Par Latifa Akay | ven, 30/03/2012 - 14:05
Un groupe d’architectes turcs a fait le déplacement à Paris pour s’inspirer du modèle urbain français, dans le cadre des grands travaux prévus à Istanbul. Du projet Taksim au canal reliant la mer Noire à la mer de Marmara, les enjeux financiers et politiques de ces futures rénovations turques sont prises très au sérieux par Ankara.
«Impossible n’est pas français» écrivait Napoléon en 1813 dans une lettre adressée au général Jean Le Marois. Près de deux siècles plus tard, il semble que l’actuel président français Nicolas Sarkozy se soit inspiré de la formule de son illustre prédécesseur. Fasciné par l’idée d’un «Grand Paris», Sarkozy lance en 2008 une consultation architecturale internationale réunissant dix équipes multidisciplinaires — conduite chacune par un architecte mondialement reconnu —, chargées de présenter une vision originale, inventive de la cité du futur. Antoine Grumbach, l’un des 10 architectes participant au projet, était présent dans la capitale cette semaine pour partager avec un panel de cinq experts turcs en matière d’architecture et de planification urbaine l’idée à l’origine de son projet «Seine Métropole», à l’occasion d’une conférence organisée mardi par le Centre d’information stambouliote du bâtiment (YEM) et l’Institut français d’études anatoliennes (IFEA). Alors que les Stambouliotes réclament un débat public sur la question sensible de la rénovation urbaine, cette opportunité de pouvoir découvrir des perspectives nouvelles était pour beaucoup la bienvenue.
Les douze travaux d’Erdogan
Certaines de ces préoccupations urbaines sont majeures, telles que la préservation de la perspective visuelle de la ville historique, le projet Taksim, la construction d’un troisième pont suspendu sur le Bosphore, ainsi que celui qualifié par son auteur même, le Premier ministre Erdogan, de «projet fou», et qui vise à percer un canal reliant la mer Noire à la mer de Marmara, dans le but de désengorger le trafic dans le détroit d’Istanbul. Antoine Grumbach a expliqué à son auditoire que son projet de métropole articulée autour de la Seine consisterait à faire fusionner Paris, Rouen et Le Havre en une ville unique où le fleuve serait bordé de vastes espaces verts faisant office de «terre-plein central» unissant le monde urbain à la nature. «Le lien entre la métropole et la mer est souvent oublié» a-t-il déclaré. Les villes portuaires ont toujours été d’une grande importance pour des raisons liées au commerce et au transport. 80 % du commerce mondial transite par voie maritime, c’est la raison pour laquelle les grandes métropoles du monde sont toujours des sites portuaires.
Le «Grand Paris» va coûter 37 milliards d’ euros
Selon l’architecte français, «Paris a le potentiel pour être le plus grand port d’Europe», ajoutant que l’utilisation de la Seine comme «autoroute liquide» aiderait à alléger le trafic routier. Consistant pour l’essentiel à allonger de 130 km le réseau de transport urbain dans le but de réduire la circulation routière, mais aussi d’épouser l’idée de Grumbach en accordant un rôle plus central à la Seine, les projets de métropole post-Kyoto de Nicolas Sarkozy devraient coûter la somme de 50 milliards de dollars.
Istanbul
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