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Le poète turc Behçet Necatigil renaît en français

Mardi 9 juin, l'ambassade de Turquie a organisé une soirée Behçet Necatigil (1916-1979) pour présenter la traduction d'un recueil de ses poèmes, intitulé L'Image de l'univers (L’Harmattan). Le grand poète des «petits mots» est loin de la fulgurance d'un Nâzim Hikmet, c'est un photographe du monde dans lequel il vit. Il n'aspire qu'à peindre le réel et à regagner sa solitude une fois l'ouvrage terminé.

 

Jeudi, Juin 11, 2015 - 17:58

Tout poète a une muse ou une cause. Mais l'inspiration n'a pas besoin de respirer l'air du dehors pour être happée par un enfant d'Apollon. La brume qui règne entre quatre murs est amplement suffisante quand on s'appelle Behçet Necatigil. Le poète turc y a puisé toute sa sève. C'est bien emmurées que les petites existences sont confrontées aux grandes vérités.

L'oracle de la banale existence

C'est à cet auteur que le service de la culture et de l'information de l'Ambassade de Turquie et sa directrice Serra Aytun ont consacré une soirée, mardi 9 juin.

Né en 1916 et mort en 1979 à Istanbul, l'oracle de la solitude, du pessimisme, des objets, de la vie quotidienne fait partie de cette race de professeurs de littérature qui savent composer et pas seulement analyser les écrits des autres.

C'est l'une de ses élèves qui a relevé le défi de la traduction. Sevgi Türker-Terlemez, chevalier des Palmes académiques, a été assisté par Bruno Cany, poète et enseignant de philosophie à l'Université Paris VIII. Ce dernier raconte : «Sevgi m'a dit que c'était un poète hermétique. Il y a des dimensions hermétiques mais c'est un poète de l’intimité des choses et des langues. Il faut tout arrêter quand on le lit».

Philippe Tancelin, directeur de la collection Poètes des cinq continents aux Editions L'Harmattan, a été vite convaincu, l'époque étant, selon lui, celle de la «grande solitude collective». «L'abominable solitude» (Le Port), «une peur comme des montagnes» (Ici-Bas), «l'importance d'une chose provient du mal engendré» (Traces dans le ciel), «Secrets de famille entre quatre murs,/Tant d'enfants, tant d'hommes, tant de femmes,/Se sont nourris de larmes» (Les maisons).

Il était temps pour un Necatigil, errant dans les recoins d'une maison, de renaître en France pour partager le dénominateur commun à tous les hommes : la banalité de l'existence. Après la diffusion d'une courte vidéo sur sa vie, la soirée s'est poursuivie par la lecture de ses poèmes en trois langues (français, turc, allemand) par Bela Velten, Bruno Cany, Paul Henri Lersen, Philippe Tancelin et Sevgi Türker-Terlemez. Ses deux filles et ses petits-enfants étaient présents. 

Métamorphoses d'un poète

Behçet Necatigil est l'un des hommes de lettres turcs à avoir allié antiquité et modernité tant sur le plan de la forme que du fond.

Il estimait qu'un poète traversait trois périodes : l'émigration (gurbet) où l'auteur copie les autres, essaie de vivre dans le pays des autres, la nostalgie (hasret) où il retourne dans son for intérieur, dans son pays et trouve sa propre voie et la sagesse (hikmet), où maître en la matière, il peut se permettre de ne plus lancer des sentences, il est au-delà du destin, il a tout compris, un peu comme «l'irruption de l'esprit» de Cioran.

Les années 50 le rendent moins loquace, plus vif. Moins d'ornement, plus de scansion. La poésie-couperet. Il invite son lecteur à tenir la plume. «Une poésie qui va au-delà des limites de la langue, poésie riche de sentiments indicibles», reconnaît Türker-Terlemez.

Les thématiques sont réalistes mais non idéologiques comme chez Nâzim Hikmet par exemple, il campe plutôt le rôle d'un Sait Faik en poésie. Des textes hachés, saccadés, comme pour vous laisser là au milieu du gué. «La mort/Fermeture d'une maison/Etions-nous confiants/Chaque fois que ses proches/Y entraient./Les amours exilés/Croissaient à l'extérieur/Desséchés/La maison s'est vidée» (La porte inconnue). Et chaque mot devient une île.  

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