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Pourquoi je hais la journée internationale des réfugiés

Engagée dans les dynamiques européennes du dialogue interreligieux, membre de Coexister, Samia Hathroubi publie une nouvelle chronique à l'occasion de la journée internationale des réfugiés sur Zaman France. 

Lundi, Juin 20, 2016 - 20:44

Je hais le principe de faire une journée mondiale pour les femmes, pour les autistes, pour les handicapés, contre l’homophobie, contre le racisme (vous pouvez continuer la liste à souhait).

Samia Hathroubi. 

Bref c’est le 20 juin et je hais la journée internationale des réfugiés.

Je hais les campagnes de communication qui permettront à chacun et chacune de dire que lui aussi est d’ailleurs, qu’il est un déraciné.

Douleurs de la différence

Je hais la journée internationale des réfugiés parce qu’elle fait rejaillir le visage des femmes, hommes et enfants que j’ai croisés sur les trottoirs parisiens, ceux errant et mendiant dans les faubourgs de la vibrante Beyrouth, ceux encore des quartiers de Jordanie, ceux des camps de Sabra et Chatila ou des territoires palestiniens. 

Je hais la journée internationale des réfugiés parce qu’il m’oblige à me souvenir des conversations passées douloureuses avec cette amie qui ne reverra jamais sa maison familiale à Hébron alors que moi avec mon passeport européen et mon confort je peux m’y rendre aisément.

Je hais la journée internationale parce que je sais que la mère de R, enseignante syrienne devra enterrer sa mère dans une terre qui n’est pas la sienne et je n’ose à peine imaginer cette douleur.

Notre lâcheté collective et nos manquements individuels

Je hais la journée internationale des réfugiés parce que je me baigne chaque année dans un cimetière de migrants africains et moyen-orientaux qui n’auront jamais eu la chance d’être des réfugiés en rejoignant la rive Nord de la Méditerranée. 

Je hais la journée internationale des réfugiés parce que je vis dans un pays, dans un continent dans un monde qui continue à accepter qu’en 2016 nous puissions avoir le flot de déracinés le plus important depuis la Seconde Guerre Mondiale et continuer à se mentir et mentir à nos jeunes en leur apprenant nos fameux «Plus jamais ça». 

Voilà je hais cette journée internationale des réfugiés qui vient rappeler notre lâcheté collective et nos manquements individuels.

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