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Pas de burkini à Cannes : l'arrêté de tous les dangers

La municipalité de Cannes (Alpes-Maritimes) présidée par le maire LR David Lisnard a voté le 28 juillet un arrêté d'interdiction du burkini sur les plages de la ville, rendu public jeudi 11 août. Une décision très vite critiquée et dénoncée par les associations de droits de l'homme. Le CCIF a saisi la justice en référé.  

Vendredi, Août 12, 2016 - 18:09

En France, les polémiques sur l'islam se suivent et se ressemblent... presque.

A Cannes, c'est un nouveau pavé dans la mare jeté contre le burkini, cette tenue de bain conforme aux standards de la pudeur musulmane, qui vient de faire l'objet d'un arrêté d'interdiction par le maire Les Républicains David Lisnard.

«L’accès aux plages et à la baignade sont interdits […] à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime», «une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir».

CCIF : un arrêté «illégal, discriminatoire et anticonstitutionnel»

Le maire des Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) s'était appuyé sur le même argument pour interdire la «journée burkini» dans un parc aquatique privé, loué pour une journée par l'association de femmes Smile 13, mardi 9 août.

Les associations des droits de l'homme ont, de leur côté, dénoncé ces mesures. Le Collectif contre l'islamophobie en France a saisi la justice en référé. «On va aller au litige le plus vite possible (...) Ça va prendre trois/quatre jours mais on va obtenir gain de cause», a déclaré Marwan Muhammad sur les ondes d'Europe 1.

Pour l'avocat de l'association, Sefen Guez Guez, l'arrêté est «illégal, discriminatoire et anticonstitutionnel».

Ces initiatives locales prises sous formes d'arrêtés interviennent, certes, dans un climat de peur nationale consécutive à la vague d'attentats et d'attaques terroristes qui ont frappé la France, mais qui pourraient ne pas être dénuées d'arrières-pensées politiques chez les élus locaux de droite.

Le maire de Cannes «envoie un message radical à ses administrés»

D'autant que le port du burkini est autorisé par la loi française qui n'interdit que le port du niqab sur la place publique pour des raisons sécuritaires liées à l'identification des personnes et, plus généralement, le voile dans les écoles publiques depuis mars 2004 sur la base d'une interprétation restrictive de la laïcité.

Autant d'éléments qui inspirent à Jonathan Bouchet-Petersen de Libération une analyse en demi-teinte : «Dans une période où Nicolas Sarkozy n’hésite plus lui, à proposer d’interdire le voile, quel qu’il soit, à l’université comme sur le lieu de travail au-delà des seuls services publics. En s’en prenant au burkini avant même qu’un cas ne se pose, David Lisnard - comme les maires qui seraient tentés par la même initiative, et il y en aura [Nice Matin nous apprend que c'est le cas du député LR Lionel Lucca, maire de Villeneuve-Loubet] - ne répond pas à une problématique concrète mais il envoie un message radical à ses administrés, à son électorat. Quitte à entretenir la confusion autour d’un vêtement dont le port pose de nombreuses questions qui ont trait au rapport au corps, au libre arbitre et même au communautarisme, mais qui n’ont rien à voir avec la laïcité, l’hygiène et la lutte contre le terroriste, comme évoqués pêle-mêle dans l’arrêté».

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