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L'artiste britannique Damien Hirst avait parlé des attentats de 2001 sur le World Trade Center de New York comme d'une «sorte d'oeuvre à part entière. C'était cruel mais ainsi conçu pour qu'il y ait un impact. Cela a été mis au point visuellement». Aujourd'hui, 13 ans plus tard, les gouvernements occidentaux, pourtant capables de décrire en termes stratégiques la menace que représente Daesh au Moyen-Orient, sont encore aux prises avec l'agression visuelle qu'il véhicule dans les médias du monde.

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L'instabilité persévère au Moyen-Orient. Le coup d'Etat militaire en Egypte est le dernier épisode en date à avoir déclenché une véritable secousse politique à travers la région. Avec ses 85 millions d'habitants et sa position géographique stratégique, l'Egypte est le plus important pays de la rive sud de la méditerranée. Le gouvernement islamiste des Frères musulmans dirigé par Mohamed Morsi a démontré son incompétence et son incapacité à garantir à son pays une transition démocratique complète. Toutefois, la solution proposée par l'armée égyptienne est loin d'être idéale. Les coups d'Etat tendent toujours à exacerber les problèmes et non à les résoudre. Le coup d'Etat égyptien ne fait pas exception.

La destitution de Morsi et le barrage sur le Nil : deux préoccupations majeures en Egypte

Le coup d'Etat du 3 juillet a profondément divisé la société égyptienne sur la question de la légitimité politique. Les partisans de Morsi soutiennent la légitimité de leur victoire aux élections de 2012 alors que les opposants défendent celle des manifestations qui ont eu lieu à travers l'Egypte fin juin. Les Frères musulmans sont allés trop loin trop vite. Leur programme a marginalisé les institutions de l'Etat (l'armée et la justice) et n'a pas répondu aux demandes libérales et modernes de leurs opposants. Ni les islamistes ni l'armée ne peut mettre sur pied un nouveau régime contre la volonté d'une grande partie de la population. Le coup d'Etat militaire qui a eu lieu un an après l'accès au pouvoir de Morsi pourrait faire monter la frustration parmi les islamistes de la région. De fait, la situation géostratégique de la région a encore changé et les réactions européenne et américaine vis-à-vis du coup d'Etat ont émergé trop tardivement. On ne comprend plus qui est l'allié de qui. Et, mis à part sa situation interne, l'Egypte rencontre actuellement un autre problème d'ordre international, celui du barrage hydroélectrique que prévoit de construire l'Ethiopie sur le Nil, fleuve dont les Egyptiens dépendent beaucoup. Une fois construit, le barrage réduira le volume d'eau s'écoulant vers le nord de 20 %, mettant ainsi en péril l'agriculture égyptienne et l'existence de millions de personnes.

Les rapports entre pays du Moyen-Orient de nouveau bousculés

Le coup d'Etat militaire en Egypte pourrait également avoir de graves conséquences régionales. En Syrie, le président Bachar al-Assad a salué la chute du gouvernement des Frères musulmans et cherche maintenant à utiliser la destitution de Morsi comme une justification pour exercer une véritable répression en Syrie. Quant à l'opposition syrienne, elle risque fort de se radicaliser davantage. Pour le Hamas, fortement lié aux Frères musulmans, le coup d'Etat entraîne la perte du soutien de l'Egypte, ce qui implique aussi qu'Israël est l'un des pays qui bénéficiera le plus du coup. Le Quatar, qui était l'un des principaux protecteurs de Morsi et qui connaît actuellement une transition politique, est resté détaché de la tourmente égyptienne. Le fossé entre les monarchies du Golfe devient par ailleurs de plus en plus évident, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ayant déjà financé le gouvernement de transition en Egypte. La Turquie, qui a souvent défendu son modèle démocratique islamiste auprès des pays à majorité musulmane souhaitant une transition démocratique, a également perdu du terrain après le coup d'Etat. La Turquie a cherché à créer un ordre régional avec la participation d'autres régimes islamistes sunnites conformément à ses intérêts. Et l'Egypte était clairement la partie la plus importante de cette stratégie. L'instabilité politique de cette dernière a soulevé des questions non seulement sur le modèle politique mais aussi sur la sécurité des intérêts économiques turcs. L'avenir incertain de l'Iran est également un problème d'importance régionale, qui reste en suspens jusqu'à la prise de fonctions début août du président Hassan Rohani.

Le Moyen-Orient sombre dans une tourmente toujours plus profonde. Trop d'encre a coulé mais pas assez de pensées sérieuses sur comment renforcer la sécurité, l'économie et le modèle social de la région n'ont été proposées. 

* Président du ESADE Center for Global Economy and Geopolitics, Javier Solana a été entre 1999 et 2009 Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'Union européenne.

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