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La Turquie, cible permanente de Daesh

En deux ans, la Turquie a connu pas moins de dix attentats commis par Daesh. Les conflits internes à la Syrie entre les djihadistes et les Kurdes rejaillissent sur le sol turc alors qu'Ankara promet de «nettoyer» l'organisation terroriste. 

Lundi, Août 22, 2016 - 15:09

C'est un énième attentat de Daesh sur le sol turc. Les combats se poursuivent en Syrie, les Forces démocratiques syriennes dont les militants kurdes des YPG (les Unités de protection du peuple) forment l'ossature, viennent de reprendre aux djihadistes la ville de Manbij et c'est la Turquie qui en a fait les frais.

Depuis deux ans, les Kurdes de Turquie paient le prix fort de la guerre civile qui ronge son voisin du sud. Les YPG sont la branche armée du parti de l'union démocratique (PYD), lui-même lié au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui défend l'autonomie des Kurdes dans le nord de la Syrie.

«Notre frontière doit entièrement être nettoyée de Daesh»

Longtemps suspectée d'aider les djihadistes pour déboulonner Bachar al-Assad, la Turquie a plusieurs fois démenti ces allégations qui lui collent à la peau. En effet, Daesh sévit sur le sol turc depuis au moins mars 2014, lorsqu'une attaque à Nigde a causé la mort de deux policiers.

L'enlèvement du personnel consulaire à Mossoul en juin 2014 a été suivi par plusieurs attentats dont celui du meeting du HDP (parti démocratique des peuples, vitrine politique du PKK) en juin 2015 (5 morts), du rassemblement pro-kurde à Suruç en juillet 2015 (33), de la gare centrale d'Ankara en octobre 2015 (109), du quartier touristique Sultanahmet en janvier 2016 (10), de la rue Istiklal en mars 2016 (4) et de l'aéroport Atatürk d'Istanbul en juin 2016 (45).

«Notre frontière doit entièrement être nettoyée de Daesh», a déclaré le lendemain de l'attaque-suicide de Gaziantep le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu devant la presse à Ankara, ajoutant qu'«il est de notre droit le plus naturel de combattre cette organisation terroriste sur notre territoire et à l'étranger».

Une centaine de cellules dormantes à Gaziantep

Le quartier visé à Gaziantep était composé de Kurdes qui avaient migré des villes de Siirt, Sanliurfa et Mardin et comptait environ 300 000 réfugiés syriens.

La ville, dont l'émir Yunus Durmaz avait été tué en 2015 et remplacé par Deniz Büyükçelebi, est d'une importance capitale pour Daesh. Elle sert en effet de point de passage aux candidats au djihadisme qui y arrivent avant de se diriger vers Kilis pour rejoindre la Syrie.

L'attentat porte la signature de l'organisation djihadiste, a déclaré le chef de l'Etat Tayyip Erdogan. Dans son réquisitoire concernant l'explosion de la gare d'Ankara, le parquet avait souligné l'activisme de l'émir de Gaziantep qui avait formé pas moins de 150 personnes prêtes à passer à l'action. Les conversations internes entre Durmaz et Ilhami Bali, l'émir de Turquie, mettaient clairement en évidence le but de Daesh : s'emparer de Gaziantep.

Les Kurdes et les étrangers ciblés

Malgré les nombreux indices, les autorités turques semblaient ne pas avoir pris la mesure du danger. Le réquisitoire de l'attentat d'Ankara avait pourtant mis en évidence la volonté de cibler directement les Kurdes assimilés à des membres du PKK. Durmaz demandait également qu'on lui envoie des terroristes capables de maîtriser la langue kurde afin de pouvoir s'infiltrer au sein des communautés kurdes.

Selon le journaliste Ismail Saymaz du journal Hürriyet, Durmaz avait également indiqué dans sa correspondance que les zones touristiques d'Antalya seraient les prochaines cibles.

Une menace qui tombe très mal dans un contexte où le World Travel and Tourism Council (WTTC) vient de rendre public son rapport sur l'activité touristique dans le monde. Selon le WTTC, la contribution du secteur au PIB va s'y contracter de 3,2% cette année, soit nettement plus que la précédente estimation d'un déclin de 0,2%.

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