Les USA révisent leur stratégie face au conflit syrien

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Les Etats-Unis ont engagé une révision de leur stratégie face au conflit syrien, mais il est toujours douteux que Washington se résolve à livrer des armes aux rebelles en lutte contre le président Bachar al Assad.
 
Le gouvernement du président Barack Obama a revu sa position à la suite de la prise de la ville stratégique de Koussaïr par les forces gouvernementales, de l'implication de plus en plus forte du Hezbollah chiite libanais aux côtés d'Assad et des annonces de la France et du Royaume-Uni sur l'usage d'armes chimiques par l'armée loyaliste.
 
Le premier signe de cette évolution a été le report par John Kerry d'une visite en Israël et dans les territoires palestiniens, sur lesquels le secrétaire d'Etat américain concentrait jusque-là ses efforts diplomatiques, afin de rester à Washington pour évoquer le conflit syrien.
 
Le gouvernement américain laisse cependant filtrer peu d'éléments sur la direction de cette nouvelle inflexion, qui pourrait conduire les Etats-Unis, soit à livrer directement des armes, soit à gérer les livraisons d'autres pays ou encore à bombarder eux-mêmes des cibles stratégiques en Syrie.
 
Barack Obama ne devrait pas prendre de décision avant d'en discuter avec la France et le Royaume-Uni, qui évoquent de plus en plus ouvertement des livraisons d'armes aux rebelles, et aussi la Russie, soutien de Bachar al Assad, lors du sommet du G8 qui se tiendra lundi et mardi en Irlande du Nord.
 
Les Etats-Unis restent très méfiants face à l'éventualité de livraisons d'armes, par crainte qu'elles ne bénéficient à des rebelles islamistes liés à Al Qaïda.
 
Craintes d'attentisme
 
Barack Obama pourrait se contenter d'agiter la menace d'un rôle plus musclé des Etats-Unis, auprès de son homologue russe Vladimir Poutine, pour que Moscou soutienne franchement le départ du pouvoir de Bachar al Assad, lors des pourparlers de paix envisagés cet été, dits de "Genève II".
 
On craint néanmoins dans les milieux diplomatiques que Washington ne tarde trop à prendre une décision et pousse ainsi les Européens et les pays arabes, en particulier le Qatar et l'Arabie saoudite, à livrer des armes aux diverses composantes de la rébellion qui ont leurs préférences respectives, entre la Coalition nationale syrienne (CNS) et les groupes islamistes.
 
"Si (les Etats-Unis) ne prennent pas de décision cette semaine, je crois que d'autres acteurs vont entrer en jeu", dit un diplomate, sous le sceau de l'anonymat. "Les Arabes ne peuvent pas se permettre de perdre la Syrie."
 
Les pays occidentaux doivent de leur côté rencontrer samedi Salim Idriss, chef militaire de l'Armée syrienne libre (ASL), principale force armée d'opposition, pour discuter d'un accroissement de l'aide au courant rebelle majoritaire et contrer ainsi l'influence des milices communautaires.
 
"Si nous n'agissons pas (...) on va se retrouver avec des livraisons d'armes européennes d'un côté et d'armes arabes de l'autre", estime Aaron David Miller, ancien responsable du département d'Etat, désormais analyste pour le centre de réflexion Woodrow Wilson à Washington.
 
"La conséquence logique, ce sera l'aggravation du niveau de (...) dysfonctionnement, du manque d'organisation (déjà) présent entre les différents groupes", dit-il. 

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