver un compromis sur le cabinet. 

L’impasse de la Constitution tunisienne 

M. Jebali, qui doit gérer les affaires courantes jusqu'à la nomination d'un successeur, a assuré qu'il n'y aurait pas de «vide» à la tête de l'Etat. «L'échec de mon initiative ne signifie pas l'échec de la Tunisie ou l'échec de la révolution», a-t-il noté, se disant toujours «convaincu» qu'un gouvernement apolitique «est le meilleur moyen de sortir le pays de l'errance». Il a de nouveau insisté sur l'urgence de fixer la date des prochaines élections, alors que toute possibilité de scrutin est paralysée par l'impasse de la rédaction de la Constitution par l'Assemblée nationale constituante (ANC). Parmi les noms qui circulent pour le poste de Premier ministre, on compte Abdelatif Mekki, ministre de la Santé, et Noureddine Bhiri, ministre de la Justice. Mais Ennahda pourrait aussi décider de reconduire M. Jebali. 

Des tensions entre islamistes et laïcs

Celui qui sera nommé par M. Marzouki aura 15 jours pour former son équipe appelée à obtenir la confiance de l'ANC (109 votes), ce qui suppose qu'Ennahda forme une coalition avec les laïcs. Mais leurs relations sont très tendues et Ennahda veut élargir la coalition. Après l'échec de l'idée du cabinet apolitique, plusieurs partis ont jugé possible un compromis autour d'un gouvernement mêlant technocrates et personnalités politiques. L'objectif reste de pacifier une situation électrique depuis l'assassinat le 6 février de l'opposant Chokri Belaïd et de créer les conditions pour l'organisation d'élections.

Mardi, Février 19, 2013 - 13:45

Ankara intensifie sa lutte contre le tabac

L’interdiction du narguilé dans les lieux publics de Turquie marque une nouvelle étape du combat des autorités contre le tabagisme.

Considéré à tort comme moins nocif que la cigarette, le narguilé provoquerait selon des médecins turcs autant de cancers. Depuis fin janvier, la consommation de narguilé a été interdite par le gouvernement turc dans le cadre de sa campagne de lutte contre le tabac, dans un pays où environ un tiers des adultes fument. Depuis trois ans, il est déjà interdit de fumer du tabac à l'intérieur des bars, cafés et restaurants du pays. Le gouvernement turc a aussi augmenté les taxes sur les cigarettes, qui ont augmenté de 195 % entre 2005 et 2011, ce qui a fait chuter les ventes de 15 %. Les gérants des cafés ont alors nargué les autorités en servant leurs clients fumeurs sur des terrasses à l'abri des intempéries. Ou alors leur offrant des narguilés aux mélanges fruités qui contiennent moins de tabac. Même les fumeries plus traditionnelles d'Istanbul ont succombé à cette mode, très prisée des touristes. Les fabricants ont diversifié leurs produits et, sur des sites internet spécialisés, on peut acheter des tabacs à l'arôme de capuccino ou pastèque. Selon une étude de 2010 de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la plupart des fumeurs de narguilé ont entre 15 et 24 ans.Le narguilé aussi dangereux que la cigaretteA la table du café Tömbeki à Ankara, deux étudiantes sirotent paisiblement leur thé, une chicha à la bouche. «Je suis bien consciente que c'est mauvais pour la santé. Mais moins que la cigarette», tranche Elif Karadele, 23 ans, qui fume «tout les jours». C'est justement cette conviction que contestent les spécialistes de la santé. Même enrobé d'arômes fruités, c'est bien du tabac que fument les amateurs de narguilé. «Fumer un narguilé revient à inhaler autant de fumée que celle que dégagent 100 à 200 cigarettes», prévient le Dr Cengizhan Elmas en rappelant qu'il provoque proportionnellement au moins autant de cancers que la cigarette. «Les arômes de narguilé sont d'autant plus dangereux que l'on pense fumer quelque chose d'inoffensif», prévient le médecin, «même s'il y a peu de tabac, les gens inhalent des matières toxiques comme le monoxyde de carbone et les métaux lourds».

