Par Sami Uslu | mer, 21/09/2011 - 00:39
«Nous participons à des salons en Europe, mais nous ne pouvons pas faire venir des techniciens pour installer nos stands» déclare Zafer Caglayan, ministre turc du commerce extérieur qui s’interroge sur les raisons qui conduisent la législation sur les visas accordés aux citoyens turcs en Europe à être si stricte. La Turquie est pourtant membre de l’Union douanière de 1995 et candidate officielle pour intégrer l’Union européenne. Caglayan a tout à fait raison de se demander pourquoi il est si compliqué pour les ressortissants turcs de voyager en Europe, en particulier lorsque plus de la moitié du commerce turc se fait avec les pays de l’UE et que la Turquie participe à la plupart des institutions européennes, mis à part l’UE. En fait, la Turquie est acceptée en Europe économiquement et légalement mais son peuple est rejeté. Il semble que M.Caglayan n’ait pas reçu de réponse à sa question. Du coup, il en pose une autre : pourquoi est-ce que certains citoyens des Balkans n’ont plus besoin de visas alors que leurs pays ne sont pas membres de l’UE et n’ont même pas encore entamé le processus de négociation ? Un Macédonien, par exemple, n’a pas besoin de le faire. Le ministre Caglayan n’a pas reçu, là-encore, de réponse satisfaisante à sa question.
Une volonté politique
En fait, il ne peut y avoir de réponse satisfaisante car chacun sait que les décisions politiques jouent un rôle essentiel dans le règlement concernant l’attribution de visas. Si les décisions politiques concernant les visas résultaient d’informations concrètes sur les insuffisances légales, économiques ou sécuritaires, il serait plus facile pour l’Allemagne et les autres pays de l’UE de justifier leur position. En fait, si la raison était concrète ou technique, la Turquie prendrait les mesures nécessaires pour rectifier la situation. Et si elle ne le faisait pas, alors les pays européens auraient la légitimité d’imposer l’obligation de visas pour les Turcs. Les accords d’Ankara et son protocole additionnel ne se prononcent pas clairement sur la libre circulation des personnes. Cette confusion a permis une récupération politique du problème. A cause des accords douaniers de l’Union, il n’est plus possible de trouver une solution en faisant appel au jugement de la Cour européenne de justice. La Cour européenne des droits de l’homme n’est pas une option non plus car l’UE en tant qu’institution n’est pas membre de la Convention européenne des droits de l’Homme.
La peur d’une immigration massive
Cependant, le véritable problème ne réside pas dans la loi. Il y a des personnes dans l’UE qui pensent que si l’obligation d’avoir un visa est levée, alors les Turcs vont tous faire leurs valises au petit matin et envahir l’Europe. De ce point de vue, il est effrayant pour ces personnes d’imaginer des milliers d’étrangers affluant dans leur pays sans aucun contrôle des autorités. Mais ces personnes oublient une question importante : pourquoi est-ce que les Turcs voudraient immigrer en Europe s’« il n’y a pas de pain » là-bas non plus ? En d’autres termes, pourquoi émigreraient-ils si l’économie européenne n’est pas meilleure que celle de la Turquie ? Par ailleurs, de nombreuses personnes immigrent déjà en Europe illégalement. Il y aussi une autre chose à laquelle les Européens ne pensent pas : si l’obligation de se procurer un visa est levée, l’Europe rencontrera peut être des entrepreneurs et des consommateurs turcs qui vont dynamiser la vie économique de l’UE. C’est une hypothèse plus probable que celle d’un flot d’étrangers incontrôlables se déversant sur l’Europe.
La Turquie, candidat fantôme de l’UE
Il est évident que le problème des visas n’est pas économique mais plutôt politique. Mais il faut aussi souligner que les visas sont une source de revenus pour ces pays. De plus, une personne dont la demande est rejetée n’a même pas le droit de connaître le motif du refus. Le fait que les Turcs ne soient pas désirés sur le territoire de l’UE montre qu’ils sont considérés comme des criminels potentiels. C’est une façon de dire «vous n’êtes pas digne de poser un pied dans notre pays. » Peut-être que la véritable question serait de se demander si la Turquie est encore candidate pour entrer dans l’UE.
