Par Selami Varlik | sam, 24/12/2011 - 20:39

Le racisme anti-blanc, expression employée par l’extrême droite à l’occasion notamment du procès contre la porte-parole du Parti des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, soulève de nombreux paradoxes. Pour la doctorante Anissa Ben Hamouda, si le phénomène existe bien, il n’est pas d’ordre ethnique mais social car le blanc représente indirectement le système dominant.
Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR), comparaissait mercredi 14 décembre devant le tribunal correctionnel de Toulouse, pour propos racistes. La procédure a été initiée par l’AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), présentée comme une organisation d’extrême droite visant le respect de l’identité française et chrétienne. Cette accusation fait suite à une émission de télévision au cours de laquelle Houria Bouteldja a employé le terme « souchiens » pour désigner les « français de souche ». L’AGRIF a interprété le terme comme étant orthographié « sous-chiens » et lui prête une connotation raciste.Le Dictionnaire de l’extrême droite indique que c’est cette même AGRIF qui aurait introduit l’expression « racisme anti-blanc » au début des années 80. Pour ces milieux d’extrême droite, qui ont fait de ce thème un cheval de bataille, il s’agissait de retourner l’accusation de racisme. Tarik Yildiz, auteur de Le racisme anti-blanc – Ne pas en parler : un déni de réalité(Puits de Roulle), estime que le constat doit être fait afin de « poser le débat ». Son ouvrage est essentiellement constitué de témoignages de jeunes, vivants en banlieue et se décrivant comme victimes de ce type de racisme, et de quelques parents et enseignants. Aux yeux de l’auteur, le phénomène existe bel et bien et le nier ne ferait qu’empirer les choses. « Il s'agit pour moi de décrire un phénomène qui a évidemment des racines sociales en prenant soin de montrer que le racisme est présent partout », dit-il, ajoutant qu’« il n'appartient pas à un groupe ou à une ethnie ». Ce n’est pas l’avis d’Yvon Breda, professeur en lettres modernes dans un collège de Seine-Saint-Denis. Selon lui, « il ne fait aucun doute que si on veut chercher des témoignages de “racisme anti-blanc”, on en trouvera ».
Un problème social, non racial
Alors que Tarik Yildiz décrit sa démarche comme relevant d’une constatation brute, sans prétention scientifique, Yvon Breda demande du concret : « Pour me convaincre que le “racisme anti-blanc” mérite d'être considéré comme un fait de société plus grave que, par exemple, la discrimination des roux dans les cours de récréation des écoles primaires », dit-il. L’enseignant demande ainsi « où sont les personnes qui, en France, n'accèdent pas à l'habitat, sont discriminées à l'embauche ou mal reçues dans les lieux publics parce qu'elles sont “blanches” ? », considérant qu’« il n'y en a pas ». La doctorante, Anissa Ben Hamouda, qui prépare une thèse sur le sujet, constate que le phénomène existe très certainement et qu’il est important d’en parler, mais qu’il touche selon elle des problèmes de fond qu’il faut montrer, en prenant garde à ne pas essentialiser une question avant tout sociale. Elle s’interroge même pour savoir si l’expression « racisme anti-blanc » figurera dans sa thèse. D’après elle, le problème n’est pas ethnique, car le blanc, qui est minoritaire dans les classes, représente, sur un plan macro-social, la majorité. « Il redevient la majorité quand il va en vacances ou à la banque, c’est pour lui une force », poursuit-elle. En ce sens, il représente indirectement le système dominant et il le sait.
L’adolescence et la recherche d’altérité
D’ailleurs, elle indique que sur 55 jeunes sur lesquels elle a enquêté, 4 parlent vraiment de souffrance et il s’agit de profils déjà marqués par des difficultés, comme des divorces ou des décès. Les 51 restants ont plutôt une attirance pour l’autre culture : « Ils se sentent plus ouverts et apprennent à leurs parents à faire avec la diversité », précise-t-elle. Pour Anissa Ben Hamouda, ces derniers ne parlent pas spontanément d’un racisme qu’ils auraient subi, c’est elle qui ouvre le sujet en posant la question. Si pour Tarik Yildiz le problème n’est pas propre aux adolescents, il constate tout de même que « le phénomène est beaucoup plus présent au collège et s'atténue plus tard ». Il l’explique par « l'effet de groupe omniprésent à l'adolescence, où l'on va plus facilement viser celui qui est différent, celui qui porte une paire de lunettes. » A ce propos, la doctorante rappelle que l’adolescence représente pour les jeunes le moment de la recherche de nouveaux modèles d’identification. « C’est normal que ce soit à ce moment que le blanc, le noir ou l’aveugle découvre son altérité », ajoute-t-elle. Dans l’autre sens, elle explique le phénomène de groupe en indiquant que « chercher à se rapprocher avec ceux qui lui ressemblent permet à l’adolescent de se rassurer soi-même sur sa propre norme ».
