Aller au contenu principal

En marche vers l'hyperprésidence, Erdogan fait main basse sur l'opposition

Erdogan n’a plus qu’un seul objectif : rompre avec neuf décennies de tradition parlementaire et modifier la Constitution pour établir un régime hyperprésidentiel, un système sans équilibre des pouvoirs. Ni les réfugiés, ni les visas ne semblent prioritaires aux yeux du raïs.

Mercredi, Mai 18, 2016 - 19:36
merkel erdogan
merkel erdogan

Le projet d'accord UE-Turquie qui prévoit l'exemption de visa pour les Turcs en échange de la fermeture des portes de l'Europe aux réfugies paraît de plus en plus menacé. Le gouvernement turc, qui a conclu le pacte au mois d'avril en acceptant de remplir les 72 conditions exigées, refuse aujourd'hui de tenir parole. Il y a deux mois, Ankara avait imposé la date de fin juin pour la libéralisation des visas alors qu'aujourd'hui Erdoğan insiste sur le mois d'octobre pour appliquer l'accord. Pour Bruxelles, le jeu d'Erdoğan paraît de plus en plus illisible. A quoi joue le président turc Recep Tayyip Erdoğan ? Pour comprendre, il suffit de suivre la saga politique à Ankara. Erdogan n’a plus qu’un seul objectif : rompre avec neuf décennies de tradition parlementaire et modifier la Constitution pour établir un régime hyperprésidentiel, un système sans équilibre des pouvoirs. Ni les réfugiés, ni les visas ne semblent prioritaires aux yeux du raïs. Après avoir écarté son Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, Erdoğan fait le ménage au sein des partis d'opposition. Davutoğlu quitte ses fonctions de manière humiliée et méprisée, sans avoir faire un discours d'adieu. Déjà devenu invisible pour les médias d'Erdoğan, il sera d'abord supprimé de l'histoire officielle puis condamné à l'oubli avant, probablement, de devenir la bête noire du régime dans les prochaines années. Après avoir bouleversé son ancien parti, il essaie de modeler le parti pro-kurde et le parti nationaliste. Le but est de marginaliser voire de criminaliser ces partis avant un référendum constitutionnel. Mardi 17 mai, le projet de révision constitutionnelle visant à supprimer l'immunité parlementaire en Turquie a été approuvé lors d'un vote préliminaire à l'Assemblée. Si la réforme est approuvée, 50 députés du HDP, dont les deux co-présidents du parti, Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, risquent des poursuites judiciaires. Le HDP, qui avait fait un score historique il y un an, s'est marginalisé plus que jamais. Demirtas ne représente plus un danger pour Erdoğan. La deuxième cible du régime est le parti des nationalistes turcs. Dimanche 15 mai, le congrès extraordinaire du MHP convoqué par une décision de justice puis reporté par un autre tribunal n'a finalement pas pu se dérouler. La police a barré l'accès de l'hôtel aux quatre frondeurs déterminés à renverser le leader Devlet Bahçeli. C'est une situation inédite. Le congrès du parti de l'opposition est annulé par la justice et empêché par la police aux ordres du régime. Le parti au pouvoir et son empire médiatique soutiennent ouvertement Bahçeli, un leader abonné aux défaites électorales. Erdoğan possède déjà une hégémonie économique sans précédent. Les contrats d'Etat très lucratifs sont monopolisés par cinq sociétés qui appartiennent au clan du président. Erdoğan, qui possède déjà un pouvoir politique, économique et médiatique inégalé dans l'histoire moderne de son pays, accélère ainsi sa marche vers le système présidentiel. Dans les coulisses, on murmure un référendum constitutionnel au mois d'octobre. Erdoğan réglera probablement ses «désaccords» avec Merkel après sa victoire probable au référendum. 

La rédaction vous conseille


LES PLUS LUS


Back To Top