Visite historique du Diyanet dans un cemevi

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Mehmet Görmez, président de la Direction des affaires religieuses (Diyanet), est le premier responsable religieux sunnite de l’histoire turque à visiter un cemevi, le lieu de rassemblement des alévis.

 

L’épineuse question de la qualification religieuse des cemevi n’aura certes pas été résolue mais il n’en demeure pas moins que la simple visite de courtoisie du président du Diyanet à l’un d’entre eux restera dans les annales. Après le Premier ministre Tayyip Erdoğan en 2007, le Président de la République Abdullah Gül en 2009, et le ministre d’Etat chargé des affaires religieuses Mehmet Aydin en 2010, il ne restait plus que le « grand mufti » de Turquie à ne s’être pas plier à l’exercice. C’est désormais chose faite. Une première dans l’histoire de la République et même de l’Empire ottoman. Le représentant de la plus haute instance de l’islam en Turquie a rendu visite au cemevi Erikli Baba à Istanbul, en compagnie du mufti de la ville.

L’alévisme fait partie intégrante de l’islam 

Il suffit, pour mesurer l’importance de la rencontre, de rappeler que le président du Diyanet est l’héritier direct des chouyoukh al islâm (savants de l’islam) de l’Empire ottoman dont certaines des fatwas contre les alévis ont fait couler des flots d’encre et de sang tout en provoquant des suspicions réciproques. Mehmet Görmez a déclaré avoir voulu cette rencontre pour « partager un morceau et vous rendre visite. » « Nous vivons sur cette terre, ensemble, depuis mille ans, nous avons le même Dieu, le même Prophète, je suis venu rendre visite à nos frères (…). S’il y a eu un retard dans ce domaine, je dois dire que j’en suis personnellement désolé » a-t-il poursuivi. Metin Tarhan, le président du centre culturel et du cemevi, a salué un énorme pas. « Je pense que cette visite est un moment fort qui a valeur d’antécédent et qui permettra de régler plus facilement les problèmes. Je pense que nos demandes vont enfin être satisfaites » a-t-il dit. La discussion a rapidement tourné autour du statut des cemevi. Görmez a rappelé qu’ils n’avaient aucune forme d’opposition à la satisfaction des demandes matérielles les plus élémentaires comme le règlement des factures d’eau et d’électricité par l’Etat. Il a néanmoins réitéré l’approche classique du Diyanet sur le statut religieux de ces enceintes. « Il nous est impossible de considérer lescemevis comme des lieux de culte alternatifs aux mosquées, cette assertion n’a ni un fondement scientifique ni une base historique. » La quasi totalité des savants sunnites considèrent au plus les cemevis comme des tekkes, sorte de couvents qui ne sont pas à proprement parler des  sanctuaires mais de simples lieux de rassemblement où se déroulent des cérémonies spirituelles. Görmez a enfin fustigé la croyance populaire largement diffuse chez les sunnites selon laquelle la nourriture des alévis ne peut être mangée du fait de leur soi-disant trop libre interprétation du caractère halal de l’alimentation. « Les repas préparés par nos frères sont pour nous une offrande. Tout met qui a une origine halal est parfaitement licite » a-t-il corrigé.

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