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Attentats à Bruxelles : «La seule manière de nous protéger est de redonner espoir à notre jeunesse»

Directeur de l’European Network Against Racism (ENAR) et islamologue, Michael Privot vit et travaille à Bruxelles. Zaman France l'a interrogé sur l'état d'esprit des Bruxellois trois heures après les attentats qui ont frappé des stations de métro et l'aéroport de Zaventem, faisant 26 morts et une cinquantaine de blessés, mais aussi sur les réponses sécuritaires de l'Etat belge.

Mardi, Mars 22, 2016 - 12:39

Où étiez-vous au moment des attentats ?
J'étais dans le train quand ça est arrivé, je suis arrivé au moment de la fermeture des gares.
Les contacts téléphoniques ont été coupés. Les gens étaient choqués, Bruxelles vit au rythme des ambulance, des sirènes et des hommes en armes. Nous découvrons ce que les Français connaissaient déjà, l'expérience vécue de l'attentat.

Les Bruxellois cherchent un lieu sécurisé après l'attentat contre l'aéroport de Zaventem.

Ces attentats semblent à l'évidence être une réponse à l'arrestation de Salah Abdeslam ?
Certainement, c'était le meilleur moment pour frapper car il y a eu un léger relâchement. Tout le monde pense à des représailles. Les attentats n'avaient pas l'air pour autant préparés, et organisés de manière hyper professionnel pour faire un maximum de victimes et on peut s'en réjouir.  

Dans quel état d'esprit se trouvent les Bruxellois ce matin ? La communauté musulmane de Bruxelles craint-elle d'être une cible en Belgique après ces attentats ?
Les gens sont dévastés en privé et l'exprime par SMS ou téléphone. Les communautés musulmanes sont sous le choc, c'est arrivé tout près de chez nous, on prend l'avion et le métro, on aurait pu être frappé. L'horreur partout et toujours, ces terroristes sont des barbares. Le sentiment est le même : on va encore déguster et être stigmatisés, insulté. Les climats et les discours politiques.  

Directeur de l’European Network Against Racism (ENAR) et islamologue, Michael Privot vit et travaille à Bruxelles.

En France, la réponse du gouvernement aux attentats a été de défendre le principe de déchéance de nationalité pour les binationaux en l'inscrivant dans la Constitution française. Peut-on s'attendre à des réponses législatives de l’État belge ?
La déchéance de nationalité est dans les tiroirs belges depuis un moment. Cela pourra donner plus de grain à moudre aux policiers sur la longueur de la garde à vue et la multiplication des contrôles. Sur le plan de la sécurité, le niveau est déjà de 4, en alerte. L’État ne peut pas mettre beaucoup plus de policiers dans la rue et cela n'a sert à rien. La sécurisation forcenée ne sert à rien et n'empêche pas les attentats. L'aéroport était surveillé par beaucoup de soldats et cela n'a rien empêché. La seule manière de nous protéger est de travailler sur la prévention, la lutte pour l'égalité pour tous et redonner un espoir à notre jeunesse. Il faut investir le champ social. Il faudra au moins 5 ans.

Faut-il parler d'un échec patent des services de renseignements belges ?
C'est difficile à dire. La sécurité de l'état fait un bon travail mais il manque des moyens par rapport à l'ampleur de la menace. Un exemple : sur 10 personnes ayant un profil de passage à l'acte potentiel, seul 3 peuvent être surveillés étant donné les moyens policiers. Un suivi intensif ne peut être fait pour tous. L'argent ne suffira pas, il faut embaucher et former de bons agents, cela nécessite des années de travail. A l'heure actuelle, étant donné le réaction et l'inertie ambiante, l'avantage est aux terroriste car ils sont en capacité de frapper. L'arrestation de Salah Abdeslam n'a pas réglé le problème du terrorisme en Belgique. Il y a des gens qui peuvent passer à l'acte. Il n'y a pas de portail de sécurité à l'entrée des métros et des aéroports. Il ne faut pas d'énormes moyens pour commettre des attentats. C'est arrivé chez nous aujourdh'ui, mais en France en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas les ressources de Daesh sont encore présentes. On en a pas encore fini avec le terrorisme.
 

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