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«Un jour, peut-être, serons-nous capables de nous regarder tels que nous sommes»

La fuite des cerveaux, l'exil de la pensée. La volonté de vivre, ailleurs, à défaut de pouvoir demeurer soi-même, ici. Tous ces thèmes sont abordés dans le dernier billet de Samia Hathroubi que Zaman France publie avec son aimable autorisation.

 

Mercredi, Avril 20, 2016 - 14:28

Nous l'appellerons S. Elle a 23 ans est française et marocaine, est une jeune fille formidable avec qui j'ai la chance d'échanger depuis des années. Nous avons disserté longuement à Amman (en Jordanie, NDLR), à Jérusalem, à Paris sur le monde tel que nous le voulons.

Nous avons échangé des heures sur mes articles, sur l'actualité. J'étais à la fois fière d'être une grande soeur pour elle et d'avoir une brillante fille avec qui je pouvais refaire le monde du Proche-Orient à Paris.

Il y a quelques mois S m'a demandée de lui écrire des lettres de recommandations pour ses inscriptions dans des universités prestigieuses françaises et américaines. Un honneur qu'elle me faisait et une lourde responsabilité.

Fierté et tristesse de l'exil

Je n'ai pas menti, pas triché et ai dit avec force et conviction ce que je pensais d'elle. Elle est une femme brillante, polyglotte, capable d'évoluer dans des sphères très différentes, a un appétit incommensurable pour ce monde qu'elle analyse avec justesse et finesse.

Aujourd'hui S a été acceptée par une prestigieuse université américaine où elle ira étudier à partir de septembre 2016 inchAllah. Je suis fière d'elle et à la fois triste. Triste que notre pays perde et ne reconnaisse pas ce talent, un talent binational, musulman, hybride. Bref un talent français. Aussi.

S fera une grande carrière, InchAllah, je le sais, j'en suis convaincue. Elle quitte ce pays où elle se sent chaque jour fatiguée. Fatiguée et lasse des débats interminables autour de sa foi, de ses identités, de ce qu'elle est.

Ce pays vit une fracture, des factures. Valls a raison, il s'agit d'une fracture identitaire.

Être ce que nous sommes

Les Rossignol, Finkie, autres prédicateurs identitaires oublient une chose, une chose essentielle : la violence des discours qu'ils produisent sur les individus.

Si Rossignol lors d'une interview parle du «parpaing dans son estomac» qu'elle a ressenti suite à la polémique sur ses propos, je lui conseille de se décentrer, de sortir d'elle-même et de voir les coups de massue et la souffrance engendrée par ses paroles.

Samia Hathroubi.

Un jour, peut-être, serons-nous capables de nous regarder tels que nous sommes, un jour peut-être les S pourront être qui ils sont dans ce pays. Pour le moment, ils partent, ils se barrent.

Ma chère S et à tous ceux et celles que je vois partir ou envisager de partir d'ici, de ce chez nous, je vous souhaite bon vent.

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