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Les mésaventures d’une journaliste voilée à la remise de prix de la laïcité

Lundi 26 octobre avait lieu la remise des prix de la laïcité à la Mairie de Paris, sous les auspices de Manuel Valls et Anne Hidalgo. Présente sur place en tant que journaliste de Zaman France pour couvrir l’évènement, j’ai découvert à mes dépens le visage hostile de la laïcité institutionnelle.

Mardi, Octobre 27, 2015 - 17:53
hotel de ville
hotel de ville

Hier, en fin d’après-midi a eu lieu la 10e cérémonie de remise de prix de la laïcité à l’Hôtel de Ville de Paris. Parmi les personnes présentes, le Premier ministre Manuel Valls et la maire de Paris Anne Hidalgo. Que du beau monde venu soutenir la laïcité avec une grande ferveur.

Le prix international étant decerné à un artiste turc, je me devais donc en tant que journaliste de l’hebdomadaire Zaman France de couvrir l’évènement. Et pourtant, cette évidence n’était pas du goût de tous. Munie de ma carte de presse, je me suis naturellement présentée à l’entrée de l’Hôtel de ville, attendant qu’un des membres du personnel chargé de l’organisation daigne se tourner vers moi.

“Enlevez votre voile!”

Arrivée à la salle municipale, un agent d’accueil membre du Comité Laïcité République se dirige vers moi. “Ah, vous avez réussi à rentrer finalement ?”. Une allusion au fait que l’on m’avait fait attendre avant d’entrer. Je lui ai dit que oui, le problème était réglé. Continuant à marcher à mes côtés, il se rapproche et me demande en ‘souriant’ : “Vous êtes vraiment obligé de garder ça sur votre tête ?”. Abasourdie, je pense un instant avoir mal entendu. Je lui demande donc de se répéter. “Non mais vous savez, vous êtes à l’Hôtel de Ville ici, il faut respecter. Nous vous avons laissée entrer, vous pourriez l’enlever par égard pour nous, dit-il en désignant mon voile, c’est la moindre des choses”. 

Surprise par cette apostrophe, j’essaie de lui expliquer que le fait de porter un voile n’est pas interdit dans l’enceinte de la mairie, que je suis là pour faire mon travail, et que quoi qu’il en soit, il n’en est pas question. Intérieurement, je bouillonne, mais je ne veux pas créer de problème. Il continue à parler mais je m’éloigne et m’assois sur un des sièges réservé à la presse.

Un mal ne venant jamais seul, quelques minutes plus tard, je me rends compte que j’ai oublié mon téléphone à la sécurité, ce qui m’oblige à redescendre. A mon retour dans la salle, je me dirige vers ma place quand une femme faisant partie de l’organisation m’arrête. “Bonjour !” me dit-elle en me fusillant du regard, puis sans transition : “Enlevez votre voile !”.

La lumière au bout du tunnel

Choquée par cette injonction brutale, je me ressaisis néanmoins. Pas question de me laisser faire ! Je lui réponds que je suis journaliste et que ses propos sont manifestement déplacés. Je ne veux pourtant pas de confrontation. Je décide donc de m’éloigner et retourne m’asseoir. Mais la dame n’en reste pas là. A chaque fois qu’elle passe près de mon siège, je l’entends élever la voix et dire “enlève ton voile”. Je ne me retourne pas. Irritée, elle part chercher un de ses responsables.

Celui-ci vient me voir et me demande ce que je fais là. Je suis journaliste, lui dis-je, exaspérée. Il me demande alors ma carte de presse, que je lui  montre. Toujours pas satisfait, il me demande pour quel média je travaille. Quand je lui réponds, il me dit ne pas connaître. “Vous devriez”, je lui rétorque. “Et vous traitez de la laïcité, vous?”, répond-il, sceptique. A croire que mon voile m’empêche de réfléchir ou de faire mon métier. Incroyable.

Finalement, confronté à ses propres contradictions et impuissant à trouver un prétexte valable pour m’expulser de la salle, il s’en va. La cérémonie va commencer, je suis débarassée de leur présence. Enfin.

► Lire l'article : “Laïcard”, une injure équivalente à “négro” ou “youpin” selon Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République

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