Pour le CHP le voile n’est plus une menace

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ça pourrait être un slogan : un petit pas pour le CHP est un grand pas pour la démocratie turque. Car le CHP, parti républicain du peuple, est le parti de Mustafa Kemal, le fondateur de la Turquie moderne. Il demeure une chapelle pour le ban et l’arrière-ban des kémalistes. Paradoxalement, il apparaît comme une survivance de l’autoritarisme des premiers temps. Plus attaché au qualificatif « république » que « démocratique », le parti a souvent été perçu comme l’obstacle majeur à la démocratisation du pays. Suprême paradoxe : un parti de gauche, qui plus est celui d’Atatürk, incarnait le pôle du conservatisme. Le départ de Deniz Baykal, l’homme fort du parti durant deux décennies, suite à une affaire de mœurs, a permis l’intronisation d’un simple député, candidat malheureux à la mairie d’Istanbul et ancien directeur national de la sécurité sociale, Kemal Kiliçdaroglu. Affable, bûcheur mais moins éloquent que son prédécesseur, Kiliçdaroglu a su incarner l’espoir des déçus du « baykalisme ». Il vient de lancer un appel solennel au Premier ministre Tayyip Erdogan pour achever ensemble la démocratisation du pays. Celui-ci semble hésitant à franchir le pas. Car la dernière fois que l’AKP avait tenté un compromis pour la démocratisation du pays – avec le MHP, parti nationaliste, sur la levée de l’interdiction du voile à l’université – la Cour constitutionnelle l’avait condamné pour « activités anti-laïques ». Voilà que Kiliçdaroglu propose, justement, de régler une fois pour toutes ce boulet que traîne la Turquie depuis les années 1980, l’interdiction pour les filles voilées d’accéder à l’université. Le CHP, delta historique des laïques intransigeants, est pourtant le parti qui avait déféré à la Cour constitutionnelle la disposition votée par l’AKP et le MHP. Les récentes déclarations de Kiliçdaroglu sont pour le moins radicales : il vient d’affirmer qu’il ne croyait pas que la laïcité était menacée ; il propose également d’entamer les travaux parlementaires pour changer de Constitution alors que le Premier ministre préfère s’y coller après les élections de juillet 2011. Kiliç daroglu semble vouloir retirer à Erdogan tous ses arguments de campagne électorale ; ce dernier refuse, naturellement, toute précipitation.

Calcul électoral

Le CHP se défend de tout calcul politique et jure de sa sincérité. Mais les tenants du « kémalisme de garde-robe » comme le dénonçait déjà le feu Premier ministre social-démocrate Bülent Ecevit, n’ont pas attendu longtemps pour afficher leur opposition. Canan Aritman, la députée qui avait tenté une action en justice contre les épouses du président de la République et du Premier ministre pour « avoir terni l’image du pays », est montée sur le créneau. L’AKP n’oublie pas non plus les hésitations de Kiliçdaroglu qui avait juré vouloir régler ce problème, avant d’affirmer qu’il ne fallait pas pour autant s’asseoir sur les décisions de la Cour constitutionnelle. Et la proposition burlesque de la commission de réflexion mise en place par le CHP d’ « arracher » une fatwa aux oulémas pour permettre aux filles de montrer quelques mèches est encore dans tous les esprits. Il est difficile de savoir si la machine CHP va suivre les envolées de son leader. Changement de timbre en vue des élections ou révolutionnarisme à la Kiliçdaroglu ? Les caciques, eux, font de la résistance. Oktay Eksi, l’éditorialiste de Hürriyet, le rappelle doucement à l’ordre : « il arrive parfois à Kemal Kiliçdaroglu d’annoncer des politiques qui n’ont pas encore été examinées en profondeur et qui n’ont pas encore été discutées et avalisées par les organes de son parti ». L’ancien leader, Deniz Baykal, a déjà dénoncé un « glissement de l’axe » du parti et appelé à un congrès extraordinaire. Kemal Kiliçdaroglu vient de le rencontrer. L’avenir dira si c’est lui qui a remonté la pendule à Baykal ou si c’est ce dernier qui a remis les pendules à l’heure.

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