La remise en question, autre vertu du jeûne

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On a l’habitude d’entendre dire et répéter que le jeûne ne doit pas se limiter à une privation de nourriture. On rappelle ainsi, tout à fait légitimement, que l’essence du mois de ramadan est spirituelle, notamment à travers l’apprentissage de la maîtrise des passions humaines. Jeûner comme il se doit ne se limite donc pas à une abstinence alimentaire mais représente une occasion de faire l’effort de résister aux pulsions d’orgueil, de luxure ou de colère. Cet aspect spirituel est très loin de la dimension de surconsommation que le ramadan a aujourd’hui et dont témoigne le nombre toujours croissant de prospectus de la grande distribution destinés aux musulmans durant ce mois. En effet, s’il est un mois durant lequel les grandes enseignes devraient se dire qu’il est totalement inutile de s’adresser aux musulmans parce que de toute façon ils consomment moins que d’habitude, c’est bien celui-ci. L’oubli de la dimension spirituelle ne doit pas occulter la dimension intellectuelle du jeûne. Aussi importante que soit la dimension spirituelle de la privation, le ramadan est peut-être aussi l’occasion de procéder à une ascèse intellectuelle. Car si l’ego se nourrit d’aliments ou de désirs, il se nourrit aussi d’opinions, de jugements et de convictions en tout genre. Ces dernières sont certes légitimes et nécessaires mais elles deviennent parfois avec le temps des protections derrière lesquelles l’ego se réfugie. Dès lors, le ramadan peut également être l’occasion d’avoir l’humilité de se questionner sur les certitudes en tout genre, l’occasion de se dire qu’il est peut-être un angle, totalement insoupçonné, sous lequel l’autre aussi peut avoir un peu raison, et cela quel que soit le sujet. Mais cette remise en question n’a de sens que si elle est partagée. Autrement dit, il ne s’agit pas d’attendre cette auto-critique de l’autre mais de faire l’effort de le faire sur soi en se disant qu’il y a toujours au moins un aspect sous lequel l’autre voit les choses et qui peut partiellement lui donner raison. Quand on identifie le ramadan au partage et à la solidarité, ces derniers peuvent avoir alors une nouvelle dimension en permettant, via le jeûne, de s’ouvrir davantage aux autres.

Paris

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