Mardi, Février 19, 2013 - 13:07

La guerre africaine des vendeurs d’armes

Le déclenchement du Printemps arabe qui a entraîné l'apparition de nouveaux conflits en Afrique, a fait la fortune des marchands d’armes. Alors que la vente mondiale d’armes est restée stable à 24 %, le marché africain a connu une hausse de 273 % ces cinq dernières années.

«Dans ce pays vous ne pouvez trouver ni eau, ni pain, ni médicaments, mais en revanche en une minute vous pouvez acquérir toutes sortes d’armes, et pour une bouchée de pain.» Tel est le constat cruel que fait un assistant officier qui a passé ces deux dernières années en Somalie, là où des enfants en âge d’aller à l’école se promènent avec des armes à la taille. «Nous nous habituons presque à voir ces Somaliens à moitié nus transporter des Kalachnikov comme s’il s’agissait d’accessoires banals», ajoute-t-il. D’après un diplomate turc en fonction dans la région, «en Afrique, les armes sont moins chères que l’eau, moins chères qu’une vie aussi.» La situation somalienne tend à devenir la norme dans beaucoup de pays d’Afrique. Un haut diplomate souligne que sur ce continent riche en ressources naturelles des forces extérieures essaient de gagner de l’influence en fournissant aux populations armes et munitions, plutôt que du pain et de l’eau : «Les forces qui se nourrissent de l’instabilité en Afrique ne veulent pas que des pays stratégiques comme la Somalie deviennent stables. D’abord, les rebelles arment la population. Quand ce n’est pas possible, ils asphyxient la rue à coup d’armes», analyse le diplomate.
 
Trois pays à la tête du marché mondial
Dans un rapport sur l’armement au niveau mondial publié en avril 2012, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) indique que les dépenses militaires mondiales ont atteint le chiffre de 1,7 milliard de dollars, soit une augmentation de 0,3 % par rapport à l'année précédente. Le SIPRI a annoncé, qu’avec le Printemps arabe, les conflits importants qu’ont connus les pays d’Afrique ces 5 dernières années ont conduit à un accroissement des achats d’armes de l’ordre de 273 %, alors que dans le reste du monde il est resté stable à 24 %. Le rapport du SIPRI souligne que trois pays détiennent deux tiers du marché mondial des armes : les Etats-Unis, avec 30 %, la Russie, 24 %, et l’Allemagne, 9 %.
Selon le rapport, les 411 milliards de dollars de parts de marché de la vente d’armes dans le monde entier en 2010 ont été partagés entre les Etats-Unis, la Russie et l'Allemagne, ainsi qu’entre la France, l’Angleterre et la Chine, pays où l'industrie de l’armement est en croissance rapide. Ce sont ainsi ces 6 pays, avec les gouvernements africains, qui sont à la tête de la vente d’armes aux rebelles. Selon des experts du Centre de recherche sur les conflits armés, 10 pays d’Afrique (Niger, Nigéria, Soudan, Sud-Soudan, Ouganda, Kenya, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire, Burkina Faso et Guinée) où existent des conflits internes sont «secrètement» armés par Téhéran, y compris des groupes salafistes proches d'Al-Qaïda. 
 
La stratégie anti-occidentale de l’Iran
L’Iran envoie en particulier des armes aux groupes de rebelles dans les régions soumises à embargo ONU. Par souci de précaution, armes et munitions sont fournies sans marques ou références qui permettraient de les identifier. Arif Keskin, spécialiste de l’Iran, souligne que Téhéran mène sa politique étrangère selon un principe d’opposition aux puissances occidentales, aidant ainsi les rebelles un peu partout dans le monde. Mehmet Sahin, professeur à l’université Gazi, affirme quant à lui que pour le régime iranien, être présent dans les zones de conflits et soutenir les forces armées constitue un moyen d’assurer sa propre sécurité : «En tant qu’Etat idéologique, l’Iran se nourrit des conflits. Il essaie de maintenir son régime en soutenant les conflits dans les zones proches ou éloignées. Il l’a démontré à de nombreuses reprises depuis 1979. Pour l’Iran, revenir sur le terrain de la concurrence en Afrique sert à assurer la sécurité du régime et à lutter contre ses ennemis.»

