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Le drame du monde islamique : des millions de fidèles... trop disciplinés

Il faut desserrer la discipline dans les communautés, les congrégations et les partis des mouvements islamiques. Le nouveau paradigme doit être le suivant : l'individu prime sur la communauté !

Mercredi, Juin 15, 2016 - 11:01

Le constat est évident : à court terme, la probabilité de résoudre les problèmes du monde islamique est nulle. Je ne parle pas seulement des questions difficiles comme le renforcement de la démocratie ou la garantie de la liberté d'expression mais de problématiques telles que le transport et la sécurité urbaine.

Il faut l'effort d'une voire de deux générations pour les résoudre. Que faire entre-temps ? Je pense que ma génération doit prendre acte du fait que le monde islamique ne prospérera pas à court terme.

Le vieux paradigme a fait faillite

Le Pakistan et l'Afghanistan ne s'améliorent pas, pis, des pays comme la Turquie sont sur la voie de franchir des paliers fatals. En Iran, les femmes ne peuvent pas aller à un match de football, en Arabie saoudite, le concept de «sciences humaines» n'existe même pas, en Turquie, on interdit à tour de bras les journaux selon son bon vouloir.

La Malaisie, l'Indonésie, l'Egypte sont-elles différentes ? Les pays des Balkans sont-ils différents ? Comment expliquer cette déliquescence ? Je pense qu'il faut l'accepter : le paradigme actuel sur la restauration du monde musulman qui prévaut depuis le 19e siècle a échoué.

La religiosité a augmenté mais les problèmes demeurent

Autrement dit, avec la stratégie actuelle, le monde musulman n'a pas évolué de manière positive. La pensée qui consistait à dire «les croyants se sont éloignés de l'islam, si on les rapproche de la religion, on résoudra tous les problèmes» n'est plus pertinente. De la Malaisie à la Turquie, les gens sont, peut-être plus que jamais, pieux. L'Egypte est dirigée par un général qui a une marque sur le front à force de prier. Donc, le problème ne relève pas du degré de piété.

Le problème, c'est le paradigme en lui-même. Autrement dit, nous n'avons aucune chance de progresser d'un pouce en gardant cette interprétation de l'islam. Par conséquent, nous devons interpréter de manière nouvelle et radicale la compréhension de la religion. Tant que ce ne sera pas fait, la religiosité peut augmenter mais les maladies qui accablent le monde islamique perdureront.

L'individu doit primer sur la communauté

Deuxième point : à l'échelle mondiale, il faut desserrer la discipline dans les communautés, les congrégations et les partis des mouvements islamiques. Le nouveau paradigme doit être le suivant : l'individu prime sur la communauté ! Par conséquent, si nous voulons «sauver» le monde islamique, il faut qu'on forme des médecins, des pianistes, des banquiers, des maçons renommés au niveau international.

Désormais, le mot clé qui contribuera au redressement du monde musulman est «profession». Il faut donc mettre en avant l'individu et réduire la discipline de groupe. Il est dangereux de vouloir sauver l'islam par des structures collectives qui poussent l'individu à devenir incompétent et incapable de faire usage de sa raison.

La civilisation qui offre le plus d'autonomie et de liberté à l'individu sera gagnante. Les structures collectives, organisées et disciplinées, mais totalement vides ne peuvent que faire perdre du temps au monde musulman.

Des millions disciplinés qui prient avec dévotion mais qui doivent également s'interroger

L'homme est un être social. Il souhaite s'intégrer dans une famille, un voisinage, un secteur professionnel, une communauté religieuse ou laïque. Cela est naturel. Cependant, aucun d'entre eux ne peut exister en étouffant la valeur individuelle de l'homme. Le monde islamique a accompli une tâche difficile en un millénaire : il a intimé à ses fidèles de ne pas faire usage de leur raison. «Toi, ne réfléchis pas, la majorité sait mieux». Il est urgent de délaisser ce paradigme.

La racine de tous les maux du monde islamique se situe dans cette limitation de la volition et de la raison. Répétons-le : à court terme, le monde islamique ne se redressera pas. Par conséquent, il faut réfléchir à long terme sur des modèles fondés sur l'individu et la qualité professionnelle.

Il sera bénéfique d'avoir des personnes qui refusent d'écouter, qui ont l'esprit confus, qui posent des questions et qui sont agitées lorsqu'il faut y répondre. Des millions disciplinés qui prient avec dévotion mais qui ne se demandent pas «pourquoi il n'y a pas de démocratie en Arabie saoudite ? Pourquoi les droits des femmes n'existent pas ?» n'ont malheureusement aucun impact sur le cours des événements.

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