Par Mümtazer Türköne | ven, 11/11/2011 - 11:28
Mots clés : Turquie, PKK, KCK, Union des communautés kurdes, liberte d'expression, ragip zarakolu, busra ersanli, Chronique
L’arrestation de plusieurs intellectuels liés à l’Union des communautés kurdes (KCK), une organisation émanant elle-même du PKK, soulève la question de la stratégie à adopter pour le gouvernement de M. Erdogan qui lui permette de trouver une issue à la question kurde. Pour le chroniqueur Mümtaz’er Türköne, l’Etat turc ne doit pas tomber dans le piège que lui tend le PKK et, par-dessus tout, « abandonner nos citoyens kurdes face au despotisme du PKK. »
Il paraît que les points de vue divergent au sein du gouvernement d’Erdogan à propos de l’enquête sur l’Union des communautés kurdes (KCK). Au-delà de la détention de certains membres de cette Union, les divergences proviendraient de problèmes fondamentaux. Principalement, les pensées se divisent sur la stratégie à adopter : faut-il dissocier le terrorisme de la question kurde ? Le KCK est une organisation typiquement soviétique. La révolution bolchévique a été réalisée grâce aux habiletés des comités ouvriers-paysans qui se chargeaient des pouvoirs et des devoirs alternatifs aux institutions étatiques. Tous les principes susceptibles de créer ce type d’Etat se retrouvent dans cette organisation kurde. Les tribunaux du peuple jugent, les milices exécutent ces jugements.
Le KCK fonde son pouvoir sur le despotisme
Dans les villes de Hakkari et de Sirnak, où le KCK est dominant, les divorces, les procès de créances et de dettes, jusqu’aux plaintes concernant les poules entrées dans le jardin du voisin sont jugées dans ses tribunaux, et les forces armées de cette organisation appliquent les décisions. Ses communiqués publiés concernent directement les Kurdes et contiennent des menaces exigeant leur soumission à son autorité. Son terrorisme s’applique au nom même de cette autorité. Il est impensable que l’Etat autorise une telle organisation qui remet en cause sa légitimité. Cet Etat avait toléré l’existence du KCK pour calmer les tensions et mettre en œuvre sa stratégie d’un cessez-le-feu avec le PKK. Il est impensable que les divergences de points de vue au sein de l’Etat soient le résultat de la tension entre les principes moraux et le réalisme politique. Certains pensent que l’Etat doit jouer son rôle en protégeant le droit de son peuple contre toute forme de despotisme. D’autres préconisent plus de souplesse et plus d’ouverture politique. Selon moi, si le KCK se transforme en Etat, il s’autodétruira. Un Etat archaïque, brutal, sans droit ni justice et qui prône le despotisme éliminera d’abord ses protagonistes. La force de cette Union des communautés kurdes dans les régions où est présent le PKK dépend uniquement du despotisme armé. La meilleure décision est d’interdire ce despotisme. Au sujet des détentions du professeur Büşra Ersanlı et de Ragıp Karakolu, elles risquent de valoriser l’image du PKK et de légitimer également le KCK. Le fait qu’un homme comme Busra Ersanli, un politologue que j’ai moi-même rencontré, soit un membre de l’Union des communautés kurdes renforce la position de l’organisation terroriste. Un ami qui vit dans le sud-est de l’Anatolie m’a raconté que grâce à ces détentions, le KCK accueille continuellement des nouveaux adhérents. La stratégie de masse du PKK est de créer le plus d’organisations possibles et de donner à tout le monde une fonction et une responsabilité. C’est la raison pour laquelle il y a plus d’organisations légales ou illégales que d’habitants au sud-est de la Turquie.
Le devoir moral d’agir contre le KCK
Le PKK ruse également en essayant de démontrer qu’il existe des discussions de principe et de stratégie sur le KCK au sein de l’Etat entre le mouvement Gülen et l’AKP. La guerre déclarée par Karayilan, le président du KCK, au mouvement Gülen, à la suite de la détention de plusieurs membres du KCK est, par exemple, le résultat de la ruse du PKK. Les opérations de l’Etat contre cette Union trouvent leur justification par une obligation d’assistance humaine et morale. Cette obligation a pour objectif de ne pas abandonner nos citoyens kurdes face au despotisme du PKK. S’opposer aux opérations contre le KCK revient donc à dire : laissons le PKK convaincre les gens de rejoindre son organisation, laissons-le menacer et appliquer la loi du plus fort ! Lequel de ces arguments pourra résoudre le problème du terrorisme? Une résolution doit être trouvée dans le respect du droit et doit être appliquée.
İstanbul
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