Le déclenchement du Printemps arabe qui a entraîné l'apparition de nouveaux conflits en Afrique, a fait la fortune des marchands d’armes. Alors que la vente mondiale d’armes est restée stable à 24 %, le marché africain a connu une hausse de 273 % ces cinq dernières années.

«Dans ce pays vous ne pouvez trouver ni eau, ni pain, ni médicaments, mais en revanche en une minute vous pouvez acquérir toutes sortes d’armes, et pour une bouchée de pain.» Tel est le constat cruel que fait un assistant officier qui a passé ces deux dernières années en Somalie, là où des enfants en âge d’aller à l’école se promènent avec des armes à la taille. «Nous nous habituons presque à voir ces Somaliens à moitié nus transporter des Kalachnikov comme s’il s’agissait d’accessoires banals», ajoute-t-il. D’après un diplomate turc en fonction dans la région, «en Afrique, les armes sont moins chères que l’eau, moins chères qu’une vie aussi.» La situation somalienne tend à devenir la norme dans beaucoup de pays d’Afrique. Un haut diplomate souligne que sur ce continent riche en ressources naturelles des forces extérieures essaient de gagner de l’influence en fournissant aux populations armes et munitions, plutôt que du pain et de l’eau : «Les forces qui se nourrissent de l’instabilité en Afrique ne veulent pas que des pays stratégiques comme la Somalie deviennent stables. D’abord, les rebelles arment la population. Quand ce n’est pas possible, ils asphyxient la rue à coup d’armes», analyse le diplomate.
 
Trois pays à la tête du marché mondial
Dans un rapport sur l’armement au niveau mondial publié en avril 2012, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) indique que les dépenses militaires mondiales ont atteint le chiffre de 1,7 milliard de dollars, soit une augmentation de 0,3 % par rapport à l'année précédente. Le SIPRI a annoncé, qu’avec le Printemps arabe, les conflits importants qu’ont connus les pays d’Afrique ces 5 dernières années ont conduit à un accroissement des achats d’armes de l’ordre de 273 %, alors que dans le reste du monde il est resté stable à 24 %. Le rapport du SIPRI souligne que trois pays détiennent deux tiers du marché mondial des armes : les Etats-Unis, avec 30 %, la Russie, 24 %, et l’Allemagne, 9 %.
Selon le rapport, les 411 milliards de dollars de parts de marché de la vente d’armes dans le monde entier en 2010 ont été partagés entre les Etats-Unis, la Russie et l'Allemagne, ainsi qu’entre la France, l’Angleterre et la Chine, pays où l'industrie de l’armement est en croissance rapide. Ce sont ainsi ces 6 pays, avec les gouvernements africains, qui sont à la tête de la vente d’armes aux rebelles. Selon des experts du Centre de recherche sur les conflits armés, 10 pays d’Afrique (Niger, Nigéria, Soudan, Sud-Soudan, Ouganda, Kenya, République démocratique du Congo, Côte d'Ivoire, Burkina Faso et Guinée) où existent des conflits internes sont «secrètement» armés par Téhéran, y compris des groupes salafistes proches d'Al-Qaïda. 
 
La stratégie anti-occidentale de l’Iran
L’Iran envoie en particulier des armes aux groupes de rebelles dans les régions soumises à embargo ONU. Par souci de précaution, armes et munitions sont fournies sans marques ou références qui permettraient de les identifier. Arif Keskin, spécialiste de l’Iran, souligne que Téhéran mène sa politique étrangère selon un principe d’opposition aux puissances occidentales, aidant ainsi les rebelles un peu partout dans le monde. Mehmet Sahin, professeur à l’université Gazi, affirme quant à lui que pour le régime iranien, être présent dans les zones de conflits et soutenir les forces armées constitue un moyen d’assurer sa propre sécurité : «En tant qu’Etat idéologique, l’Iran se nourrit des conflits. Il essaie de maintenir son régime en soutenant les conflits dans les zones proches ou éloignées. Il l’a démontré à de nombreuses reprises depuis 1979. Pour l’Iran, revenir sur le terrain de la concurrence en Afrique sert à assurer la sécurité du régime et à lutter contre ses ennemis.»