Pourquoi il n’y a pas d’antisémitisme en islam

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Détériorées depuis la création d’Israël, les relations judéo-musulmanes n’ont pas toujours été négatives. L’antisémitisme qui s’est développé en Europe dans les milieux chrétiens n’a pas de fondement en islam. Mücahit Bilici, sociologue et maître de conférence au John Jay College à New-York, dénonce la confusion entre le vieil antisémitisme et les problèmes récents et politiques entre musulmans et juifs.

Comment expliquer l’écho que trouve parmi les musulmans les discours de propagande qui présentent le conflit israélo-palestinien, en réalité politique et moderne, comme un conflit religieux vieux de mille ans ? En effet, les nationalistes juifs et musulmans ainsi que les chrétiens évangéliques croient au caractère éternel de ce conflit. Pourtant, le problème des musulmans avec les juifs est récent et est lié à la question palestinienne. Une série de superstitions et de clichés, inventés autrefois par les chrétiens et dont les versions modernes sont apparues en Europe pendant la période nazie, a été également assimilée de façon progressive par les musulmans tombés dans l’impuissance après la création de l’Etat israélien par la force et l’annexion. Ce sentiment de faiblesse a même parfois entraîné la propagation de certains récits marginaux provenant de la tradition judéo-chrétienne (Israiliyat). La complexité de la situation réside incontestablement dans la méconnaissance des musulmans du passé historique de l’Europe chrétienne. Tandis qu’Israël poussait les musulmans à réagir, par ses guerres et ses annexions, ceux-ci ont commencé à user inconsciemment d’un discours possédant un bagage historique et une charge morale qui ne leur appartenaient pas. Cette charge morale et ce passé obscur puisent leur source aussi bien dans les persécutions perpétrées par les chrétiens ignorants et fanatiques au Moyen Âge que dans le génocide juif inhumain et contraire à l’islam.

Les juifs et l’argent
La religion musulmane définit sa relation avec le judaïsme et la chrétienté non pas comme destructrice mais comme nouvelle et réparatrice. Le Coran contient indéniablement des versets qui mettent en garde les juifs mais ces versets visent plus à les inviter au droit chemin. C’est donc une question de comportement. De même qu’un Juif peut se comporter comme un musulman, de même certains musulmans reproduisent parfois les aspects erronés du judaïsme. L’antisémitisme historique possède des origines européennes et un caractère chrétien. A l’origine de l’hostilité des chrétiens envers les juifs se trouve la croyance tenant les juifs pour responsables de la mort de Jésus. Récemment, l’Eglise catholique a officiellement réfuté cette idée. Les chrétiens du Moyen-âge avaient adopté sur les juifs qui vivaient en minorité parmi eux, diverses croyances superstitieuses telles que l’abattage rituel d’enfants chrétiens par les juifs pour boire leur sang ou encore l’empoisonnement des puits. Si une maladie venait à frapper un village, les juifs étaient tenus pour responsables et la plupart étaient tués. Il existe de nombreux autres préjugés et clichés de ce genre. Par exemple, l’idée préconçue de la relation des juifs avec l’argent et l’intérêt bancaire est en réalité infondée. Les intérêts étant défendus par la religion, les rois chrétiens réglaient leurs affaires financières par le biais de leurs serviteurs juifs.

La légende russe du complot mondial
Le rapport, au commencement involontaire, des juifs avec les intérêts bancaires et la comptabilité remonte donc à cette époque. Lorsque l’argent et le commerce sont devenus des outils de pouvoir, une image erronée des juifs s’est forgée. Sur les terres chrétiennes auxquelles ils n’appartenaient pas, les juifs se sont consacrés au commerce et aux ressources mobiles comme la bijouterie et se sont progressivement enrichis. Les plus riches ont financé les guerres interétatiques et ont gagné du pouvoir financièrement. Leur capacité à créer des réseaux puissants, qui s’est développée grâce à leur situation minoritaire et leur dispersion géographique, a valu aux juifs d’être accusés de posséder davantage de pouvoir qu’ils n’en avaient en réalité. Une opinion générale appelée « antisémitisme » s’est forgée avec l’apparition de différentes croyances et assertions comme la fameuse légende russe accusant les juifs d’avoir pris part à un complot secret pour dominer le monde. Cette hostilité générale, appelée plus tard en Europe la question juive, a atteint son comble avec le génocide des juifs européens déportés dans des camps de concentration. L’antisémitisme est un cas très spécifique. Ce sentiment n’a pas et ne doit pas avoir d’équivalence dans le monde musulman. Le livre d’Hitler, Mein Kampf, a été imprimé et lu en Turquie non pas par des musulmans mais par des groupes nationalistes. Quant au nationalisme islamique, il s’agit d’un problème plus stratégique que moral. En répliquant ainsi au nationalisme juif des sionistes, les musulmans se retrouvent dans des situations moralement inexcusables et se voient dans l’obligation de rendre compte pour des crimes et des péchés dont ils ne sont pas responsables.

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