Par Emre Demir | jeu, 02/02/2012 - 11:21

142 élus, députés et sénateurs, ont déposé deux recours auprès du Conseil constitutionnel contre le texte qui pénalise la négation des génocides. Ce texte avait été adopté le 23 janvier dernier par le Sénat, après le vote de l’Assemblée nationale, et punit la négation d’un génocide d’un an d’emprisonnement, d’une amende de 45.000 euros ou des deux à la fois, ce qui a provoqué l’ire de la Turquie.
Quelle que soit la décision des Sages, cette initiative portée par les parlementaires est courageuse et noble. Contrairement à l’image qu’on en a donné, elle ne s’inscrit pas dans le cadre de la querelle diplomatique entre la Turquie et la France. Ces parlementaires ne sont ni pro-turcs, ni négationnistes. Ils défendent un principe éthique malgré les pressions des partis politiques auxquels ils appartiennent ou même les menaces du lobby pro-arménien. Ce n’est pas un hasard si la quasi-totalité des sénateurs qui représentent les Bouches-du-Rhône, le Rhône, les Alpes-Maritimes et Paris, des départements où vivent de fortes communautés arméniennes, ont voté cette loi. Par contre, en dehors de rares exceptions, les régions des parlementaires qui ont saisi le Conseil constitutionnel ne comportent aucune communauté turque importante, ni même arménienne. Ces élus ont donc signé ce recours pour des raisons éthiques et juridiques. Au-delà des calculs politiques, c’est un débat crucial qui porte sur les rapports entre l’Histoire et la loi. La démarche des parlementaires s’inscrit dans la lignée du rapport parlementaire de Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, opposé aux lois mémorielles.
Quant à la Turquie, un éventuel rejet du texte par les Sages resterait une opportunité historique pour Ankara de réviser sa position officielle sur les événements de 1915. Cela constituerait également une occasion pour la diaspora arménienne de revoir sa stratégie axée essentiellement sur des pressions exercées contre les Parlements des pays occidentaux pour qu’ils adoptent des lois comme celle que vient de voter la France. e.demir@zamanfrance.fr
