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La fin des visas dans l'UE, une victoire pour les Turcs

C'est donc fait. La Commission européenne a demandé, mercredi 4 mai, au Parlément Européen de prendre des mesures pour exempter les ressortissants turcs de visa. Cette décision, longtemps attendue par les Turcs, signe une belle pré-victoire diplomatique, à mettre au crédit d'Ahmet Davutoglu, qui n'avait pas ménagé ses efforts dans ce bras de fer politique avec Bruxelles.

Mercredi, Mai 4, 2016 - 18:15

En effet, cette dispense de visa était l'une des contreparties de l'accord par lequel Ankara s'est engagée à réduire l'afflux de migrants et de réfugiés en Europe.

Mais de nombreuses capitales européennes étaient hostiles à cette mesure, craignant qu'une vague de migrants turcs ne remplace celle des migrants syriens.

Ces capitales ont réagi en proposant d'introduire un mécanisme de suspension immédiate de cette mesure en cas de problème et rappelons-le, la levée des visas demeure conditionnée au respect par la Turquie de cinq derniers critères, dont le passeport biométrique, la lutte contre la corruption, le renforcement de la coopération judiciaire et la redéfinition de la loi antiterroriste turque, très élargie, dans le sens des standards européens.

Une proposition (mécanisme de suspension) dont a pris acte la Commission européenne mais qui cache mal le revers politique relatif essuyé par les leaders occidentaux qui ont toujours fait preuve de la plus grande réserve sur ce sujet.

Une victoire politique à court et moyen termes

Malgré la levée des visas pour les entrepreneurs turcs décidée par certains pays commes la Hollande, les refus européens, nourris pour la majeure partie d'entre eux par la crainte d'affronter des opinions publiques nationales peu désireuses de voir une nation turque circuler librement en Europe, et d'en essuyer les foudres électorales, étaient persistants.

C'est pourtant à cette éventualité bien moins anxiogène que se sont ralliés Français et Allemands et derrière eux, Londres et Vienne, préoccupés par les flots de réfugiés syriens repoussés par les bombardements meurtiers de Bachar al-Assad.

L'intensification du conflit et son cortège de massacres – on pense aux derniers carnages commis à Alep - n'ont fait que renforcer cette conviction des chancelleries européennes.

Pour le gouvernement turc, qui attendait cette levée des visas depuis 2005, c'est une victoire au moins à moyen terme. Le travail de filtrage des réfugiés syriens opéré par les bateaux turcs à la frontière grecque ont payé, les flux commençant à se tarir progressivement.

Tant que l'UE aura besoin de la Turquie pour préserver ses frontières orientales, il n'y a donc aucun doute sur le fait que cet accord sera maintenu, en dépit du fait qu'un vote des pays européens doit encore garantir sa mise en place effective.

La fin d'une discrimination

Mais les principaux gagnants demeurent les Turcs eux-mêmes. Qu'ils soient patrons de PME, entrepreneurs dans l'import-export, ouvriers ou simples ressortissants désireux de rejoindre des proches en Allemagne, aux Pays-Bas ou en France, voire de se construire un avenir européen, les Turcs ont donc recouvert un droit fondamental longtemps nié, qui n'est autre que la libre circulation des personnes dans l'espace Schengen.

En ce sens, les visas imposés aux Turcs quand ils ne l'étaient pas pour toute une série de pays plus éloignés de l'Europe, relevaient de la pratique discriminatoire.

En demandant la levée des visas pour les Turcs, la Commission européenne a incontestablement accompli un premier pas vers la fin de cette discrimination.

Ironie de la situation, d'après les rumeurs qui courent à Ankara, l'architecte de cet accord, le Premier ministre Ahmet Davutoglu, serait sur la sellette.

Un nouveau coup de menton du raïs.

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