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Des automates à Bagdad au IXe siècle

Du IXe au XIIIe siècle, des savants du monde arabe ont inventé toute sorte d'automates, d'objets et d'horloges, qu'ils vendaient à des princes, posant les jalons du développement de la mécanique européenne quelques siècles plus tard.

Mardi, Juin 21, 2016 - 15:38

Les sciences et techniques d’Islam n’ont pas eu uniquement une fonction spéculative ou utilitaire. La finalité pouvait être ludique.

Dans la Bagdad du IXe, capitale d’un vaste empire, aristocrates, courtisans et hauts fonctionnaires – bientôt suivis par les élites citadines des pouvoirs régionaux – montrent du goût pour les sciences et les techniques dans leur dimension ludique et esthétique.

On conçoit des jeux mathématiques comme les nombres pensés, des objets physiques à caractère ludique comme les miroirs déformants et, surtout, des systèmes mécaniques qui provoquent l’étonnement ou l’émerveillement.

Ce sont les fameux automates, qui connaissent leur âge d’or du IXe au XIIIe siècle.

Ce sont des horloges hydrauliques, des vases mécaniques, des personnages (esclaves, vieillards ou simples serveurs) manipulant des pichets et des verres, des jets d’eau, des fontaines à automates musicaux, des élévateurs d’eau, etc.

Ici comme ailleurs, les Arabes prolongent en le perfectionnant et en innovant le savoir grec, en l’occurrence les travaux d’Archimède et Philon de Byzance (IIIe siècle av. J.-C.) sur les automates et les horloges hydrauliques, qui étaient connus et diffusés dans le monde byzantin et sassanide.

Trois frères, les Banû Mûsâ, − Ahmad, Muhammad et Al Hasan − concevront et réaliseront au IXe siècle les premiers automates d’Islam.

Al-Jazari, un Léonard de Vinci avant l'heure

Dans leur Kitâb al-hiyal (Livre des procédés ingénieux), ils décrivent une centaine d’appareils, dont neuf jets d’eau et plus de quatre-vingts récipients plus ou moins sophistiqués qui se remplissent de liquides ou qui en libèrent d’une manière automatique.

Ces résultats, qui impressionnaient les riches commanditaires et leurs convives était obtenus grâce au contrôle des variations de pression de l’air et de l’eau et à une combinaison ingénieuse des mouvements intervenant dans les mécanismes (siphons simples, doubles ou à tubes courbés, soupapes coniques, flotteurs, roues, poulies, etc.).

Les Banû Mûsâ sont aussi à l’origine d’un instrument de musique automatique fonctionnant grâce à l’écoulement de l’eau, auquel ils ont consacré un traité entier (Épître sur l’instrument qui joue de la musique par lui-même).

Leur succéderont notamment l’ingénieur andalou al-Murâdî au XIe siècle et le physicien persan al-Isfizarî au XIIe siècle. Mais c’est al-Jazarî qui au XIIe siècle renouvellera véritablement l’art des automates.

Sorte de Léonard de Vinci avant la lettre, Abû al-’Izz al-Jazari est un mathématicien, astronome, ingénieur en mécanique et artiste kurde né à Jazîrat Ibn ‘Umar (actuelle Cizre, en Turquie).

Dans son célèbre traité intitulé Compendium de la théorie et de la pratique dans les arts mécaniques (Kitâb fi ma‘rifat al-hiyal al-handasiyya, 1206), il décrit une cinquantaine de dispositifs mécaniques et, sur le mode du «do it yourself», donne les instructions permettant de les construire.

Le prototype de l'horloge

L’un de ses chefs-d’œuvre, l’horloge-éléphant, a ainsi été reproduit à Dubaï. C’est un éléphant qui porte sur son dos un baldaquin surmonté d’une tour, au sommet de laquelle est perché un oiseau. La tour porte un petit balcon, sur lequel est assis un autre automate.

Un troisième personnage, un écrivain, est assis sous le baldaquin. Sur le haut de la coupole sont alignées quinze ouvertures. Au début du jour, l’écrivain a posé la pointe de son roseau en dehors et à gauche des divisions du secteur.

Il le déplace ensuite d’un mouvement lent et régulier vers la droite et il s’écoule une demi-heure jusqu’à ce que le bras de l’automate ait parcouru toutes les divisions du secteur. Celui-ci revient alors à son point de départ.

À ce moment, l’oiseau posé au sommet de la coupole siffle et tourne sur lui-même. La première des quinze ouvertures s’éclaire, le personnage du balcon lève le bras gauche et abaisse le droit, semblant par ce geste libérer l’aigle de gauche.

Celui-ci se penche en avant, ouvre le bec et lâche une bille d’airain qui tombe dans la gueule toute proche d’un des dragons. Le poids de cette boule produit un déséquilibre dans le corps de la bête qui bascule lentement, atteint le vase où la boule disparaît.

Elle roule et tombe finalement sur une cymbale. L’heure sonne.

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